LES VAUDOIS
la votx de l'homme qui enseignait ou cjui chantait. Cne telle forme religieuse pouvait j)!;iirc aux esprits assez dégagés île la matière |ir>ur se passer de signes extérieurs; elle dexait aussi eou venir à ces populations pauvres et disgraciées delà nature, qui avaient à peine le pain de charpie jour, et qui étaient par conséquent hors d'état d'enhetenir dans l'enceinte sacrée un luxe nui contrastait avec leur misère. Aussi Calvin, qui de Genève agissait bien plus sur la France qu'il n'eût pu le faire à Paris, trou va- t- il bientôt des adhérents parmi les esprits les plus graves du collège de France et de l'Université, en même temps (pie parmi les pauvres montagnards des Cé venues et du Dauphiné.
Lecalvinisme ranima, dans les vallées de la Provence et du Comtat, la secte des l'authns qui remontait au douzième siècle. C'était un marchand de Lyon, Pierre Yaldo,qut luiavait dounéson nom. Cet homme avait passé la première moitié de sa vie à faire le commerce, et à amasser beaucoup d'or. Un jour qu'il s'entretenait avec d'autres marchands, l'un d'eux tomba mort tout à coup : celle vue plongea Valdo dans une profonde rêveri©j et, après avoir rendu les derniers devoirs au confrère qu'il venait de perdre, il prit en dégoût ces richesses qui peuvent nous être enlevée* ^
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si vite; il dit adieu à Lyon, au commerce, à ses amis, et s'en alla dans les campagues, distribuant son bien aux pauvres, et n'ayant pour tout livre de comptes que l'Évangile qu'il méditait jour et nuit. U professait, par ses paroles et par son exemple, que la pauvreté était sainte; il alla plus loin, il crut voir dans l'évangile qu'elle était obligatoire, et il déclara qu'il n'y avait point de salut pour le riche. En vertu de cet axiome, tout prêtre qui possédait au-delà du nécessaire était un mauvais prêtre, et comme tel déchu du sacerdoce; en revanche, tout laïc était prêtre pourvu qu'il fût vertueux et par conséquent qu'il fût pauvre. L'Église romaine disposait alors d'une grande part des richesses de la terre : elle ne tarda pas à condamner une telle doctrine, qui frappait du même coup son influence morale et son pouvoir matériel. Les puissances temporelles ne devaient pas être plus favorables à la nouvelle secte; car les Vaudois voulaient, comme plus tard les indépendants en Angleterre, fonder une sorte de république" sur les principes de l'Évangile. Ils soutenaient une opinion qui semblait n'appartenir qu'à une civilisation plus avancée, l'illégitimité de la peine de mort : ils prétendaient que la société n'avait point droit de vie et de mort sur ses membres, parce que Dieu avait dit : Je ne veux
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point la mort du pêcheur; et ailleurs : La vengeance m appartient; et ailleurs encore, sous une forme allégorique lAa/tffz croître C ivraie jusqu'à la moisson. C'est chose curieuse de voir ainsi poindre, au milieu du douzième siècle, des opinions qui sont devenues si puissantes de nos jours. Mais alors, pour ceux qui les défendaient, il n'y avait que des censures et des supplices. Le pape Luce 111 condamna les Vaudois, peu de temps après leur première apparition *. Malgré l'excommunication pontificale, la secte se maintint dans l'ombre de ses vallées ou sur le sommet de ses montagnes, sans se séparer formellement de l'Église romaine, qui n'avait qu'un signe à faire pour l'écraser. Les Vaudois ne reparaissent dans l'histoire, avec un caractère hostile à l'Église, que vers la fin du quinzième siècle. En i4^7? un archidiacre de Crémone , Albert Catanée, délégué par le pape Innocent VIII pour les instruire, en extermina un grand nombre. On dit que Louis XII en fit sur sa route un grand carnage lorsqu'il se rendit en Italie.
En i53o, ce qui restait des Vaudois s'émut au bruit de la réforme qui avait éclaté en Allemagne et en Suisse. Ils eurent quelques conférences avec
(i) Fleury, Hist. ecclésiastique.
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Bucer et OEcolampade. Enfin , quand la réform fui venue s'établir à leurs portes, dans la ville de Genève, ils devinrent calvinistes décidés. Qg estime qu'en j 538 il y avait jusqu'à dix mille familles \ audoises tant en Provence que dans le Conilal. Le clergé calliolique s'alarma; le parlement d'Aix, pai 'arrêt du 18 novembre i54o, condamna au feu dix-neuf de ces lu '-reliques, bannit leurs femmes, leurs enfants, confisqua leurs biens, et ordonna (pi on détruisit le bourg de Mérindol, leur principale retraite. Les Vaudois prirent les armes pour s opposer à l'exécution de lairct, et tandis queSadolet, évêque de Carpentras, leur ouvrait dans sa maison un asile pour les instruire et pour les protéger, les protestants de Suisse et d'Allemagne écrivirent au roi en leur faveur. Le gouverneur du Piémont , Guillaume du Bellay, prit aussi la défense de .ces malheureux : o Ceux qu'on accuse d élie Vaudois, écrivait-il à François 1er, sont des gens simples qui ont pris des terres en friche, et qui les ont arrosées de leurs sueurs. Nuls de vos sujets ne paient plus exactement la taille au roi et les droits à leurs seigneurs. On les voit, ilesl vrai, rarement à l'Eglise, et, quand ils y sont, ils ne s'agenouillent jamais devant les saintes images; ils ne font point dire de inesses pour les morts; leurs prières sont en langue vul-
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gaire; parmi eux point d'cvéques, point de prêtres, mais des ministres élus par le peuple', » Ces paroles, qui rappelle nt la lettre de Pline à Trajan sur les chrétiens, firent impression sur François l„. In édit loyal, du 18 février i5'|i, suspendit 1V\« cution de l'arrêt du |)ailemenl de Provence. La grâce était promise, à condition (pie les Vaudois abjureraient dans le délai de trois mois; et ils n'abjurèrent point. Cependant le roi leur accorda encore un sursis de plusieurs mois,, qui fut successivement prorogé jusqu'en i545. La politique, autant que l'iiumanilé, inspirait ces mesures à
François 1er; car les Vaudois étaient les gardiens de la frontière au sud-est, et pouvaient la livrer à Charles-Quint.
La parole de Calvin avait trouvé de l'écho en Angleterre et en Ecosse; mais Henri \ 111, qui s'était lail pape dans. ses étals, avait la prétention de rester toujours catholique. Cependant, à l'exemple des princes réformés d'Allemagne, il ferma les cou- \ents et s'en appropria tous les biens*. Les domaines des communautés abolies s'élevaient environ ■
(1) De Thou,HUt liv. VI.
(2) La spoliation des couvents, commencée en 1 536, ne fut consommée qu'en i5 »o. Plusieurs révoltes protestèrent contre celle spoliation daus les comtés du nord, généralement attachés aux anciennes coutumes.
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à la vingtième partie de la richesse nationale. C'était un immense accroissement de revenus pour la couronne. Mais le roi seul ne devait point en profiter: il fut expressément déclaré dans le parlement que les richesses des monastères serviraient à diminuer les impôts, a mettre un terme à la mendicité , à doter des comtes, des barons et des chevaliers, enfin à subvenir aux frais de la guerre, si elle venait à éclater. Henri VIII, qui aurait voulu s'arrêter à la spoliation des couvents, fut entraîné malgré lui dans les voies nouvelles: il fit publier une traduction de la Bible en anglais. Les réformés avaient à la cour une patronne puissante, mais qui n'osait les protéger ouvertement: c'était Anne de Boleyn, à qui sa position même inspirait des sentiments opposés à ceux de Catherine d'Aragon.
Cette malheureuse Catherine, qui ralliait les caT tholiques fidèles à l'église de Rome, ne survécut que trois ans au second mariage de Henri VIII : elle mourut le 8 janvier i536. Le roi, qui l'avait répudiée, lui donna quelques larmes, et ordonna à toute la cour de prendre le deuil. Le jour des funérailles , Anne de Boleyn parut seule en costume de fête. Elle dit publiquement qu'à dater de ce jour elle était vraiment reine. Et comme elle parcourait l'ancienne demeure de Catherine d'un regard
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où brillaient l'orgueil et la joie, elle aperçut une de ses filles d'honneur, Jeanne Seymour, assise sur les genoux du roi '. Jeanne unissait à la grâce et à l'élégance de sa personne un caractère naïf et ingénu, aussi éloigné de la gravité espagnole de Catherine que de cette légèreté de manières qui distinguait Anne de Boleyn. Cette légèreté et quelques paroles indiscrètes , indiscrètement répétées , avaient fait naître, sur le compte de la reine, des bruits injurieux qui commençaient à parvenir jusqu'au roi. Le premier jour de mai i536, il y eut à Greenwich une course et des tournois où devaient paraître en première ligne le frère de la reine lord Kichford et sir Henri jNorris, qui passait pour son favori. Dans l'un des intervalles entre les courses, la reine,- soit par accident, soit à dessein, laissa échapper de son ^balcon un mou-, choir, qui tomba aux pieds des combattants; Norris le prit, et s'en essuya le visage. A cette vue, le roi changea de couleur, se leva brusquement de son siège, et quitta la compagnie. Anne le suivait effrayée, mais il lui enjoignit île garder les arrêts dans sa chambre, et, avec une suite de six personnes seulement, il partit pour Londres. Le lendemain, le roi ordonna à la reine de se rendre par eau à
-nootijtiïMipl'HjpjurH; /*j . lit fjrçoTî^l'ii t^'mi'yu] uot (i) Chronique de Sanders.
inr. «H> «9**- vi.
Westminster; mais la barque ne remonta point le fleuve jusquerlà, elle s'arrêta à la tour, et knne y fuj enfumée.
.Aussitôt que la reine se vit en prison, elle comprit 1# fort qui l'attendait, et sa raison parut se trpuJJer. Quelquefois elle tombait cfans une profonde w&ancoi^ versait des lai mes abondantes; puis, f#ut .à coup , «on visage reprenait un air de sérepjte, et elle poussait des éclats de rite ûn- Wpdérià*. De quoi était -elle coupable? avait -elle seulement commis quelque indiscrétion, écouté quelques propos d'amour? ou bien avait-elle réellement manqué de foi à Henri VIII , comme on l'en accusa? C'est une question sur laquelle les historiens sont très partagés. Us ont fait de l'innocence dp cette femme une querelle de parti ; les catholiques oat%dit oui; les prolestants ont dit non. L<a question est d'autant plus difficile à décider, que les pièces du procès ont été détruites, soit par ceux qui lavaient condamnée injustement, soit par ceux qui voulaient sauver au moins sa mémoire. Ce qu'il y a de certain, eest que parmi ses cinq prétendus complices, au nombre desquels on avait mis son frère lord Richford, il y en eut un, nommé Smeaton, qui, à son premier interrogatoire, avoua quelques circonstances suspectes, et qui, au second, se reconnut