LÉS ANABAPTISTES
subsister sans Tin égalité des personnes.» Il accusait surtout les paysans d'invoquer à faux l'Evangile, et d'appliquer à la chair la liberté spirituelle. « Sur vos douze articles, y en a-t-il un seul qui renferme quelque point de doctrine évangélique? n'ont-ils pas tous pour objet unique d'affranchir vos personnes et vos biens? ne traitent-ils pas tous de choses temporelles?... Cessez donc de parler du droit chrétien, et dites plutôt que c'est le droit humain, le droit naturel que vous invoquez; car le chrétien est un martyr; il n'a nul souci des choses de la terre, et l'Evangile lui commande de souffrir toute chose et de ne se plaindre qu'à Dieu »
Mais, loin de se calmer aux paroles de Luther, la fureur des paysans s'enflamma aux accents de Mùnzer, qui les poussait au combat : « Sus, sus, sus ( Dran,dran, dran)\ il est temps; les méchants tremblent. Soyez sans pitié, quand même Esaù vous donnerait de belles paroles. Soulevez les villes et les villages, et surtout les mineurs des montagnes... Sus, sus, sus! pendant que le feu chauffe, que le glaive tiède de sang n'ait pas le temps de refroidir. Forgez Nemrod sur l'enclume; tuez tout dans la tour. Tant que ceuxlà vivront, vous ne serez jamais délivrés de la
(i) Luther us, adversùs rusticos.
i4* uv. ntf CHAP. IV.
crainte des hommes.... Sus» sus, sus ! pendant qu'il fait jour, Dieu vous précède; suivez. Dieu vous dit de ne rien craindre; n'ayez peur du nombre. Ce n'est pas voire combat, c'est celui du Seigneur. Soyez hardis, et vous éprouverez la puissance du secours d'en-haut. Amen. Donné à Mùlhausen, en i5a5. Thomas Mùnzer , serviteur de Dieu contre
les impies 1 » .
Quand cette guerre fut une iois en gagée, elle fut terrible. Les paysans parcoururent la Souabe, le Wurtemberg et la Franconie; ils suivirent les bords du Rhin, franchirent même le fleuve, et pénétrèrent jusqu'en Alsace et en Lorraine, marquant partout leur passage par la flamme et par le sang1. On n'avait point voulu modifier la société à leur gré; ils prétendirent la briser tout entière. Ils ne reconnaissaient plus ni droits ni coutumes; ils avaient établi parmi eux la communauté des biens et celle des femmes. Dans toutes les villes où ils passaient, non-seulement ils égorgeaient pêle-mêle nobles, prêtres et magistrats, mais ils incendiaient les archives , les musées, les bibliothèques. Ils avaient juré d'anéantir tout ce qui représentait une idée
(1) Mémoires de Luther, traduits par M. Michelet, Ht. II, chap. 3.
(2) Meshovius, Historja auabaptist — Sleidan, Comment, lib, IV.— Gnodalius,de rustic tumultu.