PRISE DE ROME
en l'accablant de coups. Le cardinal de la Minerve et le cardinal Ponzelta, qui avait quatre-vingtdix ans, essuyèrent à peu près le même traitement'. Les prélats allemands ou espagnols, qui croyaient n'avoir rien à craindre de leurs compatriotes, ne furent pas mieux traités que les autres. Une compagnie de luthériens porta à travers les rues le cardinal Aracèle, dans un cercueil, en chantant l'office des morts. A la fin, ils s'arrêtèrent devant une église, et prononcèrent une espèce d'oraison funèbre, dans laquelle, au lieu d'éloges, ils débitèrent sur le compte du prélat les calomnies les plus atroces. Ils le rapportèrent dans sa maison, et, sous ses yeux, se firent servir uu grand repas, versant ses vins les plus fins dans les calices consacrés. Il fallut ensuite que ce même cardinal parcourût la ville, en croupe d'un cavalier allemand, mendiant de porte en porte la somme dont il avait besoin pour racheter sa liberté".
On évalue les objets pillés à deux millions d'or, elle montant des rançons à la même somme. Telle était la fureur et la rapacité des soldats, que les paysans qui approvisionnaient les marchés n'o-
(1) Guicciardini, lib. XVIII, cap. 3.
(2) Jacques Bonaparte, Sac de Rome.
saient plus venir dans Rome, de peur d'être maitraités. Après avoir mangé les animaux les plus immondes, le bas peuple vivait d'herbes et de racines. Les vainqueurs eux-mêmes mouraient de faim, au milieu de l'or qu'ils avaient voté. La famine amena bientôt la mortalité, et la mortalité la peste. Rome n'était plus qu'un monceau de ruines et de cadavres, et le pape, qui du château Saint -Ange voyait tous ces malheurs accumulés autour de lui, levait au ciel ses yeux pleins de larmes, et s'écriait, en se frappant la poitrine: « Deus meus, in te speravi, salvum me foc ex otn» nibus persequentibus me et Libéra me, »