‹ Histoire de l'Europe au 16e siècleChapitre 34 sur 119 · GUERRE DE C APPEL · texte numérisé non relu

GUERRE DE C APPEL

Alors un cri de douleur et de colère retentit dans les vallées et dans les montagnes. La famine, qui désolait la Suisse comme plusieurs autres contrées de l'Europe, poussait aux résolutions extrêmes. L'été de 1 529, succédant à un hiver d'une douceur extraordinaire, avait été froid et pluvieux; la moisson et les vendanges avaient manqué. De terribles maladies se joignaient à ce fléauy et une comète d'une grandeur singulière enrayait les populations. Un soir que Zwingli la contemplait, un de ses amis lui demanda ce qu'il pensait de ce sinistre météore : « 11 vient, répondit Zwingli, éclairer le chemin qui mène à ma tombe. ».

Le 12 octobre 1 53 r fut pour la Suisse un jour d'éternelle douleur. La bataille se livra, dans la plaine de Cappel , entre les catholiques et les réformés: Uri, Schwytz, l nterwaldeo, Zug et Lucerne d'un côté, et de l'autre Berne et Zurich. Les catholiques furent vainqueurs : plus de six cents hommes de Zurich perdirent la vie, et Zwingli fut au nombre des victimes. 11 avait été blessé à la tête pendant qu'il consolait un mourant, et il était allé tomber non loin d'un arbre qui fut appelé depuis le poirier de Zwingli. Il vivait encore , et conservait, malgré ses souffrances, un visage calme et serein. Les ennemis l'entourèrent, l'invitant à se confesser et à invoquer les saints; comme

? 88' liv. m, chap. v.

il gardait le silence : a Meurs donc, » s'écria le capitaine Vokinger, en le frappant d'un dernier coup. Les soldats des cinq cantons mirent son corps en lambeaux, malgré leurs magistrats qui leur criaient : * Paix aux morts! laissez Uieuju* ger. » Le bourreau de Lucerne livra le corps aux flammes, et mêla sa cendre à celles des porcs que l'on avait immolés'. 11 y eut pourtant quelques ennemis qui versèrent des larmes, à la vue du . martyr d'une foi qu'ils ne partageaient point. Un catholique, Jean Schœnbrunner, se rappelant la patrie commune au milieu de ces sanglantes querelles : « Quelle qu'ait été ta croyance, dit-il, je sais que tu as été un sincère et loyal confédéré; Zwingli, Dieu veuille avoir ton âme! »

Les deux partis souffraient également de la guerre, et la médiation du roi de France hâta la conclusion de la paix. Un traité fut signé, le 16 novembre, à des conditions équitables; mais il restait encore ça et là quelques germes de haine religieuse. A Soleure, où il y avait des réformés, mais où la majorité appartenait aux catholiques, ceux-ci avaient pris les armes pour forcer les autres à abjurer. Ils avaient rangé leur artillerie sur les bords de l'Aar, qui les séparait des réformés; déjà un boulet avait été lancé de l'autre côté

(1) Tschoudi ap. Hottinger, liv. III, chap. IV.

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du Heine, quand PaVÔjer Wenge se précipite à la bouche du second canon, dont la mèche était allumée : « Épargnez le sang des citoyens, s'écrie-t-il, ou que je sois votre première victime. » A ces paroles héroïques, la fureur du peuple se calma, et pas une goutte de sans; ne lut versée. Les réformés abandonnèrent le territoire de Soleure, et allèrent vivre tranquilles dans les cantons qui avaient adopté la doctrine de Zwingli Après avoir mesuré leurs forces, les deux partis apprirent à se respecter, et la Suisse fut partagée, comme elle l'est encore, en cantons catholiques, en cantons réformés

et en cantons mixtes.

[/Angleterre n'avait point encore adopté la réforme, mais elle commençait à s'affranchir de J autorité pontificale. Depuis le traité de Barcelone, le pape était tombé dans la dépendance de l'empereur; aussi Henri VIII avait-il peu d'espérance de faire autoriser son divorce en cour de Rome. Clément VII était dans une position difficile; car Henri VIII parlait déjà de se séparer de l'Eglise romaine si le pape ne consentait point à son divorce, et Charles-Quint menaçait le pape de le faire déposer s'il y. consentait. Entre ces deux princes qu'il redoutait également, Clément se

(1) Hottingcr, toc. cit. — Zscliokkc, Hist. delà nation suisse, chap. 33.

IQ/> LJV. III, CHA.P. V.

trouvaity suivant l'expression d'une de ses lettres, entre le marteau et V enclume. Il négocia, temporisa, promit, se rétracta, espérant, dit Voltaire, que l'amour de Henri VIII durerait moins qu'une négociation italienne1. Il avait autorisé le cardinal Wolsey, assisté du légat Campeggio , à examiner l'affaire avec une commission de prélats anglais ; mais, sur les instances de la reiue et sur les menaces de Charles-Quint , il suspendit les procédures et évoqua l'affaire à Rome , où il la fit traîner en longueur. Wolsey, qui, en sa qualité de cardinal , était resté à peu près neutre dans la querelle, perdit sa place de chancelier, qui fut donnée à Thomas More, et le docteur Cran mer de Cambridge succéda au prélat dans la confiance du roi. Ce fut lui qui persuada à Henri VIII de consulter sur son mariage les universités européennes. Presque tous ces corps savants, la faculté de Paris elle-même, donnèrent une décision favorable au divorce. Dans les pays opposés à la prépondérance de Charles-Quint, la politique contribua à influencer la décision des docteurs*, et, dans certaines

(î) Voltaire, Essai sur les mœurs, chap. i35.

(a) Henri VIII avait écrit de sa main au doyen de Paris, et François Ier ordonna à la Faculté de se réunir immédiatement. Montmorency, alors premier ministre, allait quêtant des votes de maison en maison. Cependant l'affaire traina en Ion-

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