‹ Histoire de l'Europe au 16e siècleChapitre 109 sur 119 · FIN DE MICHEL- ANGE · texte numérisé non relu

FIN DE MICHEL- ANGE

11 vit encore briller et mourir plusieurs générations de peintres, de sculpteurs, d'architectes. Toutes les écoles de peinture se développèrent de son vivant : l'école florentine, d'où il était sorti, si l'on peut dire qu'il fût sorti d'aucune école, lui qui avait toujours marché seul ; l'école romaine, l'école vénitienne, l'école lombarde. Il ne restait plus à fonder que l'école bolonaise, celle des Carrache, qui appartient à la fin du seizième siècle et au commencement du siècle suivant.

Négligé sous Léon X, Michel-Ange continua ses travaux sous Clément VU et sous Paul III. C'est à l'âge où le génie s'éteint d'ordinaire, qu'il composa le Jugement dernier , le plus étonnant effort de la peinture moderne. Et quand il approcha du terme, quand les forces lui manquèrent, aveugle et octogénaire, il venait toucher d'une main tremblante le torse antique qu'il ne voyait plus, ou bien il se réfugiait dans le monde des idées , il faisait encore des vers; car il était poète aussi, afin qu'il ne lui manquât rien de ce qui peut charmer les hommes, et qu'il fût au seizième siècle la représentation de l'art tout entier. Aussi, pour tracer un tableau des arts à cette époque, nous n'avons eu, en quelque sorte , qu'à écrire la biographie de ce grand homme ; c'était un cadre immense, où tout est venu naturellement se placer. Michel-Ange

mourut à Rome, à quatre-vingt-neuf ans, en 1&64, quand tous les grands hommes du siècle étaient morts.

La France n'avait pas seule participé à la gloire de l'Italie. Les arts commençaieut à être cultivés dans toute l'Europe. Albert Durera de Nuremberg, avait fondé l'école allemande. Un peintre hollandais, Jean Verraeyen, avait suivi Gharles-Quint dans son expédition contre Tunis; à son retour, il reproduisit les principaux faits de la campagne dans six grands tableaux qu'on admire encore aujourd'hui au palais du Belvéder. Holbein, qui est né à Bâle, mais qui appartient à l'école fiamande, nous a laissé le portrait d'Erasme, de Thomas Morus et de la plupart des grands hommes du siècle. L'école espagnole était fondée, et Velasquez, né en i5o,4, devait bientôt l'illustrer par ses chefs-d'œuvre. I/Angleterre n'avait point d'artistes à citer; mais Henri VIII atvait suivi de loin l'exemple de François I"; il avait attiré quelques étrangers dans ses États. Il protégea Holbeio, il l'admira, et répondit, à un seigneur qui se plaignait de l'artiste, que de sept paysans il ferait quand il voudrait autant de lords, tandis qu'il ne pourrait avec sept lords faire un seul Holbein. La Russie, qui pour bâtir ses églises était réduite à faire venir non-seulement des architectes * mais des

GRAVURE. ÔO7

maçons étrangers1, la Russie , au seizième siècle, croyait avoir des peintres; ses annalistes citent le peintre russe- Féodor Edikéef*. Les peintures qui décoraient la basilique de l'Assomption étaient si belles, qu'en les voyant pour la première fois, le Tzar et ses boyards, grands connaisseurs assurément, s'écrièrent : Voilà les deux ouverts !

L'Italie et l'Allemagne se sont disputé longtemps l'invention de la gravure; mais on sait qu'à la fin du dernier siècle, le procès a été jugé en faveur de l'Italie. Ce fut un orfèvre de Florence, Maso Finiguerra, qui trouva, non pas l'art de graver en creux sur métal, art fort anciennement connu, mais l'art d'imprimer des estampes, c'est-à-dire l'art de tirer sur papier des épreuves d'une planche gravée sur métal. Cette invention, due eh partie au hasard, date de l'année 14^2, comme l'atteste une ancienne épreuve conservée dans le cabinet des estampes de la Bibliothèque royale9.

(1) Voyez 1. 1, page 444-

(a) Karamsin, Hist. de Russie, t. VII, ch. 3.

(3) Finiguerra, formé, dit- on, à l'école du peintre Masaccio, était un fort habile dessinateur, et excellait dans l'art de nieller. Cet art, fort usité en Italie jusqu'à l'époque de Léon X, consistait à répandre dans les tailles d'une gravure, exécutée sur métal, une espèce d'émail noirâtre, que les Italiens appelaient nielloy du latin nigellum.\ asari raconte qu'un jour une femme,

Les Allemands attribuaient l'art d'imprimer des estampes à Martin Shœngauer; mais la date authentique des épreuves de cet artiste ne remonte point au-delà de i/fi6. Maso Finiguerra eut de dignes successeurs en Italie. Le poème du Dante fut publié à Florence, en 1481, avec des gravures de Baccio Baldini. Plus tard , Marc-Antoine Raimondi , de Bologne, fut le graveur favori de Raphaël; son burin reproduisait, avec une merveil-

portant un paquet de linge mouillé, le déposa sur l'établi de Finiguerra, sans faire attention qu'il s'y trouvait une planche prête à être niellée. Quelque temps après, quand cette femme reprit son paquet, l'artiste fut très étonné de voir tout le travail de sa gravure fidèlement empreint sur le linge humide. U répéta l'expérience, en substituant au linge un papier humecté, et l'art d'imprimer des estampes fut trouvé. Telle était la tradition consacrée e» Italie; maison ne connaissait aucune épreuve sur papier des gravures de Finiguerra. L'abbé Zani en découvrit une en ^797, à la bibliothèque royale de Paris ; c'était une épreuve authentique d'une Paix, gravée et niellée par Finiguerra, en 1 45a, pour l'église de Saint- Jean-Baptiste de Florence. En 180a, l'abbé Zani a fait part de sa découverte au monde savant, dans un ouvrage intitulé : Materiali per se/vire alla storia delF origine e de* progressi detf incisione in rame, M. Duchesne aîné, conservateur des Estampes à la bibliothèque du roi, a recueilli tout ce qui se rapporte à l'origine de la gravure, dans son Essai sur les nielles, publié en 18*7.

MUSIQUE. DOO,

leuse fidélité, le dessin si pur et si harmonieux du peintre romain.

La musique fut en grand honneur au seizième siècle. Chaque nation la cultiva avec le caractère qui lui était propre, et déjà Ton distinguait la mélodie italienne et l'harmonie allemande. La musique dramatique n'existait point encore ; mais la mu- * sique religieuse était à son plus haut point de perfection. On connaît ces cantiques à la Vierge, Laudi spiritual^ d'un style si simple et d'une mélodie si touchante, que chantaient en chœur les confréries italiennes. La chapelle Sixtine redit encore les accents inspirés de Palestrina, et ce Miserere dont l'expression était d'accord avec le jugement dernier de Michel-Ange. On cite encore du même artiste un morceau qu'il composa à l'occasion du tremblement de terre de 1575. Emilio del Cavalière se fit un nom dans ce genre de musique moins sévère qui était l'ornement obligé des fêtes de cour, dans la musique de danse et de concerts. En France, comme en Allemagne et en Italie, on cultivait la musique sacrée. Le maître de chapelle de François 1er, Jean Mouton, rivalisait avec Nicolas Grombert, maître de chapelle de l'empereur Charles-Quint. Bourgeois et Gudimel mirent en musique les psaumes de Marot. Mais la France était le pays de la chanson ; les

chansonnettes de Clément Jannequin étaient chantées même en Italie.

Le goût de l'art musical devint tellement populaire, que Ton établit des professeurs de musique dans les Universités. Les souverains, les hommes célèbres étaient presque tous musiciens: Henri VIII jouait de la flûte et du clavecin ; Charles IX était assez fort sur le violon ; Elisabeth était une virtuose sur l'épinette. Luther voulait réformer le chant d'église, en même temps que le dogme et la discipline. L'art de fabriquer les instruments avait fait de grands progrès au milieu du seizième* siècle. Les luthiers de Crémone étaient célèbres, entre autres les Amati, dont les instruments étaient renommés dans toute l'Europe. Le violon, diminutif de la viole, commença à être mis en usage dans les premières années du seizième siècle. Il paraît qu'il fut d'abord fabriqué en France; car on voit, dans plusieurs compositions, qu'on lui donnait alors, -en Italie, le nom de Violino alla Francese1.

Nous touchons enfin au terme de cette longue galerie où nous nous sommes efforcés de réunir toutes les splendeurs du seizième siècle. L'histoire, tout en constatant l'état des peuples, doit une

(1) M. Fctis, écrits divers sur la Musique.

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