TAX. TU, CI1A.P. H
cul i ers, qui faisaient le principal revenu des moines mendiants et des prêtres de campagne. Il condamnait les pèlerinages, l'intercession des saints et le culte rendu à leurs images : « Les saints les plus purs , les plus héroïques martyrs sont des modèles à imiter, mais ils ne peuvent rien pour nous; notre salut est dans nos mains, et doit être notre œuvre personnelle. »
Dans son livre de la captivité de Babylone , Luther avait réduit à trois le nombre des sacrements: il n'avait reconnu de sacrements véritables que le baptême, la pénitence et l'eucharistie1. Selon lui, la messe n'est point un sacrifice qui se renouvelle chaque jour sur l'autel, ce n'est qu'un actede commémoration en l'honneur du sacrifice jadis accompli sur le calvaire. La messe ne peut donc faire absoudre ni les vivants ni les morts'. Cependantily
(i) Sacramentum ordints Ecclcsia Christi ignorât... claves Ecclesiae sunt omnibus communes... omnes christiani sunt sacerdotes. — Confirmatio et extrema unctio non sunt sacramenta à Christo instituta. « — Matrimonium non est sacramentum divinitùs institutum, sed ab hominibus in Ecclesià in- ▼entum. (Luther. Captivit. Babylon.)
(a) Missa passim creditur esse sacrificium quod oflertur Deo : indè Christus hostia altaris dicitur. Sed evangelium non sinit missam esse sacrificium : Hoc facite in meam commemorationèm... Manifestas est error missam applicare seu offerre
POCTAINE LUTHÉRIB1TNE. 5j
avait un mot qui n'était point dans l'Evangile , et sur lequel Luther hésitait à se prononcer. Ce mot datait, ainsi que l'obligation universelle de la confession secrète et beaucoup d'autres pratiques, du concile générai de Latran, tenu en iai5 sous le pape Innocent III : c'était la transsubstantiation, c'est-à-dire la présence réelle de Jésus-Christ dans l'eucharistie. Luther fut toujours fort incertain sur cette question. Il voulait d'abord attaquer la présence réelle. « On lui eut fait grand plaisir, disait-il , de lui donner quelque moyen de la nier, parce que rien ne lui aurait été plus utile dans le dessein qu'il avait de nuire à la papauté'.» Il l'admit cependant, sans en faire un article de foi*. Puis, dans sa dispute contre le roi d'Angleterre qui s'en était fait le champion, il la proscrivit hautement. Ensuite il la passa, par accommodement, à certaines églises d'Italie, qui, à cette condition, paraissaient vouloir entrer dans la>éforme\ Un de ses disciples, Carlostad, l'ayant violemment attaquée, il se décida à la garder. 11 la garda effectivement pendant plus de vingt ans, et ne l'abandonna qu'en
pro peccatis, pro satUfactionibus, pro dcfimctis, aut qtiibus~ cumque necessitatibus suis aut aliorum. (Id. ibid.)
(i) Luther. Epist.
(a) De captivit. Babylonic.
(3) Gaillard, Hist. de François I", liv. VII, chap. 3.
5j& UVi IIJj GHÀIN II.
i543sy par complaisance pour le landgrave de Hesse, qui voulait appuyer la réforme, mais une réforme radicale. Il prétendait expliquer ces varia* tions^ en disant qu'il fallait conserver la présence réelle quand on la rejetait comme impie, et qu'il fallait la, rejeter quand on l'imposait comme nécessaire. Enfin son dernier mot fut de la rétablir en i545, un an avant sa mort; et Calvin, qui la rejeta sans hésiter* dit que par ce^te décision Luther avait relevé Viâole dans, le temple de Dieu. Ainsi, avec beaucoup de caractère, d'enthousiasme et même d'éloquence, Luther manquait de méthode et de fixité dans les idées. Un prédicant se plaignait à lui de ne pouvoir parvenir à croire ce qu'il enseignait aux autres. Dieu soit béni ! s'écria Luther ; je ne suis donc pas le seul à qui cela arrive1.
11 y a dans Luther d'inexplicables contradictions. Cet homme, qui a soutenu avec tant d'énergie la doctrine du libre examen, niait l'existence de la liberté morale, et immolait la volonté humaine à la grâce divine. Il abusa de ces paroles de saint Augustin : « Il est certain que c'est nous qui voulons, mais c'est Dieu qui nous fait vouloir. 11 est cer-
(i) Mathesius, de vità Lutberi, ap. Bayle, Dict. historique, art Luther.
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tain quecVst nous qui agissons, mais c'est Dieu qui nousfaîtagn% en donnant à notre volonté une force suffisante » Luther vit dans ces paroles la négation même de la liberté. 11 déclara que le libre arbitre n'était pas maître de ses actions. que le li« bre arbitre, tant qu'il était Kvré à lui-même, péchait mortellement... qu'une bonne action appartenait entièrement à Dieu , que l'homme n'y était pour rien •.Ces propositions, condamnées par la Sorbonne comme contraires à la doctrine de l'Eglise, furent également réprouvées par les philosophes comme contraires à la raison. Erasme publia en i5i* son traité Dm Ubre arbitre. Après avoir déclaré en commençant qu'il s'abstiendra de toute espèce d'injures3, ce qui ressemblait à une épigramme contre Luther, Erasme entre en matière et rétablit les vrais principes.» L'homme sent une loi au fond de son cœur; le chrétien en re* connaît une révélée par Jésus-Christ. Des récom*
(i) Augustin, opéra, de grtt. et tibert
(i) Liberum arbitrium non est dominos actuuin suorutn. ■» liber um arbitrium, dùm faeit quod in se est, peccatmortalitcr... frustra garriont sophistse açtum bonum esse totum à Deo, sed non totaliter. (De Captiv. Babyl.)
(3) Res sine conviciis agerur, sive quia sic magis decet Christian os, sive quia sic certiùs invenitur veritaa , qu* ssepenumerô altercando amittitur. (Eraam. De libero arbitrio. )
6o uv. m, chap. 11,
penses sont réservées à qui suivra cette loi, des châtiments à qui osera la violer. Or, que signifient ces mots, loi, peine, récompense, s'il n'y a pas liberté ? Quoi! Dieu aurait dit à l'homme : Te voilà en face du bien et du mal , de la vie et de la mort: choisis ; et il lui aurait ùté d'avance la liberté du choix ! Ce serait Dieu qui choisirait pour l'homme, et l'homme, responsable de l'action, serait puni ou récompensé'! » Luther chercha vainement à expliquer son opinion, et à concilier la toute-puissance de la grâce avec la responsabilité humaine : « Dieu fait le mal en nous, non par sa faute, mais par nos vices Erasme revint à la charge3, et n'eut point de peine à prouver qu'une telle doctrine portait une égale atteinte à la moralité de l'homme et à la justice divine.
La liberté une fois bannie de l'âme humaine, c'est Dieu qui accomplit directement tous les événements de ce monde, et il faut renoncer à s'opposer à quoi que ce soit, même au triomphe des méchants, sous peine de se révolter contre la volonté divine. Luther ne recula point devant cette conséquence de sa doctrine. Comme on parlait des Turcs qui menaçaient l'Europe d'une invasion nou-
(i) Erasm. De libcro arbitrio.
(ot) Luther. De servo arbitrio.
H) Erasm. Advenus servum arbîtrium M. Lntherî.]
DOCTRINE LUTHÉRIENNE. *6l
Telle, Luther dit qu'il fallait bien se garder de les combattre, que ce serait combattre Dieu lui-même, qui venait visiter nos iniquités par le moyen des Ottomans1. C'était, en parlant des Turcs, leur emprunter leur doctrine favorite, cette croyance à la fatalité, ancien dogme de l'Orient et base de la religion musulmane. On lui avait répondu que, quand Dieu ordonnait aux Turcs de nous visiter l'épée à la main, il nous ordonnait, à nous, de prendre l'épée pour les chasser. Mais Luther ne pouvait soutenir sérieusement une telle opinion; et quand il vit l'Allemagne envahie, il fut le premier à engager tout ce qui portait le nom chrétien, catholiques ou réformés, à implorer Dieu pour le succès des impériaux contre les infidèles. Il y a même une lettre de lui où il engage l'électeur de Saxe à prendre part à la guerre qui se prépare contre les Turcs.
Le génie de Luther devait avoir peu d'influence sur des peuples tels que les Anglais et les Français, qui voulaient, même à celte époque, des doctrines plus positives et un système plus arrêté. 11
(i) Prseliari adversùs Turcas esl repugnarc Deo, visitanli iniquitates nostras per illos (De capt. Babyl.).— C'est encore une des propositions condamnées par la Sorbonnc : Uœc pmposilio, univcrsaliler i niella la, est falsa nec sacris eloquiis conformrs.
6a LIV. III, CHAP. u.
répondait admirablement aux dispositions de l'Allemagne, toujours portée au mysticisme. Les défauts mêmes de son langage et la forme bizarre de ses pamphlets lui attiraient les sympathies populaires. Mais ce qui faisait surtout sa puissance , c'était l'adhésion de plusieurs princes de l'empire, auxquels il sacrifiait volontiers les hommes et les choses de l'Eglise1. Aussi, quand la nouvelle doctrine eut été à peu près coordonnée au château de Wartbourg, elle fit des progrès rapides, surtout dans les grandes villes commerçantes et dans les Etats du Nord. Elle franchit même les limites de l'Allemagne, et se répandit dans les Pays-Bas et jusque dans les royaumes Scandinaves.
La Suisse commençait aussi à entrer dans les voies nouvelles. Le commerce des indulgences avait été affermé dans ce pays, à un franciscain, nommé Bernardin Samson, qui se vantait, diton, d'avoir en dix-huit ans versé dix-huit cent mille ducats dans la caisse pontificale. Samson ré-
(i)Si imperalor vcl principes revocentlibertatein datam pcrsonis et rébus ecclesiasticorum, non potest eb resisti sine peccato et impiclate. (Captiv. Bnbyl. ) — La Sorbonne condamna cette doctrine en ternies bien plus amers qu'elle n'avait condamné les propositions contraires au dogme : ffœc ptupositro cstfalsa, ir/ipia, schismatica , lîbertâtis ccclesiaslicœcnctvaliiHiy ac impielatis tyrannicœ excitativa tt nutritiva.
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volta par ses forfanteries la simplicité des Helvéliens, et plus d'une ville, Zurich entre autres, lui ferma ses portes. Le pape, qui avait besoin des Suisses, s'efforça d'adoucir la colère de la nation et les ressentiments des conseils. Mais le coup était porté, et Zwingli ne tarda point a servir d'organe aux sentiments de ses compatriotes. Ulrich Zwingli était né en 1 484, à Wildhaus , dans le Toggenburg. 11 avait grandi au sein d'une nombreuse famille , prenant plaisir aux récits d'une pieuse grand'mère, et respirant avec délices l'air pur et libre des Hautes-Alpes1. Après avoir étudié à Baie et à Berne, où le goût de l'antiquité commençait à se ranimer, il échappa aux dominicains qui voulaient s'emparer de ses talents, et' il alla faire à Vienne des études plus approfondies. A son retour à Bâle, il suivit les leçons de Thomas Wittenbach, qui combattait la scolastique, et, en i5o6, élu pasteur de Claris, à l'âge de 22 ans, il commença à prêcher au peuple la haine du service étranger et la pureté de la foi. Ce fut dans l'abbaye d'Einsiedeln, à peu de distance de Glaris, que ses idées se mûrirent par le travail et par la solitude. Enfin , le premier de Tan 1S19, jour où Zwingli entrait dans
(1) Hottinger, His». des Suisses à i' époque de la réformalion, Iiv. II, chop. 3.
64 liv« m, chap. h.
sa trente-sixième année, sa voix retentit pour la première fois dans la cathédrale de Zurich. Appuyé sur la Bible, c'est-à-dire sur la parole divine, il enseignait qu'une vie pure et une âme religieuse étaient plus agréables à Dieu que les pèlerinages et les macérations. Comme Luther, qui commençait à prêcher en Allemagne, Zwingli rejeta la messe, la confession, le purgatoire, l'intercession des saints et le célibat des prêtres. Mais il alla plus loin que Luther, en niant la présence réelle, et en soutenant que le pain et le vin dans la Cène n'étaient que les symboles du corps et du sang de Jésus-Christ. Zwingli récusa l'autorité de l'évêque qui voulait juger sa doctrine; il déclara que les magistrats qui dirigeaient les affaires de la cité pouvaient également prononcer sur la croyance des citoyens; et le sénat de Zurich , dout la souveraineté spirituelle était ainsi reconnue, se prononça en faveur de la nouvelle doctrine.
La réforme, adoptée à Zurich, se répandit bientôt dans une partie de la Suisse, à Berne, à Bâie, à Schafhouse, à Saint-Gall, à Bienne,àCoireet dans d'autres villes moins importantes. Mais Lucerne, Zug, Fribourg et Soleure restèrent fidèles à l'Eglise romaine,ainsi que les trois cantons qui jadis avaient fondé l'indépendance du pays,Uri, Schwytz et Unterwaldeu. « Là, dit le dernier historien de la ré-
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formation suisse, les mœurs étaient simples, le clergé pauvre et les couvents peu nombreux. Le peuple, élevé dans les habitudes silencieuses d'une . foi contemplative, avait peu de goût pour la science des écoles. Aussi l'indignation des gens d'Uri,de Schwytzet d'Unterwalden fut- elle grande, quand on leur annonça que les pèlerinages allaient finir, et que les murs des églises allaient être dépouillés et blanchis. Cesseraient-ils de se rendre chaque année sur les champs de Morgarten ou à la chapelle de Guillaume Tell M » A. Glaris et à Appenzell, les deux religions en présence se partagèrent les suffrages. De part et d'autre, les convictions étaient inébranlables, et déjà Ton pouvait prévoir le moment où la Suisse, jadis si unie, allait se déchirer de ses propres main,
(i) Hottiiiger, Hi&t. des Suisses à l'époque de la réformatiou, liv. II, chap. 4.