A.\DH1:: DORIA. I
Pour mieux constituer i aristocratie, il fui décidé que tous ces nobles entreraient par adoption dans les familles les plus riches cl les plus illustres de (•t ues. Ces puissantes maisons, au nombre de vingt-huit j furent désignées selon l'ancienne expression génoise, sous le titre iïalberghi\ Tous les gentilshommes siégeaient tourà tour au grand conseil, (|ui se composait de quatre cents membres et était renouvelé tous les ans'. Le grand conseil nommait un sénat ou conseil d'état, composé d'abord de cent membres, puis de deux cents, et renouvelé chaque année. Le pouvoir exécutif appartenait au doge, assisté des huit conseillers de la seigneurie et des huit procurateurs de la commune. Le doge était élu pour deux ans, par le grand conseil. Enfin il y avait une commission de cinq membres ou syndics qui. par leur nombre et leurs attributions, rappelaient les éphores de Sparte : ils exerçaient une sorte de sur-
statu et administratione, in Grœvii Thcsauro rerum Italicarum, t. I. — Sismondi, HUt. des répub, ital. chap. CXX.
(1) La division de la noblesse génoise en vingt-huit familles dura jusqu'en i57G;à ectte époque» les Mberghi furent supprimas, et chaquç famille noble reprit son ancien nom.
(a) Plus tard, quand le nombre des gentilshommes fut tombe à sept cents environ, ils furent tous admis, à l'âge de vingt-deux ans accomplis, dans le grand conseil, qui devint permanent.
veillance sur l'exécution des lois et la conduite des autorités. André Doria, qui avait refusé la couronne ducale, fut le premier de ces syndics; et cette dignité lui fut conférée à vie1, tandis que ses collègues ne devaient exercer leur pouvoir que pendant quatre ans*. Ainsi fut reconstituée la république de Gênes, libre en apparence, mais en réalité soumise à la suzeraineté impériale, malgré quelques sympathies françaises qui devaient plus tard éclater dans cette ville, et qui s'y trouvent encore aujourd'hui.
11 ne restait plus au roi de France d'autre armée en Italie que celle du comte de Saint-Paul, qui était encore plus mal payée que les précédentes, et qui n'avait pu ni secourir Gênes, ni assiéger Milan. Le i\ juin 1629, Saint-Paul fut vaincu et fait prisonnier, à Landriano, par Antonio de Leyva, ce général goutteux, qui se faisait porter au com-
(1) La république éleva une statue de marbre à André Doria, avec cette inscription : Andreœ Auriœ, civi optimo, felicissimovindici atqueauctori publicœlibertatis S. P. Q. G.posuérc.
(a) L'aristocratie génoise fut moins exclusive que celle de Venise. Le grand conseil était autorisé par la loi à incorporer tous les ans dans la noblesse sept habitants de la ville et trois des rivières; mais il ne devait choisir que ceux qui, par leur naissance, leurs mœurs et les services rendus à l'Etat, pouvaient être estimés égaux aux nobles (Filippo Casoni, Annal, di Genova, ap, Sismondi, chap. GXX).
TRAITÉ DE CAMBRAI. i~5
bat dans sa chaise. La veille du jour de la bataille, Clément VII avait conclu la paix avec l'empereur. Le traité fut conclu à Barcelone, par le nonce du pape, Nicolas de Schomberg, archevêque de Capoue. Le pontife accordait à Charles-Quint l'investiture du royaume de Naples, et, à la place de l'ancien tribut, il ne demandait qu'une haquenée blanche, pour toute reconnaissance de souveraineté. Les négociations étaient aussi entamées entre l'empereur et la France, et la paix fut conclue à Cambrai le S août. Le traité de Cambrai, qu'on nomma la paix des darnes , parce que les négociations avaient été dirigées par Marguerite d'Autriche pour l'empire et par Louise de Savoie pour la France, n'était autre chose que le traité de Madrid un peu adouci'. François ljr ne rendait plus la Bourgogne et ses dépendances, mais il renonçait à tout droit de suzeraineté sur la Flandre et sur l'Artois; il devait payer deux millions d'écus pour la rançon de ses fils, qui l'avaient remplacé à Madrid comme prisonniers; il épousait la reine douairière de Portugal; enfin il renonçait à toute prétention sur les États de l'Italie, il abandonnait ses alliés,
(i) Guicciardini, lib. XIX, cap 5. • — Ryraer, Acla publica, t. XIV. ,
176 IJV. III, CHAP. V.
et livrait la Péninsule au bon plaisir de l'empereur.
Une des causes qui avaient disposé Charles- Quint à la paix, c'étaient les troubles de la Hongrie et les progrès de Soliman. Zapoly, qu'un certain nombre de seigneurs avaient porté au trône après la mort de Louis H, avait imploré l'appui du sultan, et le sultan avait répondu à son ambassadeur : « La Hongrie est à moi par le droit de la conquête et du sabre ; mais je consens à la donner à ton' maître, en récompense de son dévouement. Non-seulement je lui cède la Hongrie, mais je le protégerai si bien contre Ferdinand d'Autriche qu'il pourra dormir sur les deux oreilles '. » En effet, le 10 mai 1629, Soliman partit de Constant inople, avec deux cent cinquante mille hommes et trois cents canons. Le 10 juillet, il était à Mohacz, où il reconnut Zapoly comme roi de Hongrie. Le 3 septembre, il commença le siège d'Ofen, qui4 était alors au pouvoir de Ferdinand; la ville fut prise au bout de six jours, et Zapoly proclamé roi dans la capitale. Cependant Soliman laissa un gouverneur turc àOfen, et se dirigea sur Vienne, menant à sa suite son nouveau vassal. Le 27 sep-
(1) Hammer, Hist. de l' empire ottoman, Yiv. XXVI.
SIÈGE DB VtBïfïllî. I77
tembve, il mit le siège devant la capitale de l'Autriche 1 ; Il y resla trois semaines, sans pouvoir entrer dans la place. En vain il eut recours à la mine et à l'escalade: ses travaux furent détruits, ses assauts repoussés, et cette innombrable armée échoua honteusement contre le courage de la garnison autrichienne que commandait le comte de Salm. Le flot des Ottomans avait enfin trouvé une ' barrière. Le 1G octobre, Soliman se décida à la retraite. Il déclara, en se retirant, qu'il n'était pas venu pour prendre la ville, qu'il n'en voulait qu'à l'archiduc. A quelque distance de Vienne, il lit halte et convoqua un grand divan; ses vizirs vinrent le féliciter de l'heureuse issue de la campagne, et des présents furent distribués aux troupes pour leur prouver qu'elles étaient victorieuses %
L'Allemagne était sauvée de la conquête étrangère, mais agitée plus que jamais par les querelles de religion. Depuis jd^5 les deux ligues étaient en présence : la ligue catholique de Ratisbonne , et la ligue réformée dont le centre était à Torgau.
(1) Charles-Quint avait cédé à Ferdinand, sou frère, la souveraineté de la Hongrie et celle de l'Autriche par actes dates de Worms et de Bruxelles, 28 avril iSftl et 18 mars l5il.
(a)Hammer, Uist. de l'eiup. ottoman, liv. XXVI.
I78 UV. 1X1, CHAP. V.
Pendant les dernières guerres d'Italie, l'un des* princes réformés, le landgrave de Hesse, avait envahi à main armée les évèchés de Wurtzbourg et de Bamberg. En i5ao, les catholiques cherchèrent à prévalQir à la diète de Spire ; mais les réfoiv més étaient en force, et toute la sévérité de la diète se tourna contre les anabaptistes etlessacramentaires. Les premiers furent condamnés à mort, et les seconds au bannissement. Quant au luthéranisme, il devait être toléré partout où il était établi ; mais on défendait expressément de rétablir dans les pays qui ne l'avaient point encore adopté* La prédication catholique était autorisée dans les Etats luthériens, mais non la prédication luthérienne dans les états catholiques. Les luthériens attaquèrent le décret comme injuste et impie; ils protestèrent, et delà le nom de protestants , qui des luthériens s'est étendu à toutes les sectes réformées. La protestation fut envoyée à l'empereur, signée de l'électeur de Saxe, du landgrave de Hesse, des ducs de Lunebourg, du prince d'Anhalt et des députés de quatorze villes impériales, parmi lesquelles on remarque Constance , Strasbourg et Nuremberg. Les princes réformés déclaraient qu'ils ne fourniraient aucun secours contre les Turcs, tant qu'on ne leur aurait point rendu la
CHARLES-QUIRT A BOLOGNE. «79
liberté entière qui leur avait été accordée par la diète de i5a6
Charles -Quint était parti de Barcelone le 29 juillet sur une des galères d'André Doria, qui était venu le chercher en Espagne. Il débarqua à Gênes le 12 août, et, le 5 novembre, il entra dans Bologne, où 1 attendait le pape Clément VII. Là furent réglées les affaires de l'Italie. François Sforza fut rétabli dans le duché de Milan, moyennant une somme de neuf cent mille ducats; encore le comté de Pavie était-il détaché du Milanais et donné à Antonio de Leyva, comme récompense de ses services. Les Vénitiens furent obligés de rendre au pape les villes de Ravenne et de Cervia, et à l'empereur les ports dont ils s étaient emparés dans le royaume de Naples; ils devaient aussi payer une somme de trois cent mille ducats; enfin ils s'engageaient à défendre les Etats du duc de Milan et ceux de Charles en Italie, mais contre les princes cbrétien^.seulement, ne voulant signer aucun traité qui pût les entraîner dans une guerre contre les Turcs1. Les petits princes de l'Italie, les ducs de Savoie, de Ferrare, d'Urbin, le marquis de Mantoue, avec son nouveau titre de duq
(1) Sleidan, Comment. , lib . VI.
(a)Gmcciardini,Iib. XIX , cap. 6.-sSiamondi, Hist. des rép. italiennes, chap. CXX.
l8o LIV. III, CIUP. V.
qu'il devailàla faveur impériale, n'étaient plus que les humbles vassaux de Charles-Quint. Les républiques de Sienne et de Lucques n'avaient, comme celle de Gènes, qu'une apparence de liberté. Florence osa résister, et repoussa les Médicis, que l'empereur voulait rétablir. Après une guerre dér sespérée, elle fut réduite à faire sa soumission. Le gouvernement populaire fut aboli, la seigneurie supprimée ainsi que le gonfalonier de justice. Alexandre de Médicis fut déclaré prince de l'Etat, avec le litre héréditaire de doge ou de duc de la république florentine \ Jamais l'Italie n'avait été plus complètement soumise, ou plutôt il n'y avait plus d'Italie, le jour où Clément VII, à Bologne, déposait la couronne impériale sur la tête de Charles-Quint (24 février i53o).
L'empereur était encore tout enivré de son nouveau pouvoir, lorsqu'il reçut, à Plaisance, les députés qui lui apportaient la protestation des princes luthériens. Il les traita avec beaucoup de hauteur et de dureté: « Vos maîtres, leur dit-il, violent les lois de l'empire et celles de toute société, qui ont toujours soumis le petit nombre à la volonté du plus grand. Le décret dont ils se plaignent est juste
(1) La nouvelle constitution ne fut promulguée à Florence que le 17 avril i532.
confessjoît d'augsbourg. i 8i
et sage : qu'ils s'y soumettent. J'ai su régler les affaires d'Italie, je saurai bien régler celles d'Àllemagne,. » Et comme les députés insistaient. « Insolents, reprit l'empereur, sortez de ma présence. C'est par pitié pour vous que je veux bien vous empêcher de vous oublier et de m'outrager : le châtiment suivrait de près l'offense. Portez ma réponse à vos maîtres, voilà votre devoir; qu'ils fassent le leur, sinon je ferai le mien '. »
Charles-Quint, qui avait paru si violent en Italie, sous les yeux du pape, fut beaucoup plus modéré quand il fut en Allemagne , au milieu des réformés. U déclara qu'après avoir réglé les intérêts politiques de l'Europe, il voulait pacifier l'Église, et, pour y parvenir, il fit appel à toutes les croyances qui divisaient l'Allemagne. Une nouvelle diète s'ouvrit à Augsbourg, le ao juin i53o. Mélanchton esprit doux et timide qui contrastait avec la violence de son maître, fut chargé de rédiger et de soutenir la profession de foi luthérienne. Luther lui-même ne parut point à la diète; mais, delà forteresse de Cobourgoù il résidait alors, il correspondait avec
(1) Sleidan, Comment., lib. VII.
(2) Mélanchton, comme la plupart des érudits de son temps, avait traduit son nom en grec ; il s'appelait Schwarzcrdc. C'était ainsi qu'OEcolampade avait traduit son véritable nom Hausse hein .
i8a lîv. m, cflAP. v.
son disciple, et indiquait à Mélanchton le plan de conduite qu'il fallait tenir. La Confession de Bucer et celle de Zwingli, qui représentaient les nuances diverses du parti sacramen taire, furent envoyées à la diète $ mais elles furent bientôt écartées , parce qu'elles n'étaient soutenues que d'un très petit nombre de suffrages, et le débat s'engagea entre Mélanchton et Jean de Eck, c'est-à-dire entre la doctrine de Luther et l'Église catholique.
Le génie conciliant de Mélanchton évita avec soin toute expression amère ou injurieuse; il sacrifia même quelques articles de foi, et alla, sous ce rapport, au-delà des concessions consenties par Luther. Les docteurs catholiques , auxquels l'empereur avait inspiré ses idées de transaction, adoucirent eux-mêmes leur langage, et adoptèrent quelques articles de la confession d'Augsbourg. On crut un instant que l'unité religieuse allait se rétablir. Mais l'on ne put s'entendre ni sur la messe, ni sur les vœux monastiques, ni sur le mariage des prêtres. D'ailleurs, malgré plusieurs concessions plus apparentes que réelles, ni l'un ni l'autre parti n'était prêt à transiger. L'Église catholique se croyait encore assez forte pour étouffer l'hérésie, et Luther, désavouant les avances faites par Mélanchton, avait déclaré qu'il ne savait point procéder avec cette molle délicatesse. Il se mo-
COITFESSIÔIT D*ATJGSBOtniG. l83
quait, dans sa correspondance, de cette vaine tentative de conciliation. « J'apprends, écrivait-il à un de ses amis, que vous avez entrepris une œuvre admirable, de mettre d'accord Luther et le pape; mais le pape ne le veut pas, et Luther s'y refuse. Prenez garde d'y perdre votre temps et vos peines. Si vous en venez à bout , je vous promets de réconcilier Christ et Bélial\» L'empereur comprit enfin que la paix était impossible, et, préoccupé des atteintes que les innovations religieuses pouvaient porter à l'ordre politique, il résolut, comme il l'avait fait à Worms, de déployer le pouvoir impérial en faveur de l'ancienne Eglise. La diète, docile à son influence, rejeta le symbole luthérien, et, le 19 novembre, rendit un décret qui rétablissait dans toute l'Allemagne les dogmes et les cérémonies catholiques. Les réformés étaient obligés de se réunir à l'Église dans un délai de six mois, sous peine d'être mis au ban de l'empire*.
C'était peu de rendre un tel décret, il fallait le faire exécuter. Charles-Quint avait formé à Augsbourg une nouvelle ligue pour la défense de la foi catholique; les luthériens formèrent aussitôt,
(1) Lettre à Sp al a tin, du a 6 août i53o, dans les Mémoires de Luther traduits par M. Michelet, Ht. III, chap. i. (a) Sleidan, Comment., lib. VII.
«84 *ÏV* l"j CHAP. Y»
à Smalkade, une nouvelle ligue protesiante ( 3i décembre). Le 5 janvier i53i , la diète de Cologne nomma Ferdinand roi des Romains. L'empereur, qui ne pouvait toujours résider en Allemagne, voulait se servir de son frère pour exécuter l'édit d'Augsbourget maintenir les protestants. La ligue de Smalkade protesta contre l'élection de Ferdinand, et ne voulut point le reconnaître comme roi des Romains. De part et d'autre, on se préparait à combattre. Les princes Luthériens levaient des troupes dans leurs Etals et se ménageaient des alliances au dehors. Ils négociaient avec la France et avec l'Angleterre. Le Landgrave de Hesse vint trouver François 1er , pour l'engager à soutenir la ligue de Smalkade. Les protestants d'Allemagne avaient aussi des alliés dans les royaumes Scandinaves, où la doctrine Luthérienne avait déjà triomphé.
Gustave Wasa, à peine roi de Suède, avait ôté au clergé catholique ses dîmes et sa juridiction; il avait enlevé aux évêques les châteaux et les places fortes qui en faisaient des seigneurs temporels. Le roi engagea les nobles à revendiquer les terres ecclésiastiques sur lesquelles ils avaient d'anciens droits. 11 ouvrit les monastères, et invita les moines à rompre leurs vœux. Les Dominicains, n'ayant pas voulu être libres, furent exilés. Les
ïlÉFOAME SUJKDOISI. l85
biens des couvents furent confisqués au profit de la couronne; les cloches furent fondues, et l'argenterie des églises remplit le trésor public. Tout appel à Rome fut supprimé, et l'Eglise de Suède fut déclarée indépendante dans les états de Westeras (1627). Enfin, en i5ag, le concile national d'Orebro adopta la doctrine Luthérienne, et régla la Liturgie Suédoise 1 . En Danemarck, la même révolution s'était accomplie sous Frédéric I". La confession adoptée à Copenhague en i53o, était aussi conforme à la doctrine de Luther que la confession d'Orebro. Mais la Norwége, les îles Danoises, et surtout l'Islande étaient peu disposées à la réforme : il fallut employer la force pour y établir la religion nouvelle*.
Christiern II crut l'occasion favorable pour reconquérir ses Etats. Avec les secours de Charles- Quint, de plusieurs princes allemands et de quelques marchands hollandais, il équipa une flotte et leva une armée de dix mille hommes ( 1 55 1 ). Après avoir éprouvé une violente tempête sur les côtes de Frise, il gagna, avec les débris de sa flotte, le port d'Opslo, aujourd'hui Christiana. Un
(1) Loccenias, rerum Suecicarum lib. VI. — Bazius, Hist. eccles. Suecica.]
(a) Mallet, Hist. du Danemarck, lir. VII.
i86 liv. ni, ïchap. v,
grand nombre de Norwégiéns se rangèrent sous ses drapeaux, et lui assurèrent des subsides. De là, il pénétra en Suède, mais il fut repoussé par Gustave et réduit à s'enfermer dans Opslo. Assiégé par les Danois, il craignit d'exposer sa vie et demanda à capituler. Les Danois, après lui avoir promis la liberté, le conduisirent à Copenhague ; mais Frédéric le retint prisonnier, et il passa le reste de sa vie, qui devait être fort longue, dans le donjon de Scaenderberg. Le Luthéranisme triompha en Danèmarck et en Suède avec Frédéric et Gustave-Wasa, et, bravant à la fois le pape et l'empereur, les deux royaumes Scandinaves gardèrent le roi qu'ils s'étaient donné et la religion qu'ils avaient choisie.
La doctrine de Zwingli s'était répandue dans plusieurs parties de la Suisse ; mais les cantons catholiques s'opposaient à la liberté religieuse. Après avoir épuisé les arguments, on en vint aux injures, et des injures on en vint aux armes. Il arriva un jour où Zwingli, qui avait rêvé pour sa doctrine un long avenir de progrès pacifiques, s'écrià en chaire : « Quand on traite son adversaire de criminel, il faut lâcher le poing avec la parole, et frapper si l'on ne veut être frappé le premier1.»
(i) Hottingcr, Histoire des Suisses à l'époque de la réformation, liv. III, cbap. 3.