‹ Histoire de l'Europe au 16e siècle (volume 2)Chapitre 5 sur 48 · PROGRÈS DI'S PORTUGAIS EN AFRIQUE. "Q · texte numérisé non relu

PROGRÈS DI'S PORTUGAIS EN AFRIQUE. "Q

d'Aveiio découvrit le Bénin, et en apporta le piment, connu depuis long-temps en Italie, sous le nom de graine de Paradis. A mesure qu'on s'avançait vers le sud, on remarquait que l'Afrique, au lieu de s'étendre en largeur, selon l'opinion de Ptolémée , paraissait se resserrer insensiblement et se courber vers l'orient. On commençait à croire à la réalité des voyages que la tradition antique attribuait aux Phéniciens, et déjà l'on avait conçu l'espérance d'arriver aux Indes en faisant le tour de l'Afrique. On apprit alors, par un heureux hasard, qu'il existait, à deux cent cinquante milles à l'est du royaume de Bénin, un roi puissant qui professait la religion chrétienne. C'était le JSégus d'Abyssinie, dans lequel on crut retrouver le Pj'être-Jean, si célèbre dans les relations fabuleuses des voyageurs du moyen-àge. Tandis que deux gentilshonmies portugais, Pierre deCovilhàna et Alfonse de Paira allaient, au péiil de leur vie, chercher ce personnage mystérieux, et recueillu-, en passant, tous les renseignements possibles sUr l'est de l'Afrique et le commerce des Indes, Barthélémy Diaz, continuant de longer la côte occidentale, doubla enfin le promontoire qui termine au sud celte paitie du monde 1^14^(3). En souvenir des tourmentes qui avaient retardé son passage, Diaz donna à ce promontoire le nom de Cap des

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Tempêtes (^Cabo Tormentoso); mais le roi de Portugal , Jean II , pressentant la roule des Indes , changea ce nom en celui de Cap de Bonne-Espérance '.

Vers la même époque, on reçut à Lisbonne des nouvelles de Coviihana et de Paira. Le dernier avait été assassiné en Abyssinie, où il s'était rendu directement. Mais Coviihana, avant d'aller trouver le Négus, qui le retint quelque temps à sa cour, avait été aux Indes par la mer Rouge ; il avait visité Calicut, Goa, Cananor, et d'autres villes sur la côte de Malabar; il avait abordé à Ormuz, à l'entrée du golfe Persique, à Sofala sur la côle africaine ; enfin il avait reconnu la plupart des points où ses compatriotes allaient porter leurs armes, et ses journaux , qu'il envoya du Caire à Lisbonne avant de pénétrer en Abyssinie, concouraient heureusement, avec le passage du Cap, à ouvrir les Indes aux Portugais '.

Cependant l'œuvre la plus importante, sinon la plus difficile, restait encore à faire : la route était trouvée, mais il fallait aller jusqu'au bout, et il

(i) Barros, dcc. I, lib. III, cap. /,. — Maffeli, Hist. Imlic, l.b. I.

(i) Manoël de Faria y Sousa, Asla porlug.; vol. I. — Lafitau, Dctouverles des Poilujjais, 1. 1.

VASCO DE GAMA. 8l

s'écoula encore onze années avant qu'on n'y parvînt. Ainsi s'accomplissent les grandes entreprises. L'idée en germe, long-temps d'avance, dans quel. que génie qui n'a pas la puissance de la réaliser. Puis, il vient des hommes qui se mettent à l'œuvre; environnés d'obstacles, ces hommes luttent avec d'autant plus de mérite qu'il ne leur sera point donné de recueillir le prix de leurs efforts, et les générations passent , usant obscurément leurs forces à avancer de quelques pas vers le but marqué. Enfin un homme paraît , que la fortune destine à être l'héritier de tant de peines et de travaux. Sans doute il aura encore quelques fatigues à souffrir, quelques périls à braver; mais l'entreprise est mûre, et c'est lui (|ui doit en recueillir les fruits ; c'est à son nom que s'attachera la gloire; c'est lui que bénira la reconnaissance nationale, et qu'un jour la poésie consacrera dans ses chants. Tel fut Vasco de Gama, qui le premier aborda aux Indes, et toucha la terre promise.

Ce fut un grand jour que celui où Gama partit de Lisbonne (le 8 juillet i497) ? avec sa modeste armada, trois vaisseaux de cent à cent vingt tonneaux, montés par cent soixante honmies'. Parmi

(i) Barros, dccada J, liv. IV, taj». i.

ces hommes, il y en avait dix qui avaient été condamnés à mort pour leurs crimes, mais qui devaient être risqués dans les plus grands périls, et auxquels il était permis de racheter leur vie par leur audace. Quelque temps avant de s'embarquer, Gama avait passé une nuit entière dans la chapelle de la \ierge. Il communia la veille de son départ. Une procession populaire l'accompagna jusqu'au rivage, comme les Romains conduisaient leurs généraux aux portes de leur ville , et plus tard un couvent fut fondé au lieu d'où il était parti.

Alors le Portugal ne se livrait pas seul à l'ardeur des découvertes maritimes : une noble émulation avait saisi les deux peuples de la péninsule Ibérienne. Cinq ans auparavant, il était parti de Palos , en Andalousie , trois vaisseaux qui portaient Colomb et sa fortune; et ces trois vaisseaux, en se dirigeant vers l'ouest, avaient découvert un monde. Les deux puissances catholiques avaient mis leurs conquêtes respectives sous la protection de la cour de Rome, et Alexandre VI avait tracé la ligne de marcation (i liC)5). Cette ligne, tirée à cent lieues à l'ouest de l'une des Açores ou des îles du Cap -Vert, coupait l'Océan et le monde en deux parties : tous les pays découverts ou à découvrir devaient appartenir aux Portugais, à l'est de la

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