‹ Histoire de l'Europe au 16e siècleChapitre 25 sur 119 · LES ANABAPTISTES · texte numérisé non relu

LES ANABAPTISTES

de pouvoir ou de supériorité : c'était le sentiment de la liberté poussé jusqu'à la fureur.

Catholique ou réformée, la noblesse tout entière prit les armes pour exterminer ces malheureux. A la vue du conflit qui se préparait, Mélanchton fondait en larmes, et Luther se jetait en médiateur entre les deux partis. U écrivait aux paysans que Dieu haïssait la révolte ; il écrivait aux seigneurs que Dieu haïssait la tyrannie. 11 disait aux premiers : Posez les armes; il disait aux seconds: Faites des concessions. Vaines paroles qui ne furent entendues d'aucun coté ; car la crise en était venue à ce point qu'il n'y avait plus de transaction possible, et, selon l'expression d'un historien Suisse c'était un nœud tel que l'épée seule pouvait le délier. L'ordre social fut sauvé, mais à quel prix ? au prix du sang de plus de cent mille paysans, qui avaient cédé aux paroles de ces prétendus prophètes. Ces furieux ne savaient point combattre: partout ils furent vaincus. Mais ce qu'il y eut de plus affreux, ce fut leur dernière défaite près de Frankenhausen, en Thuringe. Ils s'étaient retranchés derrière quelques misérables chariots ; on leur offrit la vie et la liberté, s'ils voulaient livrer leurs chefs ; les paysans ne demandaient pas

(1) Zschokke, Hist. de la nation suisse.

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mieux , mais les chefs s'y opposèrent, et Mùnzer, prenant la parole avec l'accent et les gestes d'un inspiré : « Je ne vous demande point de combattre , leur dit-il , Dieu combattra pour vous; restez seulement immobiles dans vos retranchements; vous verrez vos ennemis tomber à vos pieds, et moi, je recevrai sans blessure et sans péril tous les boulets qui partiront de leur camp. » A ces mots, l'arc -en -ciel parait; comme les paysans avaient eux-mêmes un arc-enciel sur leur étendard, ils prennent ce phénomène pour un présage de victoire , et rejettent les propositions de l'ennemi. Mùnzer égorge de sa main le député qui était venu offrir la paix. Les paysans restent immobiles dans leurs retranchements , et quelques coups de canon ont bientôt renversé celte faible barrière. Ils ne bougent pas davantage; mais, levant les yeux au ciel et attendant un miracle, ils entonnent l'hymne au Saint- Esprit. L'artillerie répond à leurs chants; leurs rangs sont éclaircis; bientôt la noblesse y pénètre et nage dans leur sang \ Mùnzer et quelques autres chefs qui avaient échappé au combat, périrent par la main du bourreau ; mais la secte n'était pas détruite, et elle ne tarda pointa se venger.

(i) Sieidao, lir. V.— Gaillard, Hist. de François Ier, liv. VII, cbap. 3.

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