‹ Histoire de l'Europe au 16e siècleChapitre 10 sur 119 · PROGRÈS DE LUTHER. ^O · texte numérisé non relu

PROGRÈS DE LUTHER. ^O

celui du pape. Or, si le lien germanique était rompu, c'en était fait de 1 indépendance de l'Allemagne et de la sûreté de l'Europe chrétienne, dans un temps où les Turcs, maîtres du bas-Danube, étaient prêts à le remonter jusqu'à Vienne.

Charles-Quint eut donc recours à la vieille alliance du sacerdoce et de l'empire. Léon X avait aussi besoin de l'empereur pour soutenir les doctrines de l'Eglise, que l'empereur avait besoin du pape pour défendre la suzeraineté impériale. Après avoir hésité quelque temps, il se décida à se rapprocher de Charles -Quint, et rompit avec François I", qui croyait avoir acheté son amitié par le concordat. Ln traité secret fut préparé entre le pape et l'empereur, et le premier résultat de ce traité devait être de chasser les Français du Milanais, pour y rétablir François Sforza, le second fils de Ludovic. Les villes de Parme et de Plaisance, détachées du duché de Milan , devaient avec le duché de Ferrare être réunies aux Etals romains. En même temps le pape relevait Charles -Quint de l'empêchement de posséder à la fois le royaume de Naples et l'empire. En échange de cette concession, fort dangereuse pour l'indépendance du Saint-Siège, Charles consentait à augmenter le tribut qu'il devait au pape comme roi de Naples; il promettait dix mille ducats de pension

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au cardinal de Médicis,et des terres du même revenu dans le royaume de Naples pour Alexandre de Médicis, fils naturel du duc d'Urbin \

Mais, avantde s'engager défînitivenientaYecrempereur, Léon'X voulait des garanties. Le nonce Aleander était à Worms, auprès de Charles-Quint, pressant non pas le jugement, mais la condamna* lion de Luther. Si Ton en croit Sleidan, il demandait qu'on fit mourir Luther sans l'entendre, ou qu'on l'envoyât à Rome, ce qui revenait à. peu près au même. Mais Charles-Quint ne voulait pas commencer son règne par la violence. Il venait de jurer à Aix-la-Chapelle, dans la cérémonie de son couronnement (a3 octobre i5ao), le maintien des lois et des libertés du corps germanique1. Malgré

(i) L'ambition de Léon X allait encore plus loin et rappelait celle de Jules II. « J'ai oui dire au cardinal de Médicis, dit Guicbardin, que le pape se flattait qu'après avoir conquis Gènes et le Milanais sur la France, il viendrait à bout d'enlever le royaume de Naples à l'empereur, et d'acquérir par ses exploits le titre glorieux de libérateur de l'Italie.» (Hist. d'Italie, liv. XIV, chap. i.)

(a) On avait rédigé une capitulation, dans laquelle se trouvaient exposés les privilèges et immunités des électeurs, des princes de l'empire, des villes impériales, enfin de tous les membres du corps germanique. Les ambassadeurs du prince élu avaient signé en son nom cette capitulation, et lui-même )a confirma à son couronnement de la, manière U plus solen-

DIÈTE DE WORMS. [\l

ses négociations avec la cour de Rome, il prétendit garder au moins l'apparence de la neutralité. 11 voulut que Luther fût entendu à la diète de Worms, et il lui donna un sauf-conduit pour s'y rendre dans le délai de vingt-un jours'. Ses livres étaient déjà condamnés : Luther l'apprit à Oppenbeim, à peu de distance de Worms. Ses amis le détournaient de se rendre à la Diète, et lui rappelaient le sort de Jean Huss et de Jérôme de Prague, qu'un saufconduit de $igismond n'avait pas sauvés du bûcher. Mais Luther, inaccessible à la crainte, leur répondit par ces paroles : «Je suis légalement sommé de comparaître à Worms, je m'y rendrai au nom du Seigneur, dussé-je voir conjurés contre moi autant de diables qu'il y a de tuiles sur les maisons*. » Ses partisans voulurent au moins l'accompagner, et il s'achemina vers la ville , escorté d'un grand nombre de chevaliers ,

nclle. Cette capitulation, imposée par les électeurs à tous les successeurs de Charles-Quint , est restée comme la grande charte des libertés germaniques. ( Pfeflel, Abrégé de l'Hist. et du droit public de l'Allemagne. )

(1) Caesaris Caroli V literae ad doct. M. Lutherum, quibus ad comitia Vormatiensia vocatus est, inter opéra Luther! , t. IL

(2) Acta reverendi Patris D. M. Lutheri, Augustin ia ni , in comitiis principum Vormati», Luther, opéra, t. H.

armés de toutes pièces et prêts à donner leur sang pour le défendre. Le lendemain de son arrivée, le 17 avril, le grand-maître des cérémonies de l'empire et le héraut qui Pavait accompagné depuis Wittemberg vinrent le prendre dans son hôtel- v Jerie, et il parut devant la Diète, où siégeaient réu* nies toutes les puissances de l'Allemagne sous ta présidence de Charles-Quint.

Jean de Eck, officiai de l'archevêque de Trêves; prit la parole au nom de l'empereur. Il demanda à Luther, en latin et en allemand, s'il reconnaissait pour siens les ouvrages qui portaient son nom, et s'il consentait à rétracter ce qu'on y avait condamné. Luther répondit, en latin et en allemand, qu'il reconnaissait les livres qu'on lui présentait j mais quant à la seconde question, s'il persistait dans les doctrines condamnées, il demanda un délai d'un jour pour y répondre sans blesser la parole divine et sans mettre son âme en péril1. Le lendemain , après avoir présenté la défense de ses ouvrages, il somma ses adversaires de lui prouver ses erreurs par le témoignage de l'Ecriture ou par l'évidence de la raison; car, ajoutait-il, je ne puis

(1) Peto igitur, hâc de causa, à Caesareâ xnajestate spatiiun

deiiberandi, ut citra divini verbi injuria m et animas me» pericalum interrogation! satisfaciara. ( Acta D. M. Latheri in comtois Yormati». ) .

IHÉTÊ m W0RM5. 4B

nl*e» rapportër ni aux papes ni aux conciles; on sait qu'ils ont failli quelquefois, et qu'ils ne sont pas toujotirs d'accord. Prouvez-moi que je me suis trompé, ét je serai le premier à jeter mes livres au (feu. L'orateur impérial lui répondit qu'il était hors de la question , que la doctrine avait été con^ daitftiée par l'autorité compétente, qu'il ne s'agissait plus de la juger en elle-même, mais de savoir si Luther y persistait. Luther, soutenant toujours sa doctrine au fond, prétendit qu'elle était con* forme au texte de l'Ecriture, et qu'il ne pouvait ni në voulait la rétracter \

L'empereur comprit que, pour déployer une telle fermeté, il fallait que cet homme eût des appuis non-seulement en Allemagne, mais dans la Diète elle-même. En effet, le premier jour, à son entrée dans la salle, plusieurs membres de l'assemblée s'étaient approchés de lui, et lui avaient adressé des paroles d'encouragement: «Soyez ferme, lui avait-on dit; agissez en homme, et ne craignez pas ceux qui peuvent tuer le corps, mais non l'âme'.»

(i) Ni» convictus fuero testimoniis scripturarum aut ratione évidente ( nara neque Papse, neque conciliis solis credo, cura conftet eos errasse saepiùs et sibi ipsis contradixisse ), revocare quidquam neque possum neque volo. (Acta D. M. Lutheri, etc.)

(a) Qaùmjam esset in, ipso Principum consessu Luth «rus,

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D'ailleurs Charles- Quint prévoyait que la mort ferait de Luther un martyr, et ajouterait encore à la puissance de son nom. Lorsqu'après l'arrêt du concile, Jean Huss eut été attaché au poteau sur la place publique de Constance, lorsque des tourbillons de flammes et de fumée eurent étouffé sa voix populaire, les bourreaux, qui le craignaient encore après sa mort, recueillirent ses cendres et les jetèrent dans le Rhiu. Mais quelques disciples vinrent pendant la nuit racler la terre où leur maître avait été brûlé ; ils transportèrent cette relique dans les solitudes de la Bohême', et quelque temps après ils étaient qua-

rante mille, égorgeant les prêtres sur les chemins, n'épargnant ni nobles ni magistrats, et demandant compte à tous de la mort de Jean Huss. Voilà pourquoi Charles-Quint trembla de faire tomber un cheveu de la tête de Luther; voilà pourquoi, tout en condamnant les doctrines, il s'interdit la violence contre les personnes.

Le troisième jour, quand la Diète fut assemblée, elle reçut de l'empereur un écrit ainsi conçu :« A l'exemple de nos pères, soutenons la foi romaine,

ab aliîs, alîâ voce, commonebatur ut essct forli animo, ut virililer ageret, ne timcret eos qni corpus tantùm possent, oecidere, animam non possent. ( Acta Lulberi, etc.) (i) OEneas Sylvius, Comment.

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