‹ Histoire de l'Europe au 16e siècleChapitre 26 sur 119 · TRAITE DE MADRID · texte numérisé non relu

TRAITE DE MADRID

Après la bataille de Pavie, l'empereur avait affecté «ne grande modération : il avait défendu de faire des feux de joie et de sonner les cloches pour cette victoire. On ne devait se réjouir, disait-il, qu'après les batailles gagnées sur les infidèles. Mais, malgré ces belles paroles, il traita son prisonnier avec rigueur, et ne lui rendit la liberté qu'en ruinant ses finances et en démembrant ses états. D'après le traité de Madrid, conclu le l4 février i526l, François 1" devait donner deux millions de rançon. En outre, il s'engageait à paver au roi d'Angleterre cinq cent mille écus, que lui devait l'empereur. Il abandonnait ses alliés, le roi de Navarre, le duc de Gueldre et Robert de la Marck. Il devait épouser Eléonore, la reine douairière de Portugal, qui avait été promise au duc de Bourbon1. Le connétable et ses complices devaient être rétablis dans tous leurs biens , et le duc était

(1) Guicciardini, lib. XVI, cap. 6.

(2) Le connétable s'était rendu en Espagne, au mois de novembre i5a5. Il fut bien reçu par Charles-Quint; mais, à la cour, on ne le désignait que sousle nom de tra(tre.\Jn seigneur castillan, à qui l'empereur avait fait demander son palais pour y loger le connétable, répondit qu'il ne pouvait rien refuser à son maître, mais que, dès que Bourbon serait sorti de sa maison, il y mettrait le feu, ne pouvant désormais la regarder que comme un lieu souillé et indigne de recevoir des gens d'honneur (Guicciardini, lib. VI, cap. 5).

lifi LIV. III, CHAP. IV.

même autorisé à faire valoir juridiquement les prétentions qu'il avait sur la Provence. Enfin nonseulement le roi renonçait à ses droits sur l'Italie et à la suzeraineté de la Flandre et de 1* Artois , mais il s'engageait à rendre à Charles-Quint le duché de Bourgogne et ses dépendances. Cette dernière condition, à laquelle l'empereur tenait tant, ne fut jamais exécutée. Les députés des états de Bourgogne déclarèrent que cette province entendait rester française, « que cette paix était très injuste, et que combien que le roi eût beaucoup de

pouvoir, toutefois cela n'était en son seul vouloir. »

L'Europe, voyant Charles-Quint tout-puissant, se portait alors du côté de la France , pour rétablir l'équilibre. Des négociations avaient été entamées, pendant la captivité du roi, avec l'Angleterre, la cour de Rome et plusieurs Etats de l'Italie. La duchesse d'Angoulême, régente du royaume, avait sollicité, au nom de son fils , l'alliance de laTurquievJean Frangipani, premier envoyé de France à La Porte Ottomane, fut admis auprès de Soliman! et rapporta une réponse favorable \ .Le 17 mai,

(i) La lettre de Soliman à François Ier a été retrouvée par M. Reynaud, conservateur des manuscrits de la Bibliothèque royale, et traduite par M. Jouanin, premier interprète du roi pour les langues orientales. « Bloi, le sultan des sultans, le roi

LIGUE CONTRE CHARLES-QtJINT. J^J

un traité fut conclu à Cognac pour les affaires de l'Italie. C'était une alliance perpétuelle entre le pape , le roi de France , les Vénitiens et le duc de Milan. Les Milanais ne pouvaient suffire à la

des rois, l'ombre de Dieu sur la terre, etc., à toi François, qui es le roi du royaume de France. La lettre que vous m'avez envoyée par Frangipani, homme digne de votre confiance, et certaines communications verbales que vous lui avez recommandé de me foire, m'ont appris que l'ennemi ravage votre royaume , que vous êtes maintenant prisonnier, et que vous demandez secours et appui de ce côté-ci pour obtenir votre délivrance. Tous les détails qui vous concernent ont été exposés au pied de mon trône, refuge du monde, et ma science auguste les embrasse dans leur ensemble. En ces temps-ci, que des rois soient vaincus et faits prisonniers, il n'y a là rien qui doive surprendre. Que votre cœur se réconforte ! que votre âme ne se laisse point abattre! Nos glorieux ancêtres ne se sont jamais fait faute d'entrer en campagne et de combattre l'ennemi; et moi-même , marchant sur leurs traces, j'ai soumis, dans toutes les saisons, des royaumes puissants et des forteresses de difficile accès; je n'ai dormi ni jour ni nuit, et mon épee ne quitte pas mes flancs. Que la justice divine (dont le nom soit béni!) nous rende facile l'exécution de ce qui est bien f Que ses vues et sa volonté nous apparaissent au grand jour pour nous guider ! Au surplus, interrogez votre envoyé sur l'état des affaires et sur les événements quels qu'ils soient; restez convaincu de ce qu'il vous dira, et sachez bien qu'il en est ainsi. Écrit dans la première décade de la lune de Reby second, l'an 932 de l'hégire (vers la mi-février i5â6), de la résidence impériale de Constantinople, la bien gardée et la bien munie. »

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solde et à l'entretien des troupes impériales qui occupaient leur pays. Us avaient pris les armes contre les généraux de Charles-Quint, et François Sforza, retranché dans le château, traitait avec les ennemis de l'empereur. Par le traitédeCoguac,les alliés s'engageaient à rétablir Sforza dans la libre possession du duché de Milan ; le roi de France renonçait à tous ses droits, mais à condition que le duc lui paierait un tribut annuel et épouserait une princesse française , que le comté d'Asti serait rendu à la France, ainsi que la souveraineté de la ville de Gênes. En cas de difficultés, le roi d'Angleterre devait servir d'arbitre entre les alliés*. Henri VIII ne pouvait agir directement sur les affaires de l'Europe ; mais il se flattait de donner la victoire par son alliance, et répétait avec orgueil ses paroles favorites: Qui je défends est maître.

Quand la ligue eut été conclue, Clément VII releva François Ier du serment qu'il avait fait d'exécuter le traité de Madrid*. Charles-Quint s'indigna j il en appela à un concile général, et publia contre le pape un manifeste, qui, pour la violence et l'amertume du style, ne le cédait point aux écrits de Luther. Un tel dissentiment entre le pape et l'em-

(i) Guicciardini, lib. XVII, cap. 2.

(a) Guidait, Polit. Imper, ap. Roberboii, liv .IV.

. Digituâd by Gâeglc

LIGUE CONTRE CHARLES-QUINT. ifo

pereur devait contribuer au progrès de la réforme. A la diète de Spire, qui s'ouvrit le 25 juin i5a6 sous la présidence de l'archiduc Ferdinand/ il fut convenu que le seul moyen de rendre la paix à la chrétienté, c'était la convocation d'un concile. L'empereur s'engageait à y pourvoir \ en attendant, il recommandait aux: princes d'avoir patience et de ne point favoriser les novateurs. Mais cette recommandation n'avait été donnée que pour la forme; car, au moment même où se tenait la diète, les théologiens qui avaient suivi l'électeur de Saxe et le landgrave de Hesse-Cassel prêchaient publiquement dans Spire, et administraient les sacrements suivant le rit de la religion réformée

François I", qui négociait encore secrètement avec l'empereur, et qui, depuis la bataille de Pavie, se défiait à la fois de lui-même et de la fortune, ne se hâta point d'envoyer au-delà des Alpes l'armée qu'il avait promise à ses nouveaux alliés. Les Impériaux, après avoir rétabli l'ordre dans la ville de Milan, poussaient avec vigueur le siège du château. Le duc d'Urbin, qui commandait les troupes de Venise et celles du pape, laissa échapper l'occasion d'attaquer l'ennemi avec avantage ; il se retira aussi vite qu'il était venu", et le conné-

(i) Sleidan, Comment, Ub. VI.

(a) Le duc pouvait dire, en changeant quelque chose aux

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table de Bourbou, qui survint avec des renforts, s'empara de la place le a4 juillet.

La prise du château de Milan était bien compensée par les succès des Turcs dans la Hongrie. Soliman avait célébré à Belgrade les fêtes du Beïram.La ville de Petervrardein s'était rendue au grand-vizir le 27 juillet. Vers le même temps, tous les châteaux de Syrmie étaient tombés sous les armes des begs de Bosnie. Bientôt l'armée ottomane, commandée par le sultan en personne, remonta les bords du Danube,jusque sous les murs d'Illock. La ville prise après un siège de sept jours, Soliman continua sa marche le long du Danube et de la Drave jusqu'à Essek, dont il s'empara; puis il s'avança, à tra* vers un pays coupé de marécages, jusqu'à la plaine de Mohacz. C'était là que le roi Louis II attendait les Turcs. Il avait en vain imploré les secours de l'Allemagne à la diète de Spire, et il était réduit à ses propres forces. Les premières décharges de l'artillerie ottomane portèrent le désordre dans les rangs de l'armée hongroise; le jeune roi fut blessé à mort dès le commencement de l'action, et le sort de la Hongrie se décida en moins de deux heures (29 août). Le sultan entra triomphant dans Bude, qui se rendit sans résistance, et il se

paroles de César : Vcni, vidi,/«#r. ( Guicciardini, lib. XVH, cap. a.)

BATAILLE DE MOHACZ. l5l

retira aux approches de l'hiver, chargé des dépouilles de la Hongrie1. Il fit embarquer sur le Danube les trésors du roi, l'artillerie de la forteresse, les statues d'airain d'Hercule, de Diane et d'Apollon qui ornaient le château royal, et les livres de la fameuse bibliothèque fondée par Mathiâs Corvin. Les soldats turcs, en descendant le Danube, poussaient devant eux cent mille esclaves de tout. sexe et de tout âge. La Hongrie était alors déchirée par la guerre civile, en même temps que par la guerre étrangère. L'archiduc Ferdinand se présentait comme successeur de son beau-frère Louis II, et invoquait en sa faveur la foi des traités; mais le palatin de Transylvanie, Jean Zapoly, s'était fait couronner à Àlbe royale au milieu même des funérailles du jeune roi, et il avait pour lui nonseulement les suffrages de la noblesse, mais l'appui de Soliman, qui redoutait les progrès de la maison d'Autriche.

Le pape déplora dans le consistoire le malheur de la Hongrie, tombée aux mains des infidèles; mais, comme il était lui-même engagé dans la guerre qui troublait la chrétienté, il semblait avoir contribué pour sa part aux progrès des Turcs. Charles- Quint ne tarda point à se venger de Clément VII.

(i) Journal de Soliman, ap. Hammer, liv. XXVI.

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Son ambassadeur à Rome, Hugues de Moncade, excita contre le pape la puissante famille des Colonna , qui était toujours restée attachée au parti gibelin , et dont le chef, le cardinal Pompée , était l'ennemi personnel de Clément. Les Colonna, à la téte de leurs partisans, s'emparèrent des portes

bile; ils dispersèrent, en un moment, les gardes du pape, et forcèrent le pontife à se retirer dans le château Saint-Ange. Déjà les soldats avaient commencé à piller le palais du Vatican et la basilique de Saint-Pierre, lorsque l'ambassadeur impérial se rendit lui-même auprès du pape, et le força de conclure une trêve avec l'empereur, tant en son nom qu'au nom de tous ses alliés. Le pontife s'engageait à rappeler en-deçà du Pô les troupes qu'il avait aux environs de Milan, et à rendre toute sa faveur aux Colonna, qui venaient de l'assiéger dans sa capitale. Mais à peine eut-il recouvré la liberté, qu'il déchira le traité, dégrada le cardinal Colonna, excommunia le reste de la famille, et s'empara de toutes les places qu'elle possédait. Puis, secondé par une flotte française, il entreprit la conquête du royaume de Naples \ C'était une

(i) Guicciardini, lib. XVIII, cap. i e scguent. — Jovias, Vit* Pomp. Colonn.

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