‹ Histoire de l'Europe au 16e siècle (volume 2)Chapitre 33 sur 48 · EXPÉDITION DE CHARLES VIII · texte numérisé non relu

EXPÉDITION DE CHARLES VIII

et de divertissements. Le roi tomba malade; mais il se rétablit assez vite pour se diriger sur Pavie, et de là sur Milan. Les arsenaux de cette dernière ville lui fournirent les armes et les équipages qui lui manquaient. Puis il continua sa route par Plaisance, Parme, et déboucha dans \'a Lunigiane : on appelle ainsi cette portion de Tltalie resserrée entre l'Apennin et la mer de Toscane, depuis Gênes jusqu'à Pise, sur une largeur qui ne passe jamais deux lieues'. Ludovic avait suivi le roi jusqu'à Plaisance; mais il était retourné à Milan, an bruit , de la mort de son neveu Jean Gaîéas , qui venait d'expirer dans le château de Pavie. La rumeur publique attribuait la mort du jeune duc au crime de son oncle : ÎAidovic n'en fut pas moins reconnu par le Sénat, au préjudice du fils de Gaiéas. 11 publia les lettres d'investiture que Maximilien lui avait envoyées du vivant même de son neveu, et, à partir de ce nioment, il prit le titre et les armes de duc de Milan \

L'armée française continuait sa mardis à travers la Lunigiane. Le pape et Pierre de Médicis s'étaient eiiîrasés à fermer la Toscane à Charles YllI. INiais Alexandre VI avait à réprimer de nouvelles révol-

(i) Sismondi, cliap. XCIII.

(*») Fr. Guicclardirii, lil). I.

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tes dans ses états : les Coloniia s'étaient déclarés pourlesFrançais, et s'étaient retranchés dansOstie. Le pape, au lieu d'envoyer des troupes en Toscane, fut réduit à rappeler celles qu'il avait en Romagne. Quant à Pierre de Médicis, il ne savait comment résister au mouvement populaire qui commençait à se déclarer dans Florence. C'était là surtout qu'à l'approche des Français, le peuple d'Italie, selon l'expression de Comines, commençait à prendre cœur, désirant nouvelletés. Savonarole représentait Charles VIII comme l'envoyé de Dieu, comme destiné à réformer l'Église par l'épée et à châtier les tyrans d'Italie, et il le saluait d'avance vainqueur. Pierre de Médicis, désespérant de résister aux Français, fit nommer une ambassade à la télé de la(|uelle il alla trouver le roi de France à Pontremoli. Il rompit les engagements qu'il avait contractés avec le roi de Naples, et offrit à Charles VIII un passage libre à travers le territoire de la républi(jue. Le roi exigea la remise de toutes les places de la Toscane, à commencer par Sarzane qui était la clef du pays: Pierre y consentit. De retour à Florence, il y fut reçu comme un Iraitie : Ja Seigneurie lui ferma ses portes. S'il eût voulu résister aux Français, il n'aurait pas été mieux traité. En vain ses serviteurs allaient par la ville, répétant le cri d'armes de sa famille, jadis si cher à la

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•^o^\\\siCe,pallel palle! en vain il essaya, en jetant de l'argent au peuple, de soulever les artisans en sa faveur' ; le peuple et les grands, tout était contre lui ; il fut réduit à quitter la ville, et une révolution s'accomplit à Florence avant l'arrivée des Français.

La Seigneurie proscrivit les Médicis, rappela les exilés, et rétablit dans leurs droits les familles privées de leurs honneurs depuis soixante ans. On envoya au roi, qui venait d'entrer à Pise, une nouvelle ambassade dont Savonarole était l'orateur: ce Viens avec confiance, lui dit-il, viens joyeux et triomphant; car celui qui t'envoie est celui-là même qui pour le salut du monde a triomphé sur la croix.). Et il ajoutait: «sois miséricordieux partout, mais surtout à Florence. » Charles promit qu'il arrangerait tout à la satisfaction des Florentins. Mais les Pisans, qui étaient depuis quatre-vins^tsept ans sous la domination de Florence, avaient accueilli les Français comme des libérateurs. Le roi avait dit aux habitants de Pise qu'il serait heureux de les voir rendus à la liberté', et la ville n'en avait pas demandé davantage pour se déclarer indépendante. Aussi, quand Charles \ IFI

(i) Sismondi, cliap. XCIII.

[f) Pauli Jovii historia sul temporis, lib. I.

3îO LIV. II, CHAP. I.

entra dans Florence, il trouva les esprits fort mal disposés en sa faveur. Il voulut parler en maître, et il songeait même à rappeler les Médicis ; mais les Florentins menaçaient de se soulever : «Sonpez vos trompettes, disaient-ils, nous sonnerons nos cloches.» Le roi se radoucit, se contenta d'un subside de cent vingt mille ducats, et poursuivit sa route. Pour soumettre et surtout pour garder l'Italie, il fallait quelque chose de cet esprit politique que Charlemagne avait jadis porté au plus haut point, et que dans ces derniers temps Napoléon joignit à l'esprit guerrier. Charles VIII était presque entièrement étranger à la science de gouverner les hommes: aussi était-il impuissant à concilier ces intérêts, ces passions opposées qui éclataient sur son passage ; et toutes ces factions qui l'avaient appelé devaient plus tard se réunir contre lui.

Charles VIII alla de Florence à Sienne, où il laissa une garnison, et il entra sur les terres de l'Eglise au commencement du mois de décembre. Aussitôt que les Français parurent sur les bords du Tibre, ils eurent pour auxiliaires les grands feudataires de l'Etat Romain, soulevés contre le pontife. Trois cardinaux, Sforza, Colonna et Julien de la Rovère étaient à la tête du parti français, \lexandrc VI, qui ne pouvait naatiptenir l'ordre dans ses

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