‹ Histoire de l'Europe au 16e siècleChapitre 39 sur 119 · CHARLES-QUINT JL ROME. ZI · texte numérisé non relu

CHARLES-QUINT JL ROME. ZI

L'empereur avait prononcé cette harangue, peu digne d'un prince aussi réservé, avec une emphase et un ton impérieux qui découcertèrent les ambassadeurs français. Ils n'avaient point compris tout le sens du discours , parce qu'il avait été prononcé en espagnol. L'un d'eux essaya pourtant d'y répondre, mais Charles -Quint l'interrompit et ne Jui permit pas de continuer. Le pape, qui n'osait prendre un parti , se borna à recommander la paix de la manière la plus pathétique , et l'assemblée se sépara, fort étonnée d'une scène aussi imprévue. Le lendemain, quand les envoyés peu remis de leur première surprise, demander des explications à l'empereur, il tâcha d'adoucir les termes de son discours, et, au sujet du défi qu'il avait porté, il ne fallait pas, disait-il, regarder cette proposition comme un cartel en forme, mais comme un moyen qu'il indiquait pour éviter l'effusion du sang.

Le roi de France, dont l'âge avait amorti l'ardeur, continuait toujours de négocier. A la fin, l'armée impériale, composée de quarante mille fantassins et de dix mille chevaux , s'assembla sur les frontières du Milanais. Celle de France, bien inférieure en nombre et affaiblie par la retraite d'un corps de Suisses, était campée près de Verceil. Le général français, n'osant risquer une ba-

418 M*, tri, mkï. vi.

tâHl e, 3ë rêtiWût à mesure que les impériaux avançaient. Lè hiarquis de Salines, qui commandait une partie de Taritiée française, au lieu de défendue tes Alpes, les ouvrit à Charles-Quint. VU tatte était pleine alors dWrologues èt de dèvihs, que là politique de l'empereur faisait parler à son gré, fet qui lui prédisaient, moyennant tant, la conquête de la France, et au roi la môrt OU unè noù* véllë captivité. Ce fut sur la ïbï de ces prédictions 411e Salùcès négligea d'arrêter l'ennemi; il croyait de bbnnë foi que la France allait se perdre dans la ihonarchîe européenne de Charles-Quint *. L'ancien évêqnè de Genève, Lnbàume, qui s'était retiré en Fràriôhè-Côuité, supplia l'empereur de lé rétablir en passant sur son siège épiscopal. fr Je v&îs d abord conquérir la France, lui répondit l'empereur, et je vous rétablirai ensuite. » L'évèqUe insistait pour que Charles-Quint coinrtiençà't par le rétablir : « Vous faîtes bien du bruit , lui dit Pfthipereur, pour urtë méchante ville, qUi tnême nèVdus appartenait pas. Ma maison a jadis perdu là Suisse entière, qui lui appartenait incontestablement, et je ne dis ftiot. » Et, sans donner d'autre réponse au prélat, Charlès-Quint continua son chemin Vers la Frahcè.

ÎITVABIOIT »Ë LA PROVENCE.

Après -à voir traversé te Piémont sans obstacle, 4 empereur entra sur le terri loire français, Vers les derniers jours de juillet. Il distribuait d'avance les terres et les dignités de son royaume de France ; *ar il nè doutait point du succès1. Mais François ï*% *|ui avait montré de \n mollesse à prendre Poffensiv* en Italie, retrouva toute sa vigueur pour défendre ses états. Point de grande bataille, car le souvenir de Pavie était toujours présent à «a petttée; mais un système de défense combiné avec prudence et courageusement suivi. Ce plan de campagne nous montre combien Charles- Quint était redoutable, et jusqu'à quel point la France était menacée dans son existence. C'était, au reste, le vieux système gaulois, celui que nos pères avaient adopté contre César, et qui n'avait pas sauvé leur indépendance. Il consistait à ne hasarder aucun combat, à se retrancher dans des camps bien fortifiés, à ne jeter de garnisons que dans tes places les plus fortes, et à affamer l'ennemi > en ravageant tout Je pays par où il devait

{ij L'empereur avait ordinairement en main ou devant les jeux une carte de» Alpes et du bas pays de Provence, que loi avait donnée le marquis de Sflluces, et l'étudiait si souvent, appliquant le tout à ses désirs et affections, que déjà il présumait avoir le pays en son nandou ainsy comme il en avait la

aao liv. m, chap. vi.

passer. Montmorency, qui avait donne le conseil, l'exécuta avec une rigueur impitoyable. Il s'établit, avec une partie de l'armée, dans un camp retranché, sous les murs d'Avignon, au confluent du Rhône et de laDurance, tandis que le* roi, avec un autre corps de troupes, alla camper plus haut, près de Valence. Les seules villes de Marseille et d'Arles ne furent point démantelées, la première pour conserver cfes communications avec la mer, la seconde pour servir de barrière au Languedoc.

Ce n'était partout, dans le midi de la France, que ruines et dévastations. Les habitations abandonnées, les fortifications rasées, les graius, les fourrages et les provisions de toute espèce enlevées ou détruites sur les lieux, les moulins brisés, les fours démolis, les puits comblés, et à côté de ces débris, une population héroïque , prête à s'y ensevelir tout entière, voilà le spectacle qui attendait Charles-Quint. L'empereur commença par attaquer Arles et Marseille. Repoussé sur ces deux points, il s'approche du camp d'Avignon; l'armée française veut sortir des retranchements, et demande à grands cris le combat. Montmorency pouvait à peine la contenir, quand le ipi arrive au camp; sa présence redouble l'enthousiasme, et il allait peut-être se livrer une bataille plus glorieuse que la journée de Marignan, ou plus terri-

Page 1