Il
16a liv. m, chap. v.
avait conseillé, dans son ouvrage sur le fisc commun, d'appliquer les revenus des monastères à des objets d'utilité publique ; l'idée fit fortune en Allemagne, et trouva des partisans dans le parlement Britannique.
L'Angleterre d'ailleurs , soit à cause de sa position insulaire, soit par la pente naturelle de l'esprit de ses habitants, a toujours été très portée à ne dépendre que d'elle-même en matière religieuse. C'était là, au douzième siècle, le fond de la querelle entre Henri II et Thomas Becket. Henri II voulait faire prévaloir la volonté royale sur le pouvoir spirituel de l'Église, représentée en Angleterre par l'archevêque de Canterbury. Le prélat tomba au pied de l'autel, assassiné paf les gens du roi. Mais les temps n'étaient pas mûrs pour quele roi d'Angleterre conquît la suprématie religieuse: Henri II subit la censure pontificale, et Thomas fut mis au nombre des saints. Au quatorzième siècle, la doctrine de Wicleflf, qui se répandit rapidement en Angleterre, contenait en germe celle de Jean Huss et celle de Luther. Dans les temps les plus anciens, avant l'invasion saxonne , la Bretagne avait été le berceau des hérésies de Pélage et de Célestin. C'était donc, en quelque sorte, un pays prédestiné à la réforme.
Un événement inattendu fut l'occasion du
CAUSES DU SCHISME ANGLICAN^ l65
schisme anglican. Le roi voulait divorcer avec sa première femme, Catherine d'Aragon, tante de Charles-Quint. Après vingt ans de mariage, il était tombé dans l'esprit de Henri VIII qu'il vivait en étal d'inceste avec Catherine, parce qu'elle avait épousé en premières noces le prince de Galles , son frère aîné. Le mariage de Henri VIII avec sa belle-sœur avait pu en efïet être contraire aux lois canoniques, mais il était un peu tard pour s'en apercevoir. La véritable cause des scrupules du prince, c'est qu'il s'était pris d'une vive passion pour Anne de Boleyn, une des filles d'honneur de la reine. Anne avait passé sa jeunesse en France, où elle avait accompagné Marie d'Angleterre, troisième femme de Louis XII. Elle avait assisté aux fêtes du Drap d'or, et était restée à la cour jusqu'à l'époque de la rupture entre les deux royaumes. Anne avait rapporté de France une certaine grâce dans les manières et plusieurs talents qui relevaient encore le charme de sa beauté et la vivacité naturelle de son esprit. Mais , dans les délices de cette cour brillante, assez gentiment corrompue, dit Brantôme1, elle avait eu sous les yeux des exemples peu édifiants, et, sous ce rapport, elle aurait pu être éle-
(i) Brantôme» Mémoirei;
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vée à meilleure école. Cependant, à son retour en Angleterre, elle résista à toutes les protestations de tendresse qui lui furent adressées de toutes parts; et lorsque Henri VIII lui-même se hasarda à lui déclarer son amour, elle répondit avec indignation qu'elle serait heureuse d'être sa femme, mais qu'elle ne s'abaisserait jamais à être sa maîtresse. Dès ce moment, Henri VIII se souvint qu'il avait épousé sa belle-sœur; il se rappela qu'il était écrit dans les livres sainls : Malheur à celui qui épousera la femme de son frère ! et son divorce fut résolu.
L'Eglise catholique, en faisant du mariage un sacrement, l'avait déclaré indissoluble; cependant, en certains cas, on reconnaissait au pape le droit de délier ce que Dieu avait uni. Henri VIII, fils encore soumis de l'Eglise qu'il avait défendue contre Luther, s'adressa à Clément VII pour en obtenir la rupture de son premier mariage. C'était au mois de juin 1527, au moment même où le pontife était prisonnier des Impériaux '. 11 parut enlrer dans les vues du roi, parce qu'il espérait que l'Angleterre se joindrait à la France pour le délivrer. Mais Henri VIII, qui voulait avant tout que son divorce fût approuvé, n'envoyait point
(i)Lingard, hist. d'Angleterre, Henri VIII, ch. 3.
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d armée en Italie, et Lautrec, après avoir passé les Alpes, était arrêté au siège d'Alexandrie, place importante qui devait assurer ses communications avec la France. André Doria, qui commandait la flotte, avait attaqué le port de Gênes, et, soutenu du parti français, il avait forcé le doge, Antoniotto Adorno, à se retirer dans le Castelletto. La ville avait envoyé des députés à Lautrec, et avait reconnu la domination française. Après la prise d'Alexandrie, Lautrec fit sa jonction avec l'armée vénitienne, et s avança jusqu'à huit milles de Milan; puis, toul à coup changeant de route, il vint mettre le siège devant Pavie. La ville fut prise et pillée, avec une fureur qu'expliquent assez les souvenirs encore récents de la bataille de Pavie. Alors, malgré les instances de François Sforza et des Vénitiens qui voulaient qu'on marchât sur Milan et qu'on achevât la conquête de la Lombardie, faiblement défendue par Antonio de Leyva, Lautrec se dirigea vers Je midi de l'Italie, alléguant les ordres exprès des rois de France et d'Angleterre qui voulaient arracher le pape aux mains des Impériaux. •
Lautrec rencontra à Plaisance les ambassadeurs du duc de Ferrare, du marquis de Mantoue et de la république de Florence, qui venaient s'unir au parti français. La ligue fut renouvelée à Man-
tone, le 7 décembre. Mais, tandis'que les alliés avisaient aux moyens de délivrer le pontife, Clé» ment VII sortait lui-même de sa longue captivité» H était parvenu à payer une partie de sa rançon, en vendant sept chapeaux de cardinaux et d'autres dignités de l'Eglise romaine;, ii avait ouvert aux Impériaux les forteresses qui étaient encore en son pouvoir. Ses gardiens commençaient à se relâcher de leur vigilance : le 9 décembre, à l'entrée de la nuit, il s'échappa du château Saint-Ange à la faveur d'un déguisement; puis, il sortit de Rome par la porte d'un jardin qui donnait dans la campagne; il trouva en dehors des murs un cheval espagnol qui l'attendait, et se rendit à Orvieto où était le camp des alliés'. Parmi les premières personnes qui vinrent le Féliciter d'avoir recouvré sa liberté se trouvaient les envoyés anglais, qui le prièrent de donner immédiatement son attention à la requête du roi leur maître. Le pape consentit à accorder au cardinal Wolsey, assisté d'un légat romain, les pouvoirs nécessaires pour entendre et juger en Angleterre la question du divorce'.
Quoique la guerre fût commencée depuis longtemps, ce ne fut que le ai janvier 1 5a8 qu'elle fut
(1) Guiccîardini , liv. XVIII, cap. 5. — Sismondi, Hist. des républ. italiennes , chap. CXIX.
(a) Lingard, Henri VIII, chap. 3.
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déclarée en forme à Charles-Quint. A la fin de l'année précédente, François Pr avait fait annuler le -traité de Madrid, dans un lit de justice qu'il avait tetatt au parlement1. L'empereur était à Bur- , goSy lorsqu il reçut les ambassadeurs et les hérauts d'armes de la France et de l'Angleterre. 11 se plaignit d'avoir été trompé; il accusa hautement le roi de France d'avoir manqué a sa parole. François Pf répondit par un cartel, provoquant l'empereur à un combat singulier, pour lui prouver qu'il en avait menti par la gorge. Charles-Quint accepta le combat, qui devait avoir lieu sur les bords de la Bidassoa, frontière des deux royaumes; mais ce défi n'eut point de suite, et le duel n'eut lieu qu'entre les
(1) François V avait réuni aux officiers du parlement de Paris les députés des autres parlements du royaume, le corps de ville de Paris et les principaux membres de la noblesse et du clergé. Ce n'e'tait point, à proprement parler, une assemblée d'états ; cependant chaque corps délibéra en particulier, et la délibération dura quatre jours, du i2au 16 décembre 1527. L'assemblée déclara que le roi n'était obligé ni de retourner en Espagne, ni d'exécuter le traité de Madrid; qu'il pouvait saintement et justement lever sur ses sujets exempts ou non exempts deux millions pour la rançon de ses fils et les autres besoins de l'État. ( Mémoires manuscrits concernant le parle-
ent, ap. Gaillard, liv. II,chap. 12.)
(2) Du Bellay, Mémoires, Hv. Iî.
l68 MV. III, CHAP. V.
La guerre continuait toujours en Italie sous le commandement de Lautrec; il ne s'agissait plus de délivrer le pape, mais de conquérir le royaume de Naples, L'armée française, partie de Bologne le 9 janvier i5a8, avait traversé lentement la Romagne et la Marche; le io février, elle avait passé le Tronto, et était entrée dans les Abbruzes. L'armée impériale, qui occupait Rome depuis huit mois, se mit enfin en mouvement pour aller défendre le royaume de Naples, sous le commandement du prince d'Orange et du marquis de Guasto. Cependant, vers le milieu d'avril, Lautrec, après avoir soumis la Pouille, s'approcha de la capitale. Déjà les principales villes de la Terre de Labour, Nola, Capoue,. Aversa, avaient capitulé. Naples, étroitement bloquée par terre et par mer, allait se rendre par famine1, quand la volonlé d'un seul homme fit tout à coup changer la fortune.
Le, Génois André Doria avait mis ses talents au service de la France; mais il n'avait pas pour cela renoncé à ses devoirs envers sa patrie et au sentiment de son indépendance personnelle. Les Français, qui venaient en Italie comme alliés, voulaient toujours s'y établir en maîtres; ils sacrifiaient trop souvent à leur ambition ou
(i) Guicciardini, lib. XIX, cap. x.