‹ Histoire de l'Europe au 16e siècleChapitre 40 sur 119 · INVASION SB LA. PROVENGE · texte numérisé non relu

INVASION SB LA. PROVENGE

ble que celle de Pavie, lorsque Charles-Quint battit en retraite. 11 avait perdu vingt -cinq mille hommes par la faim ou les maladies. Les paysans le harcelèrent dans sa retraite, et son armée repassa les Alpes en désordre. A peine arrivé en Italie, ilVembarqua pour l'Espagne, et, à défaut des Français, la tempête le poursuivit sur la mer; car il n'arriva à Barcelone qu'après une navigation orageuse, qui lui avait coûté six galères et deux gros navires, dont l'un portait son buffet et l'autre son écurie. On disait au camp du roi, que Charles-Quint était allé enterrer en Espagne son honneur mort en France. Pendant que le roi défendait la Provence avec le maréchal de Montmorency, le duc de Guise et le duc de Vendôme sauvaient* la ville de Péronne, et préservaient nos provinces du Nord d'une invasion flamande, dirigée par les lieutenants de Charles-Quint. Vers la même époque, des armateurs de Normandie attaquèrent une flotte espagnole qui revenait d'Amérique , et firent une prise de plus de deux cent Dtftlle écus. Ainsi l'empereur était battu sur tous les points, et l'historiographe Paul Jove, auquel il avait promis de la besogne, avait à faire un triste récit \ Ce fut pendant cette campagne que le fils aîné

( i ) Martin du Bellay, Mémoires, lïv. VII et VIII.

(fe Fr*n^>is, naQuçqt à divwuf a m^. 4' use mort presque subite Le, «<wte; 4? MmigwwW > tjcba^

squ du priqce, fut coqd^qé à OM>r*. ^'optateft populaire le regardait, çowmQ Ma insUMAmçnt <& le<ttpereur> mais le* wpçriaux WW^MM* te crime à l'épouse du. second, fils. d«> IfWtfÇQte, Catherine de IVédicU* qui gpg*^ te Ufaiftè œite mort. Au coûit^çeMfcenl de VanA&i ^$3^1, te parlement, réuni en Ço,ur des pairs* déclara qu* Chaple^Quial ayant commencé te guerre <*t vU4é le traité de Çambray , par lequel Frap^w 1* *v*ife renoucé à te suzeraineté de la Flapcfeeiej «jfl tois., il élait redevenu vassal de la çeurqn^e d# France. En conséquence, il ^t çU4 k s<W d<* trompe , s^ur la frontière , à comparaître, pou* çri>m$ de félonie. Comme U ne comparut pas, ^fu* dér, claré déchu de ses droits, et, la réwiipq 4$$pw*» vinces fut ordonnée'. tV>ur exécuteur un fcelianwt, falteit qoji des. huissiers, mais, des soldai L* m envahit F Artois et les Pays.-Bas, il soumis plusieurs, places; mais il les perdit presque au^sJ,t^t çu'il> Je* eut conquises, La trêve de Bomy> coaçtoe, le juillet 1 53^ , suspendit les. hostilité^ dans, te uord* Enfin une trèye générale â& dix am fu* (fttyçki* à Nice, le *8 juin \ 533 , par la m^iatip^ 4m pape

(x) Ribicr, lettre* et Mémoires d'État, u L

Païul IH. Aux termes d,e ce traité, la Savoie, fut pajrta^gée entre la France et l'empire. Le 4uç se trouvait, comme il arrive souvent dans la guerre, également çlépouiUé par ses amis et ses, ennemis : jl ne conserva pins que la viUe de Nice et ses dépendauces.

(Quelques jours api es la conclusion de la trêve, les deux rivaux dirent une eutrevue à Aigues- Moi'tes, où les vents contraires avaient poussé Ch.ar|es-Quint , et où François, \tr lui donna uoWement l'hospitalité, te roi vipt avec coufiance à bord de la galère impériale, et ce fut un assaut de politesse et de courtoisie entre ces deux princes qui venaient de se combattre q outrance. Sur la galère qui portail les deux sou\ crains, était A,udré l)oria, cet illustre génois qui les avait servis tous deux tour à tour. L'amiral était présent à l'entrevue; mars il se tenait à l'écart. Charles-Quint l'engagea à venir saluer le roi, et François 1er le reçut avec son alfabiJilé ordinaire: «Doria, lui dit-il, je* veux bien, en considération de lempereur, vous rendre mon amitié. » L'amiral lui répondit : «Grand roi, c'est une justice que votre uaajesté me doit; lorsque j'étais a son service, je lui ai doum? des preuves de mon attachement et de mon zèle.* L'empereur, s'apercevant que Doria était un peu ému, l'interrompit et lui dit de baiser la main du

aa4 £rv. m, chap. vi.

i oi ; François I*' la lui présenta de la manière la plus gracieuse, et lui demanda à voir sa galère. 11 y aperçut un canon de bronze sur lequel étaient les armes de France, et comme il s'arrêtait à le regarder, Doria lui dit : « Ce canon est d'un métal excellent. » Le roi reprit : a Je fais frapper à présent de meilleur métal que par le passé. » Il voulait dire non-seulement que son artillerie avait fait des progrès, mais qu'il payait mieux qu'autrefois ceux qui le servaient. Doria comprit fort bien , car il répliqua : a Le métal de l'empereur a toujours été bon. Au reste, prince, ma personne et mes biens sont d'abord à l'empereur, ensuite à votre majesté. » Après cette conversation, le roi retourna vers Charles-Quint, qui était resté sur la poupe, et lui dit :« Mon frère, vous avez fait en Doria une bonne acquisition ; je vous conseille de le conserver ' . » François Ier avait raison; car, en disgraciant l'amiral, il avait perdu ce que l'empereur avait gagné, la ville de Gênes et la prépondérance maritime.

Depuis que l'invasion des Turcs avait réconcilié les protestants et les catholiques, les dissensions religieuses avaient recommencé en Allemagne. En 1 534 le Landgrave de Hesse avait envahi le Wurtemberg, et rétabli Ulrich dans ce

(1) Brantôme, Capitaines étrangers, art. André Doria.

TRAITÉ DE C.ADAN. 2*>f)

duché, que la maison d'Autriche occupait depuis 1019. Le duc, en rentrant dans ses états, y avait établi la réforme, et Ferdinand, dont les troupes avaient été battues à Laufen, commençait à se rapprocher des protestants. Par le traité conclu à Cadan, en Bohême, le 29 juillet 1 534, la ligue de Smalkade avait reconnu le frère de Charles-Quint comme roi des Romains, à condition qu'à l'avenir nul ne serait élevé à cette dignité que du consentement des ( lecteurs \ Le pape Paul 111 avait consenti à la convocation d'un concile, que son prédécesseur avait toujours refusée; mais il voulait que ce concile se tînt à Mantoue. Le roi de France désapprouva le choix que Paul III avait fait, prétendant que le pape et l'empereur auraient trop d'influence dans une ville d'Italie. Le roi d'Angleterre déclara qu'il ne reconnaîtrait aucun concile convoqué au uom du pape. Les

membres de la li<rue de Smalkade demandèrent que le concile se réunit en Allemagne. La ligue elle-même fut renouvelée pour dix ans, au mois de septembre 1 556, et elle devint plus formidable par l'accession de plusieurs nouveaux membres.

L'union protestante, en dictant ses conditions à l'empereur et au roi des Romains, , poursuivait

(l) Sleidan, comment, lib. IX.

aa<$ uv. in, chap. vi.

toujours avec acharnemeilt les sacra ment air es et surtout les anabaptistes. Cette dernière secte, chassée de T Al le magne, se réfugia dans la Suisse, quelle épouvanta de ses fureurs. A St.-Gall , un de ces insensés, Thomas Schucker, prétendant qu'il fallait du sang pour racheter le monde, égorgea son propre frère. Exilés de la Suisse, les anabaptistes s.e dirigèrent vers le nord, et parcoururent les Pays- Bas r essayant toujours de rentrer en Allemagne. Enfin, en 1 53 4, un boulanger de Harlem, Jean Malhias, auteur d'un livre intitulé du rétablisse' mentxy se déclara chef spirituel à Munster, ville impériale, qui était soumise à la juridiction de son • évêque et d'un conseil de magistrats municipaux. Matbias se prétendait inspiré de l'esprit divin, et se donnait tantôt pour Moïse, tantôt pour Enoch. Çependaut il se cacha prudemment, jusqu'à ce que son parti fui assez fort pour chasser 1 evêque et le& magistrats. Ise prélat, François de Waldeck, fut réduit à faire le siège de la place. Une multitude effrénée courait dans les rues en criant : un nouveau baptême au la mort! Dieu ordonna, par la bouche de Matbias, d'apporter dans la maison

(1) Librum edunt, Restitutionem ipsi vocant... Lui h e ru m etiam et pontificem Roman um aiunt esse f»tlsos prophetas, Latherum tamen deteriorem ( Sleidan, comment, lib. X ).

ANABAPTISTES DE MUNSTER. l»}

te ce que la ville possédait d'or, d argent et de pierreries, et tout fut apporté; Dieu ordonna de piller les églises, et elles furent pillées; il ordonna de brûler lous les livres excepté la Bible, et ils furent brûlés. Ceux qui avaient renverser lous les pouvoirs, étaient es esclaves d'un fou : triste preuve des inconséquences de l'esprit humain el du besoin invincible d autorité! . • • " V" 4 •'■

Le» prophète, qui avait déclaré qu'avec une poignée de soldats il exterminerait Vannée desim- /wetf, Malhias. est tué dans une sortie. Un ancien compagnon tailleur, Jean fïorrn'd , plus connu nom de Jean de l ,r\ de, succède à M.ithias. là ne se contente pas du pouvoir: il veut le titre de roi. A la manière de ces fanatiques , qui se prétendaient les voyants d Israël et la vérité toute nue, parce qu'ils couraient effrontément les villes et les campagnes dans un état complet de nudité, il court nu dans les rues en criant : Foici le roi de Sion; [mis , il retourne dans sa maison ; le peuple vient en foule pour savoir quel est ce roi de Sion ; Jean de Levde ne répond rien, il écrit que Dieu lui a lié la langue pour trois jours, et, ces trois jours accomplis, il présente à rassemblée du peuple un oi lèvre de \Y\uvudorff qu'il avait dressé aux révélations. « Voici , dit-d, un prophète : qu'il

5ta8 MV. III, CHAP.

parle! Le prophète crie de toutes ses forces : « Écoute, Israël, ce que l'Éternel t'ôrdonne; vous déposerez l'évéque, les juges , les ministres ; vous choisirez douze ignorants pour annoncer ma parole. Et toi, dit-il à Jean de Leyde en lui mettant uue épée nue dans la main, reçois cette épée que le Père te donne, il t'établit roi pour gouverner à Sion et sur toute la terre.» Jean de Leyde se soumet aux décrets éternels, il devient roi, et, usant aussitôt d'un dés privilèges de la royauté, il fait battre monnaie. Sur cette monnaie, on lisait les paroles de saint Jeaù : « Si l'homme ne renaît de l'eau et de l'esprit, il ne peut entrer dans le royaume de Dieu. » Le roi de Sion prêche de nouvelles doctrines sur le mariage : il prétend que l'homme ne doit pas rester enchaîné à une seule femme, et il eu épouse trois, parmi lesquelles la veuve de Mathias. Son exemple est bientôt suivi par tous ses partisans, et la polygamie devient un des articles de la loi

Cependant le siège continue, les vivres manquent; une des femmes du nouveau roi (le nombre

\i) Prophetae et concionatorum auctoritate juxtà et exemple) totâ tirbe ad rapiendas pulcherrimas quasque fœminas disciirsîim est... Vulgo viris quinas esse uxores, pl imbus senas, nennullis septenas et octonas (Larabertus Horteosius, de anabaptistarum tuniujtu, ap. Scardium, t. II ).

ANABAPTISTES DE MUNSTER. 2?g

s'en était accru jusqu'à dix-sept) témoigne quelque compassion pour la misère du peuple. Ici les choses sont poussées au dernier point, et Ton voit, dans un tel acte, la mesure de folie et de cruauté que l'esprit humain peut atteindre en ahusant de sa liberté. Jean de Leyde cite la coupable à l'assemblée du peuple; elle paraît accompagnée de ses parents; il la fait mettre à genoux, et lui tranche la téte; les autres femmes dansent, avec lui et avec le peuple, une ronde infernale autour du cadavre. L'indignation des habitants devait finir par livrer la ville. Cependant Jean de Leyde agissait et parlaii en roi : les assiégeants ayant offert la paix à des conditions modérées, il osa répondre : « Mettez bas les armes, implorez ma miséricorde, et je pourrai vous faire grâce. » Un transfuge livra Munster, le 1*4 jmn i535. Le roi fut pris et chargé de chaînes. L'évêque lui ayant demandé qui l'avait rendu si hardi de s'arroger le pouvoir dans Munster.— Et vous, répondit Jean de Leyde, qui vous a donné le droit de commander dans la ville? — Je règne par la volonté du chapitre et du peuple. — El moi, par la volonté de Dieu Ce malheureux fut

(1) Rex ab episcopo rogatus quâ fretus auctoritnte tantam sibi licentiam arrogasset in &iiam civitate m, rogat iirvicem qui* ipsi jus et imperium in eam civitateni Hedissef. Cùmqne res-

$3o ov. m, chap. vi.

promené de ville en ville, pour êlre livré à la risée du peuple; mais ni les outrages, ni les menaces ne purent lui faire abjurer les cloelrines qu'il avait professées. Ramené à Munster, il périt dans d'alfreux supplices, le 22 janvier »536. Son cadavre, traîné sur la claie, fui suspendu au haut de la tour de Sl.-Uunbei t . Tel fut, selon l'expression de Luther, le dénouement de ce drame à la fois burlesque et sanglant que Satan avait joué à Munster1.

Au moment où Tanabaplisme succombait en Westphalie, Calvin commençait à formuler sa doctrine en s appropriant le système des sacramenta ires, il vint à Genève s'associer aux efforts de Farel, au mois d'août i536\ L'année suivante, il fit jurer solennellement à tout le peuple un formulaire qu'il avait rédigé , et, dès cette époque, voulant passer de la théorie à la pratique, i\ entama la réforme 'morale et politique de la cité. Il déclara qu'on ne pouvait ce lélirer la cène tant que l'esprit de faction dixiserait les familles, et tant que les mœurs ne seraient point épurées.

ponderet epis< optis de collegii popullque voliint.»te sihi ditionem banc obvenissc, refert ille et se divinitùs ed vocatum ( $lfiidan, comment, lib. X).

(|) Slcidan. loc. cit.

(a) Th. Beta, viu CaWini.

Page 1