‹ Histoire de l'Europe au 16e siècleChapitre 32 sur 119 · III, CHAI». V · texte numérisé non relu

III, CHAI». V

fit aucune réponse aux lettres de l'amiral. On ne s'arrêta pas là : on résolut de frapper un grand coup, et la destitution de Doria fut arrêtée dans le conseil. C'était donner à Charles-Quint le plus grand homme de mer du seizième siècle. Pour éviter cette défection , son successeur Barbezieux fut chargé de l'arrêter; il se rendit à Gênes, assez embarrassé pour remplir sa mission. Mais Doria l'avait attendu sur ses galères; aussitôt qu'il l'eut aperçu : « Je sais, lui dit-il, ce qui vous amène, » et lui montrant d'un côté les galères de France, de l'autre celles de Gênes : « Voici les galères de votre maître que je vous rends; voilà celles de ma république que je garde. Accomplissez le reste de votre ordre, si vous l'osez.» Barbezieux n'osa point. Doria se retira fièrement, environné de son cortège naval, et bientôt il envoya en Espagne son secrétaire pour traiter avec Chafles-Quint Il proposait de passer au service de l'empereur avec douze galères, moyennant un traitement annuel de soixante mille ducats; il demandait que Gênes redevînt indépendante, que Savone et toutes les villes de la Ligurie lui fussent

(1) Guichardin, moins favorable à André Doria que les historiens français, dit que depuis longtemps l'amiral trahissait François Ier, et négociait secrètement avec Charte-Quint (Hist. d'Italie, Ht. XIX, chap. a.)

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soumises comme autrefois. L'empereur, décidé a 11e point marchander un tel homme, accepta toutes ces conditions, et la flotte génoise qui bloquait le port de Naples sous le commandement de Philippino Doria, neveu a" André, passa au service impérial. L'amiral lui-même ne tarda point à reparaître sur ces parages , mais pour Faire rentrer l'abondance dans la ville assiégée. Mal protégés par la flotte de Barbezieux et par celle des Vénitiens qui ne songeait qu'à conserver ses conquêtes sur les côtes de la Pouille, les Français eurent la famine à leur tour, et de plus la peste qui enleva le maréchal de Lautrec et la plus grande partie de l'armée. Sur vingt- cinq mille hommes , il en restait à peine quatre mille en état de combattre. L'armée ainsi réduite opéra sa retraite, sous la conduite du maquis de Saluées, qui mourut après avoir capitulé1 dans Aversa. Les troupes pouvaient se retirer où il leur plairait, niais à condition de livrer leurs drapeaux, leurs armes et leurs chevaux ; les gentilshommes seuls purent conserver leurs montures. Aii commencement de septembre , les Impériaux étaient rentrés dans la plupart des places du royaume , et la conquête de Naples s'évanouissait encore une fois pour les Français.

C'était peu pour André Doria d'avoir délivré

Naples: il fit voile vers la ville de Gênes pour en chasser les Français. Quand il parut dans le port, le 12 septembre, avec treize galères, Barbezieux , qui venait d'y rentrer avec quelques compagnies échappées aux désastres de Naples, se retira avec toute sa flotte dans le port de Savone. Théodore ïrivulzio, qui gouvernait la ville pour François Ier, se réfugiadansleCastellelto. Doria entra facilement dans la ville, secondé par les habitants auxquels il avait fait connaître son trailé avec l'empereur. A la fin d'octobre, les Génois avaient reconquis tout leur territoire; ils avaient comblé le port de Savoue et détruit le Casleîletto. Ce fut alors qu'André Doria s'occupa de rétablir l'ordre dans sa patrie, en corrigeant les lois et en réconciliant les factions. L/empereur voulait le faire prince de ^ Gènes , il aima jjiieux en être le législateur.

Un comité de douze magistrats avait été créé l'année précédente, sous le titre de réformateurs. Ils travaillèrent, avec André Doria, à effacer la trace des différents partis qui avaient déchiré la république. La constitution nouvelle fut essentiellement aristocratique. La souveraineté appartint aux anciens propriétaires, aux plus riches citoyens, qui prirent le nom de gentilshommes1.

(1) Pétri Bizarri Sentinatis dissertatio de reipab. Genueou

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