‹ Histoire de l'Europe au 16e siècleChapitre 22 sur 119 · GUERRES DE · texte numérisé non relu

GUERRES DE

au* confédérés. Mais il flattait secrètement les agents du roi de Frauce, et bientôt, se sentant plus fort, il fit dire à Charles-Quint que, sans oublier l'ancienne amitié qui les unissait, il ne ferait dê% sormais, entre 1 Empire et la Fran.ee» que l'office de médiateur. Tel était» disait^il, le devoir que lui imposait son titre nouveau de jfère commm <fef fidèles.

Colon na était mort, et c'était te vice-roi de Mapies , Lamioy , qui commandait l'armée alliée. U connétable de Bourbon» le marquis dePescaire et le duc de Milan partageaient ce commandement. Bavard fut vaincu à Rebecco» entre Pavie et Milan, par suite de l'imprévoyance de Bonnivet (t&>4}« Bientôt l'amiral lui-même fut obligé d'abandonner Biagrasso, où il avait passé l'hiver, lnca» pable de lutter contre des forces supérieures» jl résolut d'opérer sa retraite par la vallée d'Aost. Mais à peine était-il arrivé sur les bords d« 1* Sé^ sia, que Bourbon et Pescaire parurent avec Pavantgarde des alliés, et chargèrent sou arrière-garde avec la plus grande impétuosité, De* le commencement de l'action, Bonnivet fut blessé si grièvement qu'il fut obligé de quitter le champ de ba* taille. Bayard prit alors le commandement de rarrière-garde,et,animantlessoldatsparson exemple, il repoussa le choc de l'ennemi. Mais bientôt

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il se sentit blesse à mort d'un coup d'arquebuse ; il prit son épée par la poignée en signe de croix , et se recommanda à la miséricorde divine. Puis, n'ayant plus la force de se soutenir , il se fit descendre de cbeval par son maître-d'hôtel, et se fit coucher au pied d'un arbre, le visage devers V ennemi. Comme il attendait la mort en héros et en chrétien, le connétable de Bourbon, qui poursuivait les Français, vint le trouver et lui dit qu'il avoit grand' pitié de le voir en cet estât. « Monsieur, lui dit Bayard, il n'y a point de pitié en moi, car je meurs en homme de bien; mais j'ai pitié de vous, de vous voir servir contre vostre prince , vostre patrie et vostre serment \ »

Bavard étant mort, le comte de Saint-Pol dirigea la retraite et sauva les restes de l'armée. Lodi et Alexandrie , les seules villes qui restassent au roi de France, se rendirent aux alliés, et le Milanais fut encore une fois perdu. L'empereur, non content de dominer en Italie, voulut alors réaliser le dessein qu'il avait conçu de démembrer la France. Henri VIII entra dans ce projet avec ardeur, et le duc de Bourbon en pressa l'exécution. Le connétable devait être rétabli dans ses biens, et

(i) Chronique de Bayard, chap. 64. — Du Bellay, Mémoires, lir. H.

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rais en possession de la Provence, dont il se prétendait héritier. Il devait gouverner cette province avec le titre de roi, mais à condition de reconnaître Henri VIII pour roi de France. Bourbon signa le traité qui démembrait son pays, mais sans cependant consentir à reconnaître l'Anglais pour souverain. Le papeClément VII blâma hautement cette entreprise, mais l'empereur l'avait résolue ; Pescaire et le connétable furent chargés de l'exécuter'.

L'armée impériale qui avait combattu en Italie, passa les Alpes et envahit la Provence. Elle vint mettre le siège devant Marseille. Bourbon avait promis , sur son honneur, que cette ville ne ferait aucune résistance. «Trois coups de canon, avait-il dit, suffiront pour amener ces timides bourgeois à nos pieds , les clefs à la main et la corde au cou. » Mais Bourbon avait parlé en homme qui n'était plus Français. Les Marseillais s'encouragèrent mutuellement à la défense. On fortifia la place avec une promptitude incroyable. Les femmes mêmes, et des premières maisons, travaillèrent à une tranchée qu'on appela la tranchée des Dames. L'artillerie protégeait les travaux. Un jour que le marquis de Pescaire était à la messe dans sa tente, un

(i) Guicciardini, lib. XV, cap. 3.

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boulet de canon y pénétra , tua le prêtre qui disait la messe et deux des gentilshommes qui l'entendaient. Bourbon accourt au bruit, et en demande la cause. «Ce sont, dit Pescaire, ces timides bourgeois qui viennent à vos pieds, la corde au cou et les clefs à la main». Pendant que les Marseillais se défendaient eux-mêmes, François l-r rassemblait une armée sous les murs d'Avignon. Quand il s'a* vança vers la place, les impériaux, après quarante jours de siège, affaiblis par la disette et les maladies, se retirèrent en Italie'.

L'Italie tentait toujours François 1". Malgré (a mort de la reine et les remontrances de sa mère, qui semblait prévoir l'issue de la campagne, il se hâta de passer les Alpes , avant que l'hiver n'eût rendu les chemins impraticables. U traversa le Mont-Cenis vers le milieu d'octobre, taudis que Pescaire, obligé de prendre un chemin plus long et plus difficile, rentrait en Italie par les Alpes maritimes. Les circonstances semblaient favorables : les cortès de Caslillc n'avaient point accordé à Charles- Quint les subsides dont il avait besoin. Le roi d'Angleterre refusait les cent mille ducats par mois qu'il avait promis à la ligue; il était peu disposé à porter la guerre en Picardie , et son zèle pour la cause de

(i) Mémoires de du Belluy, Hv. l\.

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l'empereur commençait à se refroidir Le roi, profitant de ses avantages, pousse droit à Milan. Le vice-roi deNaples, Lanuoy , n'essaie même pas de défendre la place; il laftse une garnison dans le château, et sort par la porte Romaine, au moment même où les Français entrent par la porte de Verceil \ Mais au lieu démarcher sur Lodi, de passer l'Adda et de disperser les impériaux, épuisés par les fatigues de la retraite, François 1er, cédant aux conseils de Bonnivet, va mettre le siège devant Pavie, où commandait Antonio de Leyva avec six mille vieux soldats.

Le siège de Pavie, commencé le a 8 oclobre, se prolongea pendant plusieurs mois. Tout ce que peuvent le courage et la science militaire fut mis en usage, soit pour attaquer, soit pour défendre la place. Cependant Lannoy et Pescaire, retranchéssurl'Adr da, restaient tranquilles spectateurs de la lutte. A Rome, on se moquait de leur inaction, et le peuple applaudissait une pasquinade dans laquelle on promettait une récompense à quiconque pourrait découvrir l'armée impériale, perdue au mois d'octobre dans les montagnes qui séparent la France de l'Italie s. Le pape, persuadé que Fran-

(1) Guicciardini, lib. XV, cap. 3.

(2) pu Bellay, Mémoires, liv. II.

(3) Sandoval, ap. Kobertson, liv. IV.

<;ois itr allait entrer dans Pavic, conclut avec lui un traité de neutralité. Il s'engagea , tant en son nom qu'au nom des Florentins, à ne donner aucun secours direct ni indirect aux ennemis de la France. Le roi, de son côté, prit sous sa protection l'Etat ecclésiastique, et promit de maintenir à Florence l'autorité des Médicis '.François Ier se crut alors assez fort pour tenter la conquête de Naples, sans abandonner le siège de Pavie. Il confia cette nouvelle expédition au duc d'Albany, Jean Stuart, du sang royal d'Ecosse; il lui donna deux cents lances, six cents chevau-iégers et quatre mille hommes d'infanterie. C'était s'engager dans le midi de l'Italie avant d'être sûr du nord, c'était renouveler la faute qui avait perdu Charles VIII; mais François Ie* devait payer plus cher encore son ambition et son imprudence.

Tandis que l'armée française s'affaiblissait par le départ du duc d'Albany, les impériaux recevaient de nombreux renforts. Le connétable de Bourbon, que sa haine implacable rendait fécond en ressources, avait mis ses bijoux en gage, et levé en Allemagne un corps de douze mille landsknechts. 11 s'avança rapidement sur l'Italie; il se joignit à l'armée de Pescaire et de Lannoy, qui mar-

(i) Guiccianlini, lib. XV, cap. 4.

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chèrent enfin au secours de Pavie. François Pr se trouvait placé entre l'armée impériale, qui lui était supérieure en nombre, et Pavie toujours vigoureusement défendue. 11 fallait donc ou lever le siège, ou courir les chances d'unegrande bataille. On lint conseil sur ce sujet. La Tremoille, dont la prudente tactique avait sauvé Paris l'année précédente, le grand-écuyer de Saint-Severin , le maréchal de Chabannes, enfin les chefs les plus iecommandables par leur âge et leur expérience, proposèrent de lever le siège et d'éviter le combat. Mais le roi avait écrit partout qu'il prendrait Pavie, ou qu'il y périrait. Son opinion était de ne point reculer; car, à l'exemple de Charles VIII, il faisait la guerre moins en roi qu'en chevalier et en soldat. Bonnivet, qui avait à venger ses défaites de l'année précédente1, Saint- Marsault, Brion, Montmorency, et tous ces jeunes capitaines qui ne demandaient qu'à combattre et qui étaient prêts à mourir, appuyèrent l'opinion du prince et s'indignèrent à l'idée d'une retraite. Il fut décidé qu'on attendrait l'ennemidanslesretranchements*.

La bataille se livra le a4 février i5a5. Au commencement de l'action, les impériaux ne purent

(i) Brantôme, Hommes illustres, art. Bonnivet. (a) Beaucaire,Rerum Gallicarum commentarii ab anno 1 46a ad annum 1567, lib, XVIII.

îa6 LlV. III, CilAt>. IV.

résister aux coups précipités de l'artillerie française. Mais le roi, croyant déjà tenir la victoire et trop pressé de déployer sa valeur personnelle, courut à la tête <le ses gendarmes se jeter sur la cavalerie de Lannoy. On le reconnaissait de loin à son panache flottant et à sa cotte d'armes argen tée. Il tua de sa main Ferdinand Castriot, le dernier de la race des anciens rois d'Albanie, le petitfils de Scander-Beg. Il blessa un gentilhomme Franc-Comtois, Jean d'Andelot, après avoir longtemps lutté corps à corps avec lui. Mais, en payant ainsi de sa personne au premier rang, il masquait les feux de sa propre artillerie. Pendant ce temps-là, Pescaire, en véritable général, dominait l'action plus qu'il n'y prenait part. Il changea tout à coup son ordre de bataille, et attaqua vivement les deux ailes de l'armée française. A gauche, les landsknechts qu'avaient amenés Bourbon , commandés par Sittich et Frundsberg, écrasèrent de leur nombre les landsknechts français, connus sous le nom de Bande noire. C'étaient les restes de cette troupe que le duc de Gueldre avait levée dans ses Etats en 1 5 1 5, et qui avait noblement contribué à la victoire de Marignan

(i) Dû Bellay, Mémoires Ht. H, — Gaicciardftii, lib. XV, cap. 5.— Gaillard, Hist de François I,r, Uv. II, chap.

BÀTAtLtJ? DE ÊAVIE. il*]

Peseaire, voyant la bande noirehorsdecombat, attaqua à son tattr la gendarmerie française, et rompit ce corps formidable par une manœuvre inattendue. 11 avait introduit parmi ses cavaliers un grand nombre de fan tassins basques, armés d'arquebuses. Ces hommes, d'une agilité merveilleuse, s'approchaient des rangs les plus serrés de la gendarmerie; ils déchargeaient leur arme, et, disparaissant tout à coup, allaient la recharger derrière la cavalerie qui combattait avec eux. Cependant tout n'était pas perdu si le duc d Alençon, le beaufrère du roi," le premier prince du sang, n'avait donné le signal de la retraite. Les Suisses qui combattaient à l'aile droite, saisis d une terreur soudaine, abandonnèrent leur poste. En vain le maréchal de Fleuranges, qui les avait eus sous ses ordres pendant toute la campagne, et Jean de Diesbach, leur chef, employèrent, pour les retenir, et la prière et la menace. Fleuranges courut rejoindre le roi, et Diesbach , ne voulant pas survivre à la honte de son drapeau, chercha la mort au sein d'un gros bataillon d'Allemands l. Dans ce moment critique, Antonio de Leyva sortit de Pavie avec sa garnison, et détruisit l'arrière-garde de l'armée française.

(i) Hottinger, Hist. des Suisses à l'époque de la réforme, Ht. I, chap. 6.

La déroute était de venue générale, et il n'y avait plus de résistance qu'à l'endroit où était le roi. Mais la noblesse s'y battait avec acharnement : c'était le poste d'honneur. Le baron de Trans, voyant son fils revenir du combat, lui demande où est le roi. «Je n'en sais rien,» répond le jeune homme, a Allez l'apprendre, répliquele père, il vous est honteux de l'ignorer. » Le jeunedeTrans rentre dans la mêlée, pénètre jusqu'au roi, et meurt sous ses yeux d'un coup d'arquebuse. Le grand-écuyer de Saint Severin, couvert de blessures, dit à Guillaume du Bellay : « Je n'ai plus besoin de rien ; courez au roi, et me laissez mourir \ » Mais tandis que cette généreuse noblesse se dévouait ainsi pour son roi, le roi ne se manquait point à lui-même, et combattait avec un courage héroïque. Derrière un rempart de cadavres, il résistait presque seul à une armée. 11 avait déjà tué de sa main cinq ou six ennemis, lorsque son cheval, percé d'une balle, tomba mort et l'entraîna dans sa chute. Le roi, blessé au front et à la jambe en deux endroits , froissé du poids de son cheval, se releva, combattit à pied, et tua encore deux de ses ennemis. Mille voix lui criaient de se rendre, et il allait sans doute se faire tuer, lorsque Pomperant, gentilhomme

(i) Brantôme, Capitaines illustre».

batailljl de pàvïe. 129

français qui avait accompagné le connétable, écarte les soldats et pénètre jusqu'au prince, lise jette à ses pieds, il le conjure de poser les armes, et le presse de se rendre au duc de Bourbon. A ce nom, François frémit de colère, et proteste qu'il mourra plutôt que de se rendre à un traître ; mais il demande le vice-roi. Lannoi vint; le roi lui remit son épée; Lannoi la reçut à genoux, baisa la main du prince et lui donna une autre épée.

On ditqu'après la bataille le roi se fit conduire dans la célèbre chartreuse située à peu de distance dePavie,etqu'en entrant dans l'église, monument delà magnificence des Visconti, le premier objet qui frappa ses regards fut cette inscription tirée du Psalmiste : Bonum mihi quia humiliasti me , ut discam justifîcationestuas1. François témoigna combien il lui serait pénible "d'entrer dans Pavie vaincu et prisonnier ; il fut conduit dans le camp du vice-roi, où ses blessures furent pansées. Ce fut de là qu'il écrivit à sa mère ces paroles sublimes: Madame, tout est perdu, fors V honneur. En effet, plus de huit mille hommes avaient été tués dans le combat ou noyés dans le Tésin. On compta parmi les morts vingt des plus grands seigneurs du royaume1: Chaumont, de Foix, Chabannes, la Tremoille

(1) Brantôme, Hommes illustres, art. François Pr. (a) Guicciardini, lib. XV. cap. 5.

i3o lit. ni, CHAP. IV.

étaient tombés auprès du roi. Le poète Ma rot, qui assistait à la bataille, avait été blessé et fait prison» nier. Bonnivet , à qui l'Italie était si fatale , avait eu l'occasion de sauver sa vie; mais, jetant un regard sur le champ couvert de morts , et d'autant plus désespéré qu'il s'était opposé à la retraite, il avait dit qu'il ne survivrait pas à un tel désastre. Aussitôt il s'était jeté au travers des landsknechts allemands, et, tendant la gorge à toutes les piques et à toutes les épées, il avait trouvé la mort. La garnison française qui défendait Milan abandonna la ville et remonta leTésin. Le jour même de la bataille , le duché se trouva évacué tout entier, et quinze jours après il ne restait pas un seul Français en Italie.

Et cependant quel fut le principal résultat de ce combat et de tous ceux qui lavaient précédé? à qui profita la victoire de Pavie ? Ce ne fut certainement poin l à la France, q ui y perdit l'élit e de ses guerriers. Mais l'empereur lui-même n'en tira point tout le parti qu'il s'en était promis. Qui donc recueillit les fruits de lajournée et profita du sang versé ? ce ne fut ni le vainqueur ni le vaincu ; ce fut Luther et la liberté religieuse. Pendant que Charles-Quint tenait tête aux armées françaises en Picardie , dans les Pays-Bas, en Guienne et en Italie, il ne pouvait faire exécuter les décrets de la diète de Worms. En 1 523,

PROGRÉS DU LUTHÉRANISME. lit

il n'avait pu assister à la diète de Nuremberg; les luthériens y avaient prévalu, et le nonce Chère- * gato, qui élait venu solliciter des mesures sévères contre la réforme, avait rapporté en Italie les griefs de l'Empire contre le Saint-Siège, centum gravamina germanica. L'année suivante, sous le pontificat de Clément VU qui venait de succéder à Adrien, le cardinal Campeggio n'eut pas plus de succès en Allemagne. Tandis que les princes catholiques se liguaient à Ratisbonne, les députés des États luthériens se réunissaient à Spire et préparaient une profession de foi. L'empereur écrivit en vain de Burgos des lettres fulminantes; on le savait trop occupé pour s'effrayer de ses menaces. Peuple, nobles, clergé embrassaient la réforme, et, à la faveur de la guerre qui ébranlait l'Europe, Luther, tranquille à Wittemberg, voyait sa doctrine se répandre au nord de l'Allemagne et le long des côtes de la Baltique. Nuremberg, Francfort, Hambourg et d'autres villes du premier ordre embrassaient le luthéranisme. Plusieurs princes, tels que l'électeur de Saxe , le landgrave de Hesse-Cassel , les ducsdeMecklembourg et de Poméranie, adoptaient le nouveau symbole et le faisaient prêcher dans leurs Etats l.

(i) Sleulan, De statu religionis et reipubiicae commentarii, lib. 111 et IV.

l3» LIV. III, CHAP. IV.

On ne se bornait point à nier philosophiquement l'autorité de l'Eglise; on mettait la main sur ses biens, qui étaient immenses. En i5a5, Albert, mai-grave de Brandebourg et grand-maître de Tordra teutonique, sécularisa la Prusse orientale, c'està-dire que d'un domaine ecclésiastique il fit un domaine héréditaire1, et, rompant ses vœux à soixante-neuf ans, il épousa la fille du roi de Danemarck. lise reconnut vassal du roi de Polognepourla partie de la Prusse qu'il avait enlevée à l'ordre teutonique. L'ordre, ainsi réduit à ses possessions en Allemagne, établit son chef-lieu à Mergentheim dans la Franconie, et, en i5a6, élut pour grandmaître Walter de Cronberg. Quelques années auparavant, les chevaliers de Livonie, profitant de l'abaissement de Tordre, avaient racheté leur indépendance. Le maître provincial, Walter de Plettenberg, était devenu souverain de ce pays; il avait été élevé à la dignité de prince de l'empire, et avait obtenu pour lui et pour ses successeurs séance à la diète germanique. Le luthéranisme , qui s'était

établi en Prusse, envahit aussi la Pologne, malgré *

(i) Lilienthal, bibliothécaire de Kœnigsberg, a publié une lettre écrite par Luther, eu i5a4, à un de ses disciples qui résidait en Prusse. On voit par cette lettre que c'était Luther lui-même qui avait donné à Albert le conseil de séculariser la Prusse (Koch, Tabl. des révol. de l'Europe).

PROGRÈS BU LUTHÉRANISME. l33

les précautions de Sigismond ; à Dantzick, il triompha de la religion catholique. 11 pénétra jusque dans la Livonie , ou il eut à lutter non-seulement contre l'Église romaine, mais contre l'Église grecque, établie dans ces contrées.

Luther était alors occupé à organiser la religion nouvelle. Il correspondait avec ses nombreux disciples, qui allaient répandre ses opinions en Aile* magne et hors de l'Allemagne. Il envoyait partout ses instructions, prescrivait les dogmes et réglait les cérémonies \ Sa maison était l'asile des moines et des religieuses qui avaient quitté le cloître pour rentrer dans le monde. Il avait écrit une lettre de félicitations à Léonard Koppe, bourgeois de Torgau, qui avait aidé neuf religieuses à sortir de leur couvent. « Vous avez fait une bonne œuvre, lui avait-il dit, et plût à Dieu que nous pussions délivrer de même tant d'autres consciences qui sont encore prisonnières!... La parole de Dieu est main,' tenant dans le monde et non dans les couvents \» Luther, qui avait écrit contre le célibat ecclésiastique, ajouta l'exemple au précepte : il épousa, en

(i) De Instituendis ministris Ecclesiae, cura epistolâ ad scnatum Pragensem, 1 fo3. — Formula miss» et comm union is pro Ecclesià Wittembergensi, i5a3. Lutheri opéra, t. II.

(a) Mémoires de Luther, traduits par M. Michclet, Uv. II, ehap. 3.

l34 LTV. III, CHAP.

i5a5, une de ces captives délivrées, Catherine de Bora. Lv recteur deWitlembcrg, Juste Jonas, le rec* teur de Kemberg, Barthélémy, étaient également mariés; Carlostad Tétait depuis trois ans. En Suisse, Œcolampade, le disciple de Zwingli, avait aussi pris femme. Le réformateur de la Suède, Olaùs Pétri, se maria comme les autres, et le roi Gustave assista à la cérémonie. Ainsi s'accomplissait partout un mot d'Erasme, souvent cite : « La reforme est un drame tragi-comique dont l'exposition est imposante, le nœud sanglant et le dénouement heureux : tout finit par un mariage.»

En France, la Sorbonne avait jugé sévèrement les premiers ouvrages de Luther. Elle avait déclaré, le i5 avril 1 5a î, qu'on devait employer le fer et la flamme plutôt que le raisonnement contre l'arrogance et l'impiété du docteur de Wittemberg1. Les écrits de Luther avaient été brûlés so-

lennellement au Parvis Notre-Dame, et le parlement était prêt à traduire en condamnations capitales les anathémes de la faculté. Mais, aussitôt que la guerre eut éclaté contre Charles-Quint, François I" arrêta le zèle des théologiens et des conseillers.

(1) O irapiam et inverecundam arrogantiam, vinculis, censuris, imô ignibus et flaramis coercendam potiùs quàm ratione convincendam! (Détermina tio theol. facult. Paris, super doct.

Luther. )

PROGRÈS DU LUTHÉRANISME. l35

Les novateurs interprétèrent en leur faveur la modération du roi; Luther lui envoya quelques-uns de ses ouvrages, et Zwingli lui dédia son Exposition de la foi chrétienne. La ville de Meaux devint un foyer de réforme. L'évêque Guillaume Briçonnet, homme tolérant et ami des lettres, avait attiré dans son diocèse les professeurs les plus célèbres de l'université, Lefèvre d'Étaples, Guillaume Farel, François Vatable' .Ces hommes, que leur science même devait porter vers une doctrine fondée sur le libre examen, répandirent dans le diocèse de Meaux le germe des opinions nouvelles. Des placards où le pape était traité d'Antéchrist furent affichés sur les murs de la cathédrale.

Un cardeur de laine, nommé Jean Leclerc, après s'être signalé à Meaux parmi les plus ardents réformés, alla briser les images dans la ville de Metz, où le luthéranisme était venu d'Allemagne,

(i) Jacques Lefebvre d'Etaples, professeur an collège du Cardinal-le-Moine, avait publié le livre des Trois Madeleines, qui fut condamné par la Sorbonne. Guillaume Farel fut chassé de Meaux comme hérétique, et se réfugia à Genève, où il précéda Calvin et commença la réforme. François Vatable, fameux professeur d'hébreu, avait fait des commentaires sur l'Écriture, qui furent imprimés par Robert Estienne, et condamnés après la mort de l'auteur. Voyez Duplessïs, Histoire de l'Église de Meaux

i36 uv. III, CHAP. IV.

et d'où il commençait à envahir la partie orientale du royaume. Leclerc fut condamné au ,feu ; c'est le premier Français qui ait donné sa vie pour la réforme. Le parlement de Paris voulait faire un grand nombre d'exemples; mais, après la bataille de Pavie, François Ier écrivit d'Espagne, où il avait été transféré, et ordonna de suspendre toutes les procédures contre les dissidents. La politique obligeait le roi de France à ménager les novateurs quand Charles-Quint les combattait.

Il arriva alors en Allemagne ce qui arrive dans toutes les révolutions, soit politiques, soit religieuses. Quand un principe est reconnu, qui accorde à un certain nombre une extension de liberté, il se forme aussitôt un parti plus ardent, qui réclame de nouveaux droits au nom du même principe. Luther avait dit : « Toute vérité est dans l'Ecriture; or, il n'est question dans l'Écriture ni de pape, ni de conciles, ni de la confession auriculaire, ni du célibat des prêtres, ni du purgatoire, ni de l'intercession des saints; donc il faut supprimer tout cela , mais rien de plus. » Malgré la limité posée par le maître, Carlostad supprima la présence réelle, et fonda la secte des sacramentaires. Mais les sacramentaires furent eux-mêmes dépassés par les anabaptistes, ainsi appelés parce qu'ils prêchaient la nécessité d'un second baptême,

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