‹ Histoire de l'Europe au 16e siècleChapitre 27 sur 119 · PRISE DE ROME · texte numérisé non relu

PRISE DE ROME

lutte terrible qui s'engageait entre le maître de l'empire et le chef de la chrétienté.

L'armée de Bourbon avait reçu de nouveaux renforts, six mille hommes venant d'Espagne sous la conduite de Lannoy, six raille venant d'Allemagne sous le commandement de Georges Frundsberg. A mesure que l'armée augmentait, les généraux voyaient croître leur embarras : Espagnols et et Allemands, tous réclamaient l'arriéré de leur solde. Bourbon se vit réduit à extorquer des sommes considérables aux bourgeois de Milan, et même à piller l'argenterie et les ornements des églises. Il fallait ou licencier l'armée ou la conduire eu pays ennemi. Ce fut alors que Bourbon se décida à envahir les États romains, persuadé qu'il ne déplairait point à l'empereur en humiliant l'orgueil du pape. Il partit au plus fort de l'hiver (janvier 1 5a 7 ) , à la tête d'une armée de vingtcinq mille hommes, de nations, de mœurs et de langues différentes, sans argent, sans magasins, sans artillerie, sans bagages, enfin sans aucune des choses reconnues nécessaires pour faire mouvoir et subsister une armée1. Au bruit de ce torrent qui descendait de l'Apennin, le pape épouvanté se hâta de traiter avec Lannoy (i5 mars).

(1) Robertson, liv. IV.

Mais il n'était plus temps : Bourbon était trop avancé pour reculer. D'ailleurs il était entraîné par ses soldats, plutôt qu'il ne les conduisait luimême. Les Espagnols qui faisaient partie de l'armée étaient catholiques; mais la plupart des Allemands étaient luthériens, sacramentaires ou même anabaptistes. C'était l'esprit de la réforme, mais d'une réforme fougueuse et sans loi qui animait ce grand corps , et qui le poussait , comme par une invincible fatalité, sur la capitale du monde chrétien. Le chef des landsknechts, Frundsberg, portait dans son sein un poignard en or pour tuer le pape et un cordon de soie cramoisie pour étrangler tous les cardinaux; mais cet homme n'assista point au siège de Rome, et, frappé soudain de paralysie, il parut châtié de la main de Dieu*.

Bourbon échappa heureusement à l'armée de la ligue, qui l'attendait près de Florence, et, le 5 mai, quand il fut sous les murs de Rome : « Voici , dit-il à ses soldats, l'objet de nos désirs, le terme de nos travaux, la source de notre fortune.» Le lendemain, à la pointe du jour, il ordonna l'assaut, et tomba blessé à mort du premier coup d'arque-

(i) Jacques Bonaparte, Relation contemporaine du sac de Rome. — Brantôme dit que Frundsberg portait à son cou une chaîne d'or, qu'il avait fait faire exprès, disait-il, pour étrangler le pape.

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buse. Aussitôt qu'il se sentit blessé, il dit à un capitaine gascon, nommé Jonas, de le couvrir d'un manteau et de cacher sa mort à ses soldats. Un de ses lieutenants, Philibert d'Orange, prit le commandement, et ce ne fut qu'au milieu delà mêlée qu'il annonça à l'armée que Bourbon était mort et qu'il fallait le venger. Alors le courage des soldats se tourne en une fureur sans bornes; on n'entend plus que des cris de vengeance, mêlés de blasphèmes et d'imprécations; tout cède à la fureur des assaillants. Les Romains fuyaient de tous côtés, jetant leur armes; le pape et la plupart des cardinaux se réfugièrent aù château Saint-Ange. L'un d'eux, le cardinal Ermellino, arriva trop tard ; les portes du château étaient fermées; il fallut qu'un de ses amis le tirât aveo une corde par-dessus les murs. Un grand nombre d'habitants avaient pris la fuite; il ne resta dans la ville que ceux du parti gibelin, et quelques cardinaux connus par leur dévouement à l'empereur*.

Rome lut dévastée pendant deux mois, avec une fureur qui rappela le temps des Goths et des Vandales. Les lieux saints eux-mêmes ne furent point à l'abri des insultes de la soldatesque. Les Espa-

(x) Brantôme, Capitaines étrangers. — Guicciardini, 1. XVIII, cap. 3.

i56 liv. m, chap. iv.

gnols, encore un peu dévots, n'osaient y toucher; mais les landsknechts, en leur qualité de luthériens, ne se croyaient tenus à aucun ménagement*. À peine ont-ils pénétré dans une église, qu'ils portent leurs mains ensanglantées sur les croix et sur les vases consacrés; ils jettent aux vents la poussière des saintes reliques; ils brisent leurs épées contre les statues de marbre; ils détruisent ces sublimes peintures qui ajoutaient à la religion des peuples, et la chapelle Sixtine, toute pleine du génie de Michel-Ange, est transformée en écurie.

On entendait de tous côtés, dit Guichardin, les cris lamentables des dames et des religieuses, que les vainqueurs emmenaient par troupes pour assouvir leur brutalité. Cependant le cardinal Colonna, dont le parti avait contribué à livrer la

ville, vint à Rome le lendemain de l'entrée des impériaux, et sauva l'honneur de plusieurs dames qui s'étaient réfugiées dans son palais. Les cardinaux les plus dévoués à l'empereur ne purent sauver leurs biens de la fureur des soldats. Le cardinal de Sienne, après avoir payé une forte rançon aux Espagnols, fut fait prisonnier par les Alleman s, qui saccagèrent son palais. Puis, ils le promenèrent dans Rome, tète nue, sur un âne,

(i) Jacques Bonaparte, Relation du sac de Rome. .

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