‹ Histoire de l'Europe au 16e siècle (volume 2)Chapitre 3 sur 48 · DÉCOUVERTES MARITIMES · texte numérisé non relu

DÉCOUVERTES MARITIMES

des Pays-Bas ; mais la hanse teutohique voyait ses privilèges menacés et ses comptoirs envahis par les puissances du Nord , devenues plus formidables '. Les Catalans avaient perdu leurs anciennes franchises commerciales. Gènes n'était plus rien, depuis qu'elle avait perdu, avec Cafta, le commerce de la mer Noire \ Pise était tombée sous le joug de Florence. Florence était plus riche de son pro-

(i) En 1488, les Hanséatiques avaient perdu leur comptoir de Bruges; en ili^!\, ils perdirent celui de Novgorod. Cependant ils conservaient encore une grande influence sur le commerce du Nord. En 1474, le roi d'Angleterre, Edouard IV .ivait renouvelé leurs privilèges, qui furent maintenus sous Richard III et sous Henri VII. En 1497, le roi de France, Charles VIII leur garantit l'exécution des anciens traités: «Responsum est nuntio,Jion placera régi si quid fiât adversùs fœdera, quae ille cupiat inviolata. » A la mêmt: époque, les Hanséatiques luttaient encore contre la noblesse danoise, pour obtenir le maintien de leurs droits eu Danemarck et en Norvrége. (Joach. llageniierus , de Fœdere civit. Hanseat. Francfort-sur-Ie-Mein, i66'2.)

(2) Lorsqu' Alexandrie eut été séparée de l'empire grec par la conquête arabe, le commerce des Indes reprit une route connue dès les temps les plus anciens. Les marchandises r&r moulaient l'Indus ; puis, portées par terre jusqu'aux lieux où rOxus commence à être navigable , cllos descendaient jus([u'à la Caspienne, et parvenaient de la Caspienne au Pont-Euxin , par les lleuves (jiii commiuiiquent avec lune ou l'auire de ces deux mers. (Raumusio, Viaggi raccolti, t. I.)

pre fonds que de son commerce extérieur. Venise n'était plus que l'ombre d'elle-même, depuis la chute de l'empire grec. Constantin ople et Alexandrie avaient été, pendant le moyen-âge, les seuls entrepôts de l'Europe pour les marchandises orientales; or, Constantinople venait de tomber aux mains des Turcs, et depuis long-temps Alexandrie appartenait aux Mamelucks. En vain la république de Venise traitait avec les ennemis du nom chrétien ' ; les traités même qu'elle parvenait à leur arracher, prouvent à quel point le commerce de la Méditerranée était livré aux caprices des Musulmans. D'ailleurs Venise exerçait un monopole funeste aux autres Etats de la chrétienté % et il était temps que les trésors de l'Orient fussent plus

(i) On connaît le mot d'un sénateur vénitien : Siamo Veneziani, poi Chrisdani. Ce mot, qui exprimait la pensée du sénat tout entier, explique la conduite de la république, soit envers le pape, soit envers les Turcs.

(2) Si quelque ouvrier transporte en pays étranger une industrie vénitienne, il lui sera donné ordre de revenir. S'il n'obéit pas, on mettra en prison les personnes qui lui appartiennent de plus près. S'il persiste à demeurer à l'étranger, ou prendra des mesures pour le faire tuer. Après sa mort , ses parents seront remis en liberté. (Art. 26 des statuts de l'Inquisition, cités par Daru, Hist. de Venise, d'après un manuscrit de la Bibliothèque royale.)

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également partagés entre les membres de la famille européenne.

Mais ce serait méconnaître le véritable caractère des expéditions maritimes aux quinzième et seizième siècles, que d'en considérer seulement le côté matériel, et de les juger sous le point de vue exclusif de l'intérêt européen. Est-ce qu'avec ces armes d'invention nouvelle, qui paraissaient ravies au ciel même, et qui frappaient de terreur l'habitant de l'Amérique ou des Indes, l'Europe n'apportait pas, dans ces contrées barbaies, des idées plus pures et des germes d'une civilisation plus avancée ? On se fliit souvent une image beaucoup trop^flatteuse de l'innocence et du bonheur des nations sauvages. Telle a été l'erreur d'un des plus grands écrivains du dernier siècle. Indigné des abus qu'il fallait inq)uter aux hommes et non pas à la civilisation elle-même, J.-J. Rousseau portait envie à ce qu'il appelait l'âge d'or, c'est-à-dire à la vie sauvage, il ne voyait, dans ces peuples encore enfants, que leur liberté , leurs courses vagabondes, leurs passions naïves; il les cioyait heureux et purs, parce qu'ils n'ont point d'annales, point délivres qui perpétuent le souvenii' de leurs fautes et de leurs malheurs. Mais écoutez les voyageurs (|ui ont vu ces peuples de [)Ius près, ([ui ont été leurs prisonniers, (jui ont lailli êlre leuis vie- I. ô

limes, et toute cette poésie disparaîtra, et cet âge d'or, mis à nu, vous fera horreur. «Dans l'état sauvage, dit Rousseau lui-même, un homme pourra bien s'emparer des fruits qu'un autre aura cueillis, du gibier qu'il aura tué, de l'antre qui lui servait d'asile'. » Mais est-ce tout? que de mères, que d'enfants abandonnés! Que deviennent les malades, au fond des antres où ils gisent sans secours? où reposent les corps de ceux qui ne sont plus? qui protège le faible contre la massue du plus fort? Quel fléau que la guerre , là où elle n'est tempérée par aucune loi, et où Thounne ne prend conseil que de ses passions effrénées ! Que de luttes intestines, que de haines héréditaires entre les tribus, entre les familles! Assurément, chez de pareilles nations , quels qu'aient pu être les abus de la victoire, la domination européenne a été un progrès politique, et l'Évangile un bienfait social.

D'ailleurs, ne fallait-il pas que la loi de Thumanité s'accomplît tout entière? Or, cette loi, quelle est-elle? Ne consiste-t-elle pas dans l'alliance de l'homme avec l'homme, dans l'exploitation commune des forces de la nature? L'homme isolé de ses semblables est un monstre que l'histoire ne découvre nulle part. L'humanité conunence par

(i) Discours sur l'origine de l'inrgaUlé parmi les hommes.

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