DE LA
sànce spirituelle : ce n'était pas encore l'Église protestante, c'était déjà l'Église anglicane.
rançois I" avait soutenu Henri VIII dans ses
fort tolérant à l'égard des réformés. Il avait pris sous sa protection l'ami et le traducteur d'Erasme , Louis Berquin, arrêté par ordre du parlement. Erasme, dans sa correspondance, engageait le roi à se défier du zèle outré desparlements et des facultés : « ils veulent, disait- [, établir une sorte de tyrannie, même à l'égard les princes: c'est là le ressort secret de leur conte. Si le prince ne plie pas sous leur volonté, ils le feront passer pour hérétique; ils le dénon-
c'est-à-dire à quelques faux docet à quelques moines révoltés \ » Le roi goûtait assez les raisons d'Erasme : il avait même quelquefois tranché du Henri VIII, témoin ce certain jour yi'il avait enlevé sans façon, au tombeau de saint Martin de Tours, une balustrade en argent, du poids de 6,776 marcs, présent que le roi Louis XI avait fait au saint pour expier ses vieux péchés. y-
Les luthériens, se croyant protégés en haut lieu, devinrent plus nombreux et plus hardis. Un
d'Erasme à François I", 16 juin 1S16.
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jour, k Pari» même, presque sous les yeux du roi , quelques-uns d'entre eux rouillèrent, à coups de poignard, une image de la Vierge qui était dans le quartier Saint~Antoine, au coin de ht rue des Rosiers et de la rue des Juifs. Le roi vint, en grande cérémonie,. le n juin i5a8 , posera la même place une statue d'argeot de la grandeur de celle q*i avait été outragée. La vierge d'argent ne fut point profanée par les hérétiques, elle fut volée quelques années plus tard. Ces violences et l'opinion dit plu s grand nombre, ouvertement prononcée contre les luthériens, poussèrent le roi à la rigueur. Berquin, tourmenté du besoin de courir au martyre, ne prenait aucun soin de cacher ses opinions religieuses et piiiiosophiques. Le temps est venu d'abaisser tous les scolastiques, écrivait- il à Erasme. Le temps esJb venu de ménager tout le monde, répondait prudemment le philosophe, qui n'était disposé à être martyr ni de Tune ni de l'autre religion/. Les. conseils d Eras me n 'eiwpèch èren t poin t Bçrquiii de cotumettre de nouvelles imprudences^ et da défier an quelque sorte le fanatisme dont il était environné. François Fr, cédant à la clameur publique fit* reprendre le procès qu'il avait (ait suspendre. Berquii» eutpour juges douze commis-
(i) Erasme Bpist Kb. XXIV, «p. 4-
DE LA REFORME EN FRA.HCI. rg5
saires, nommés par le roi et presque tous tirés du parlement. 11 fut condamné à voir brûler ses livres, à abjurer ce qu'ils contenaient, à avoir la langue percée d'un fer chaud, et à être enfermé le reste de ses jours. Berquin consentit à subir le supplice que la force lui infligeait ; mais quant à cette partie de l'arrêt qui disposait de sa conscience et qui le contraignait de renoncer à ses opinions, il dédara qu'il ne s'y sou met liait point. Il n 'abjura pas, malgré les larmes et les prières de Budée, qui était un des commissaires ; il en appela au pape et au roi : un second arrêt le condamna au feu, et cet arrêt fut exéctité le aa avril i52o/.
D'autres victimes plus obscures furent immolées après Berquin; mais, dit Mezerai, pour deux qu'on faisait mourir, il en renaissait cent autres de leurs cendres. Il y avait à cette époque, dans certaines parties de la France, un mouvement assez prononcé vers la réforme, et François I"' lui-même n'y fut point toujours étranger. Le curé de Saint» Eustache, Lecoq , dit un jour en prêchant devant le roi sur l'eucharistie : « (Ne nous arrêtons pas à ce qui est sur l'autel, élevons-nous au ciel par la foi : sursà/n corda, Sire, sursàm corda. a Ces paroles,
(i) Chevillier, de l'Orig:ne Je l'imprimerie. — Beze, HisL ecclesias. liv. I. — Era»m. Epist. lib. XXIV.
au dire des théologiens, attaquaient la présence réelle, et le curé de Saint- Ëustacbe fut obligé de Jes rétracter; mais le roi en avait paru frappé*. Il était alors sur le point de rompre avec Charles- Quint, et il négociait avec les protestants d'Allemagne. Il voyait avec peine les contradictions auxquelles le condamnait la politique: en effet, ceux dont il recherchait l'alliance à l'étranger , il les aurait fait brûler en France , et ceux qu'il faisait brûler en France, s'il les eût trouvés au-delà du Rhin, auraient été ses meilleurs amis. Il pensa un moment à tenter dans ses états la conciliation qui n'avait point réussi en Allemagne. Mélanchton fut consulté (i534), il fut même mandé en France; mais l'électeur de Saxe, qui craignait Charles-Quint, ne voulut point consentir au départ de Mélanchton*. D ailleurs le parti catholique avait réclamé avec, énergie, et le roi lui-même s'inquiétait des changements politiques que la réforme pouvait entrai* ner en France. Un jour François I", mécontent du pape, s'exprimait assez librement sur la religion, en présence du nonce; il disait qu'il ne tenait qu'à lui de faire un mauvais parti au Saint Père, en se
(i) Floriraond de Rémond, Hist. de la naissance et des progrès de l'hérésie. — Maimbourg, Hist. du calrinisme. (a) Bayle, Dict. hist. art. Mélanchton.