DOCTRINE DE CALVIN
Trop faible encore pour lutter contre ses ennemis, il fut exilé parle peuple cle Genève, en 1 538. Il passa l'année suivante à Strasbourg, où il fonda une église française, dont il fut le premier ministre. Ce fut dans cette ville qu'il répondit à lâ lettre que le cardinal Sadolet avait écrite aux Génevois pour les engager à rentrer dans le sein de l'Église Catholique. Il représenta les théologiens de Strasbourg aux dièles de Worms et de RatiSbonne, que l'empereur avait convoquées en » 54 1 pour apaiser les troubles de religion. Enfin, il fut rappelé par le gouvernement de Genève, et rentra dans celle \ille, le j3 septembre i 54 i . A dater de cet te époque , il règne sans partage dans la cité. Ce qu'il veut é'ablir, ce n'est pas la libel lé illimitée des opinions religieuses : il ne réclame la liberté que pour la doctrine qu'il croit vraie; il condamne les opinions dissidentes avec autant de rigueur qu'aurait pu le faire l inquisilinn. Ce n'est pas assez pour, lui que l'on croie: il faut qu'on agisse conformément à la croyance. Le consistoire, organisé par Calvin, fulminait des censures et des peines canoniques, et le grand conseil, docile a l'influence réformatrice, ajoutait à Pana thème le châtiment temporel. L'adultère étafil pi:ni, à Genève, du fouet et même de la mort, au moment où le landgrave de Hesse avait d<?ux femmes à la
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fois, en vertu d'une consultation signée Luther et ±;èlanchton\
Le trait distinctii de la doctrine de Calvin, ce qui la sépare de celle de Luther, c'est la négation de la présence réelle. Calvin prétendait que ce dogme était aussi contraire à la nature divine qu'à la nature humaine de Jésus-Christ. «11 nous faut, disait-il, établir telle présence de Jésus- Christ dans la cène, laquelle ne l'attache point au pain et ne Feuferme point là-dedans; laquelle
(1 ) En 1 53 l'un des plus ardents protecteurs delà réforme, Philippe, Landgrave de Hesse, fit représenter à Luther et aux autres ministres qu'une seule femme ne lui suffisait pas, et, ne voulant pas vivre dans l'adultère, il demandait qu'on voulût bien l'autoriser à épouser une seconde femme sans répudier la première. Luther et tous les théologiens de WittemBcrg se trouvèrent dans un grand embarras; cependant ils se décidèrent à répondre: Après avoir rappelé au prince que l'objet de sa demande était contraire aux mœurs chrétiennes, ils lui accordèrent le second mariage, à condition que la nouvelle épouse ne serait point reconnue publiquement. «Si on le savait, disaient-ils, on nous traiterait de turcs ou d'anabaptistes. Le plus grand mal est dans le scandale. Il vous faut une dispense: que cet écrit vous en serve, mais qu'il reste caché dans vos archives. » En vertu de cette permission, le contrat de mariage du Landgrave avec Marguerite de Saal fut passé le 4 mars i5/|0. Les pièces ont été publiées plus tard par le comte Palatin Charles-Louis et le prince Ernest de Hesse, un des descendants du Landgrave.
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finalement ne le metle point ici-bas en ces éléments corruptibles, d'autant plus que tout cela déroge à sa gloire céleste; laquelle aussi ne lut fasse point un corps infini pour le mettre en plusieurs lieux, ou pour faire croire qu'il soit partout, au ciel et en la terre, d'autant que tout cela contrevient à la vérité de sa nature bumaine'.» Il y avait encore, entre les deux chefs de la réforme, une autre différence relative à un article des plus controversés en théologie , à la justification des hommes devant Dieu. Luther avait enseigné que l'homme était sauvé par la foi, et non par l'absolution d'un autre homme, mais que cependant il devait toujours douter de son salut, car sa foi serait-elle jugée suffisante? Calvin, au contraire, professa que puisque c'était la foi. qui sauvait, quiconque croyait et agissait selon la foi, ne devait point douter de son salut. Chaque homme pouvait donc à l'heure de la mort , la main sur l'Évangile, se juger et s'absoudre avec une certitude absolue. Par là, Calvin inspira à ses sectateurs plus d'énergie que Luther, mais une énergie qui pouvait dégénérer en présomption. Lu vrai chrétien, disait Calvin, ne saurait douter de
(i) Cal via , Institution chrétienne, liv. IV, chap. XVII, sert. 13 et suiv.
son salut; aussi l'électeur palatin Frédéric III disait-il expressément dans sa profession de foi : «Je n'ai point à appréhender les jugements de Dieu; je sais de science certaine que je serai sauvé, et je comparaîtrai avec un visage serein devant le tribunal de Jésus-Christ \ »
Il y avait encore d'autres différences entre les deux sectes réformées, relativement à la discipline et aux cérémonies. Un grand nombre d'Églises luthériennes avaient conservé des évéques; presque partout où lecal vinisme fut adopté, l'épiscopat fut supprimé. Luther, q ui à une raison fière et indépendante joignait une vive imagination , et qui n'était pas à beaucoup p?ès <\i'gi\gï> des sens, conserva dans son culte des traces nombreuses des anciennes solennités romaines. Calvin, qui semblait étranger à toute espèce d'émotion et ne vivait que pour penser, retrancha, avec la présence réelle , tout ce qui s'adressait aux sens. A sa voix ou à celle de ses plus austères partisans, les églises se dépouillèrent des tableaux qui leurservaient de parure, les statues descendirent de leur base, les cierges s'éteignirent ; plus de fleurs, plus d'encens, plus de fîtes; le temple ne fut habité que par l'esprit, ell'on n'y entendit plus que
(1) Bossuet, Hist. des Variations.