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domaines, se hâta d'envoyer une ambassade au roi de France. Mais bien tôl, rassuré par l'arrivée d'une armée îSapolitaine, il suspend les négociations, et fait arrêter les envoyés français qui venaient parlementer avec lui. Les Napolitains sont battus ; Charles entre dans Rome le 3 1 décembre. Le peuple admire l'artillerie française, qui faisait envie à l'Europe; et le pape, qui voit avec effroi ces canons braqués contre le château Saint-Ânge, où il s'est retiré, signe un traité qu'il a déjà rompu dans son cœur (i i janvier iAq^). Le pontife s'engageait à remettre au roi trois forteresses de l'Etat Romain , à lui donner en otage César Borgia son fils, et à lui livrer le frère de Bajazeth, Gem, dont Charles VIII voulait se servir pour exciter un soulèvement parmi les Turcs'. Ce malheureux prince mourut peu de temps après à Capoue, à la suite de l'armée française. On a dit qu'il avait été livré au roi déjà empoisonné, et que le pape avait rendu ce service au sultan moyennant trois cent mille ducats'. Tout ce qu'on peut affirmer, c'est qu'A-
(i) L'héritier de l'empire d'Orient, André Palëologue, neveu du dernier empereur, av.iit cédé tous ses droits à Charles VIII, moyennant une pension de lt,'ioo ducats. Cet acle, conclu à Rome le 6 septembre i/igA» se trouve dans les Mémoires de l'Académie des inscriptions, t. XVII, p. 544- (î) Le Diarium de Jean Burchard, protonotaîre du Sîég«
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lexandreVI était capable d'un tel crime; le meiirlre ne lui coûtait pas plus que le parjure; et, dans le moment même où il tiaitait avec Charles VIÏI, il négociait secrètement avec l'Espagne contre la France.
Après avoir passé près d'un mois a Rome', le roi se mit en marche vers le royaume de Kaples. Déjà il avait fait partir en avant deux corps d'armée qui devaient entrer l'un par les Abruzzes, l'autre par la terre de Labour. Lui-même il partit, le ^3 janvier, avec les soldats d'élite qu'il s'était réservés. Mais à peine arrivé à Velletri, il apprit
apostolique, renferme de curieux détails sur le séjour des Français à Rome, et sur les rapports de Charles VIII avec le pape. C'est là qu'on trouve la fameuse lettre où Bajazelh promet à Alexandre VI la somme de trois cent mille ducats , s'il consent à aider son/rère Gem à sortir le plus tôt possible des misères de cette vie.
(i) Tout le temps que CliarlesVIII resta dansRome, 1 autorité temporelle du pape y fut entièrement suspendue. La justice était administrée par les officiers du roi et non par If^s officiers pontificaux; les arrêts étaient rendus et jiubliés aunomdu roi. Charles VIII protesta solennellemenl de son respect pour l'autorité spirituelle du pape ; mais, pendant la cérémonie, la tenue insolente des Français força tons les cardinaux à se presser en foule autour du trône pontifical. « Accesserunt ad solium pontificis omnes cardinales cum confusione, propter Gallornm itopetum et insoleutiam- » (Burchardi Diarium.)
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que le cardinal de Valence, César Borgia, avait pris la fuite, et que le pape refusait de livrer Spolète, comme il s'y était engagé. En même temps l'ambassadeur d'Espagne qui accompagnait l'armée française, don Antonio de Fonseca, déchirant le traité de Barcelone, déclara que Sa Majesté Catholique ne laisserait pas le roi de France détrôner à Naples un prince de la maison d'Aragon. Malgré ces trahisons, qui présageaient une coalition prochaine, les Français poursuivirent leur marche, et leur artillerie les rendit bientôt maîtres de tous les châteaux-forts qui se trouvaient sur leur passage.
La terreur précédait Charles VIII. Alphonse II, ne se sentant pas la force de lutter contre les événements qui se préparaient, avait abdicjué le jour même oii le roi de France partit de Rome; il s'était retiré dans une petite ville de Sicile, où il mourut au moment de passer en Espagne pour y prendre l'habit monastique'. Ferdinand II, son fils, après avoir pris possession de la couronne, était prêt à se çléfendre avec courage. Pour se concilier la noblesse, il avait connnoncé par rendre la liberté à tous les prisonniers d'état retenus par son père. Mais déjà, dans la plupart des provinces, les gen-
(i) Comines, Chroniques de Charles VIII, chap. XVII.
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tilshommes avaient arboré l'étendard de la France. Charles VllI franchit en vainqueur les défilés de San-Gerniano et de Cancello; il passa rapidement le Garillan , le Vulturne. Plusieurs chefs de condottieri, entre autres le Milanais Trivulzio, négocièrent pour leur compte, et se mirent au service du roi de France. Un mouvement populaire éclata dans la capitale: Ferdinand, vendu aux Français, allait leur être livré ; il fut réduit à se réfugier dans l'île d'ischia, tandis que Charles YIII entrait dans Naples, et foudroyait de son artillerie' les deux forteresses qui défendaient la place '.
(i) Que pouvaient faire les lourds canons italiens contre l'artillerie française, si perfectionnée sous Louis XI, avec ses boulets de fer, ses pièces toutes de bronze et de plusieurs calibres , attelées de chevaux lestes et nerveux , manœuvrant aussi vite que l'infanterie et tirant à coups redoublés. (M. Ph. de Ségur, Hist. de Charles VIII, liv. V.)
(2) Les Français n'avaient mis que quatre mois et dix-neuf jours à traverser l'Italie, depuis Asti jusqu'à Naples. Alexandre VI disait qu'ils étaient venus avec des espérons de bois et la craie à la main, parce que les fourriers allaient en avant marquant les logements avec de la craie, et que les gendarmes, pour ne point se fatiguer du poids de leur armure, s'avançaient à cheval en veste du matin, et les pieds dans des pantoufles auxquelles ils adaptaient une petite broche de bois en guise d'éperons. (Comines, Chroniques de Charles VIII, chap.XyiI.)
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Les Turcs tremblèrent, de l'autre côté de l'Adriatique, en voyant partout les drapeaux français arborés sur les remparts des villes napolitaines ; ils désertèrent presque toutes les villes de la côte. Les Grecs au contraire se bâtaient d'acbeter des armes, et se préparaient à égorger leurs tyrans. L^arcbevêque de Durazzo dirigeait le mouvement avec Constantin Arianites, oncle de la marquise de Montferrat, cbez laquelle Cbarjes \ îli l'avait rencontré à Casai. Constantin prétendait avoir des droits aux royaumes de ïbessalonique et de Servie '. Il vint à Venise, ainsi que l'arcbevéque, se concerter avec Pbilippe de Comines, qui représentait le roi de France auprès de la république. De là ils agitaient toutes les côtes de l'Albanie. Mais Venise voyait déjà avec in(|uiétude les progrès des Français en Italie. Les Vénitiens, dont le commerce était devenu tributaire des Turcs, firent arrêter l'arcbevéque de Durazzo, au moment où il parlait pour FEpire sur un vaisseau cbargé d'armes et de munitions. Ils envoyèrent ses papiers à Bajazetb : quel(jues milliers de Giecs furent immolés, et ce fut là tout le résultat de celle glo-
(i) Benvenuto di Sanclo Georgio, liist. Montisfejrr. , ap. SUmoadi, clvap. XCH .
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rieuse expédition que Charles VIII devait accomplir en Orient \
A Naples, tous les grands du royaume étaient venus se presser autour du monarque français. Ils avaient espéré de l'héritier de la maison d'Anjou la restitution de leurs biens confisqués et de leurs privilèges abolis. Mais Charles VIII ne se crut point enchaîné par les promesses qu'il avait faites aux barons napolitains : il suivit la politique de la France, qui consistait à ménager le peuple et à combattre la féodalité. En même temps qu'il diminuait les impôts de plus de deux cent mille ducats, pour les réduire à ce qu'ils étaient au temps des rois angevins % il rendait une ordonnance qui maintenait les nouveaux acquéreurs dans les possessions confisquées, et qui leur promettait main -forte pour les y rétablir, s'ils en avaient été violemment dépouillés. Au reste, on ne saurait faire honneur à Charles VIII d'un système arrêté de politique : les fiefs et les offices qu'il refusait aux seigneurs napolitains, il les prodiguait au hasard à quelques courtisans', et la
(i) Comlnes, Chron. de Chnrles VIII, chap. XX.
(t.) Guicciardini, lib. II.
(3) A nul ne fut laissé office ni estât; mais pis traictez les A.ngevins que les Aragonais. (Comines, Chroniques de Charles VIII, chap. XX.)
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seule pensée dont il parût préoccupé , c'était de se livrer au plaisir dans la capitale de son nouveau royaume. L'exemple du prince est contagieux : bientôt l'armée entière céda, comme son chef, à cet enivrant climat de la Campanie, si funeste dans tous les temps aux armées victorieuses.
Mais tandis que Charles VIII s'endormait ainsi au sud de l'ItaHe, l'horizon du nord s'assombrissait. L'aristocratique Venise était un foyer d'intrigues contre la France. C'était là que la plupart des puissances de l'Europe conspiraient contre Charles VIII, sous les yeux même de son ambassadeur. Venise ne pouvait souffrir en Italie d'autre prépondérance que la sienne. Ludovic Sforza commençait à redouter sérieusement le duc d'Orléans, qui ne s'était point engagé avec Charles VIII dans l'intérieur de la péninsule, et qui ne prenait plus la peine de dissimuler ses prétentions au duché de Milan. La parole de Savonarole retenait encore la république de Florence dans l'alliance française; maille pape était toujours prêt à se réunir aux ennemis de Charles VIII , qui avait traité avec les grands vassaux de l'Etat Romain. Fordinand-lc- Calholique soutenait la maison d'Aragon dans le royaume d(; ?sa[)les; et Maxiniilion , animé contre Charles VIII par des ressentiments particuliers,
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craignait de livrer à la France la suzeraineté de l'Italie.
La ligue fut conclue, ditComines, un soir, bien lard. C'était le 3i mars i495. Le lendemain, de bon matin, le doge manda l'ambassadeur français: «Il m'apprit, continue Comines, qu'en l'honneur de la Saincte-Trinité iis avaient conclu li^ue avec notre sainct père le pape, le roi des R.omains, îe roi de Castille et le duc de Milan , à trois fins : la première, pour défendre la chrétienté contre le Turc ; la seconde, à la défense de l'Italie ; la tierce, à la préservation de leurs états, et que je le feisse savoir au roi '. » Et au moment où Comines recevait cette déclaration , les hostilités étaient sur le point d'éclater. Ferdinand et Isabelle avaient envoyé en Sicile une armée commandée parGonzalve de Cordoue, et destinée à rétablir sur le trône de Naples la dynastie aragonaise. En même temps une flotte vénitienne devait attaquer les villes napolitaines baignées par la mer Adriatique. Ludovic Sforza se ch:»r9;^ait d'assiéger Asti et cVen chUser le duc d'Orléans, tandis que Maximilien et Ferdinand-le-Catholique attaqueraient la frontière de France sur plusieurs points opposés. Enfin, Baja-
(i) Comines, Chroniques de Charles VIII, chap. XXIIÎ.
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zeth offrait aux Vénitiens de les seconder de toutes ses forces, parterre et par mer, contre les Français. Les Turcs semblaient menacés par le premier article du traité; mais au fond leur ambassadeur était d'accord avec les puissances alliées, et l'Europe entière était conjurée contre la France.
Charles VIII fut averti; mais il était trop tard. Après s'être fait couronner roi de Naples, dans l'église de Saint-Janvier, et avoir prêté serment de gouverner et entretenir les Napolitains en leurs droits^ libertés etfranchises\ il reprit son chemin vers la France, le 20 mai i495. 11 avait donné le titre de vice-roi à fGiilbert de Montpensier, de la maison de Bourbon , bon chevalier, dit Comines , hardy, mais peu sage : il ne se levait qu'il ne fust midi''. D'Aubigny, nommé connétable du royaume, avait le commandement de la Calabre : c'était à lui que les Italiens donnaient le premier rang parmi les généraux de l'armée française. Charles VIII avait laissé à ses lieutenants une partie de son infanterie, huit cents lances françaises et environ cinq cents hommes d'armes italiens. Mais avant même que le roi n'eût (juilté Naples, Ferdi-
(i) André Delavignc, Journal de Charles VIII. (2) Cominc, '^^p.XXIV.
nand était revenu de Sicile avec les Espagnols, et avait repris possession de Reggio. Le château de cette ville ne s'était jamais rendu aux Français. En même temps Frédéric, oncle de Ferdinand, occupait la ville de Brindes, et la flotte vénitienne commençait à porter le ravage sur les côtes de la Fouille, occupées par les Français'.
Le i" juin, Charles VIII était à Rome avecle reste de son armée. Alexandre YI s'était enfui à son approche. Le roi consentit à lui rendre Terracine et Civita-Vecchia; mais il garda Ostie, qu'il laissa plus tard au cardinal de la Rovère. Il cherchait encore à ménager le pape ; mais ses soldats , plus irrités que lui, dévastaient partout le territoire de l'Eglise : Paul Jove a raconté le pillage et les massacres de Toscanella'. A Sienne, le roi rencontra Philippe deComines, qui ne pouvait plus rester à Venise depuis que cette république s'était déclarée contre la France. Charles VIII ne voulait pas croire aux dangers qui le menaçaient. Il me demanda en riant, dit Comines, si les Fénltiens-envo-yj oient audevant de lui, car toute sa compagnie étoient jeunes gens, et ne croyaient point qu il fust autres
(i) Guicciardini, lib. II.
(a) Pauli Jovii lib. II.
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i^ens qui portassent arr?ies\ Comines montra au roi la realité du péril, et l'engagea à ne pas s'arrêter longtemps dans la ville de Sienne. Charles VIII y passa six jours, et y laissa trois cents hommes de garnison pour complaire à un de ses parents, le seigneur de Ligny , qui s'était mis à la tête du parti populaire et qui espérait devenir le chef de la république'. Le roi-ji^erdit aussi quatre ou cinq jours à Pise, et affaiblit son armée, déjà si faible, en laissant une garnison dans cette ville, ainsi que dans quelques autres forteresses de la Toscane.
Florence commençait à être mal disposée pour les Français, qui avaient pris l'indépendance de Pise sous leur protection. Charles VIII n'avait pas jugé à propos de repasser par Florence, et Savonarole, qui était venu à sa rencontre à Poggibonzi, entre Sienne et Pise, avait reproché au roi de France de n'avoir pas réformé l'Eglise et châtié les tyrans; il l'avait surtout accusé de garderies villes qui appartenaient aux Florentins, et, de ce ton prophétique qu'il prenait avec les rois comme avec les peuples, il avait menacé Charles VIII de la colère du ciel et d'un châtiment prochain. Déjà les hostilités avaient commencé en Lombardie. .lus-
(i) Comines, chap. XXV.
(a) Comines, loc, cit. — Guirciardini, lih. II.