‹ Histoire de l'Europe au 16e siècleChapitre 102 sur 119 · LITTERATURE ESPAGNOLE · texte numérisé non relu

LITTERATURE ESPAGNOLE

mon ce m ont du seizième siècle, Juan Boscan fit une véritable révolution dans la poésie castillane, en y introduisant le rhy thme italien '.Garcilasso de la Vega, mort en i536 dans l'invasion de la Provence, a laissé de touchantes pastorales et des sonnets qui ont été comparés à ceux de Pétrarque. Il reste de Sainte-Thérèse, d'Avila, quelques vers qui portent l'empreinte de son âme ardente. Fernand de Herrera, surnommé le Divin, excella dans la poésie lyrique. Louis Ponce de Léon traduisit en espagnol les Psaumes de David, les Bucoliques de Virgile et les Odes d'Horace, tandis queTorrès Naharroet Juan delà Cueva créaient le drame espagnol , drame libre , irrégulier , mais toujours vif, toujours animé, et que devait perfectionner bientôt le génie de Lopès de Vega et de Caldéron

Le seul poète épique que l'Espagne puisse citer, Don Alonzo de Ercilla , célébra dans XAraucana la conquête du Chili par ses compatriotes3. Michel Cervantes préluda aux travaux littéraires par une vie active et agitée. Né en 1 549) ^ combattit comme

(i)D. Manuel Quintana, Tesoro del Parnasso Espanol, 1. 1.

(a) Schœll, cours d'histoire des États Européens, t. XVIII. — M. Louis Viardot, Etudes sur l'histoire des institutions, de la littérature, du théâtre et des beaux-arts en Espagne.

(5) Voltaire, Essai sur la poésie épique.

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simple sûldal à la bataille de Lépante, où il perdit la màTn^a uche. Après plus de cinq ans de captif vlté, il revint en Espagne, où il s'éleva bientôt au premier rang des auteurs comiques. Son Don Qui* chotte mit le comble à sa gloire, mais ne fit point sa fortune; Gar il mourut de faim en 1616* A côté de ses poètes et de ses romanciers, l'Espagne comp* tait aussi des historiens. Jérôme Çurita publia en 1 56a les Annàlesde la couronne d'Aragon. Louis d'Àvila nous a laissé une relation de la guerre de Smalkade» à laquelle il avait assisté. Diego Hurtadô deMendoza écrivit l'histoire de la guerre de Grenade sous Philippe II. Enfin les grandes expéditions maritimes qui ont tant agrandi la monarchie de Charles-Quint, ont eu aussi leurs annalistes, Diaz, Herrera, et ce généreux Lascasas dont la plume éloquente a puni les Espagnols de leur tyrannie.

Le Portugal rivalisait avec l'Espagne dans lâ littérature, comme dans les conquêtes maritimes. Gil Vicente fonda le théâtre portugais, sous Emmanuel et sous Jean III. Ses œuvres furent publiées par ses fils en 1 56a ; elles comprennent des dUtos ou mystères, des comédies, des tragicomédies et des pantomimes. Antonio Ferreira donna la première comédie de caractère connue en Europe, le Jaloux (0 Cioso). L'Inez du même auteur

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parut très peu d'années après la Sophonisbé du Trissin. Bernardin Ribeiro composa des pastorales en vers et en prose. Damian de Goës écrivit én portugais la vie du roi Emmanuel, que l'évéque de Sylves, le vénérable Osorio, avait écrltè en latin. Barros raconta, dans ses Décades, les travaux dés Vasco de Gaina et des Albuquerqué; c'est un des

auteurs qui ont lè plus contribué à former la làn-

gue portugaise1*

Mais il est un nom qui dominé, au Seizième siècle, toute la littérature du Portugal: c'est celui de Camoëns. La naissance de ce gtànd poète fut contestée comme celle d'Homère ; les uns le font naître en Espagne, les autres en Portugal; les uns en i5*7, les autres eri <5i5. Il était, à ce qu'il parait, d'une anciennë famille portugaise. A peiné eut-il achevé ses études à Coïmbrè, qu'il vint résider à Lisbonne, ou son génie éclata en satires amères et en passions ardentes. Il eut bientôt des rivaux et dés envieux. Les querelles que lui attira un amour Un peu indiscret pout une dame du palais, Catherine d'Atâyde, le rirent exiler h Santarém. Il composa quelques vérs dartè cette

(i) de Sismondi, De la littérature du Midi de l'Europe. — M. Ferdinand Denis, Résumé de l'hist. littéraire du Portugal i*

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retraite. Mais bientôt, fatigué du repos, il se fit soldat, et servit comme volontaire dans une expédition contre les Maures. 11 perdit l'œil droit d'un coup de feu, devant Ceuta. Revenu à Lisbonne, il y trouva quelque chose de pis que la persécution, l'oubli ; il ne put le supporter, et s'embarqua pour les Indes en i553f. Ën voyant s'éloigner le rivage du Portugal, il répéta ces paroles que la tradition place sur le tombeau du grand Scipion: « Ingrate patrie, tu n'auras pas mes os ! » Il arriva dans l'Inde à Goa, le principal établissement des Portugais. Son imagination fut frappée des richesses du sol, de la beauté du climat, des exploits qui avaient illustré ses compatriotes dans ce pays, et, tout en maudissant sa patrie, il résolut de l'immortaliser. Mais comme il méditait la Lusiade, il ne put fermer les yeux sur les abus sans nombre qui se commettaient dans l'administration des affaires de l'Inde, et, pour se délasser du grand ouvrage qu'il ébauchait, il composa une satire piquante sui les affaires du pays. Le vice-roi en fut tellement irrité, qu'il envoya l'auteur à Macao. Ce fut là que Camoëns acheva la Lusiade. Rappelé à Goa quand la colère du vice-roi fut apaisée, il fit

(i) Les premières Décades de Barros ayaient paru en i55a.

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