HENRI VIII
entièrement coupable. On a dit qu'il était vendu au roi : on aurai t pu le croire en effet s il avnil obtenu sa grâce; mais il persista dans ses a\eu\ jusque sur lY-chafaud , et il lut exécuté. Une commission de vingt- six lords fut chargée de juger la reine, sous la présidence du duc de (Norfolk. Elle était accusée d'adultère et de complot contre la vie du roi. Suivant ses amis, elle repoussa cette double accusation avec tant de mesure et de modestie, avec une éloquence si persuasive et des arguments si convaincants, que tout l'auditoire s'attendait à la voir acquitter; mais les lords déclarèrent sur leur honneur qu'elle était coupable, el Ja condamnèrent à être brûlée ou décapitée à la volonté du roi. « M v loi ds , dit-elle, je n'accuse point votre jugement. Vous pouvez avoir une raison suffisante pour vos soupçons ; mais j'ai toujours été pour le roi , une femme Ion aie et fidèle » Avant le supplice, le roi fil annuler son second mariage par ce même Cranmer qui avait prononcé la dissolution du premier. La fille d'Aune de Boleyn , Elizabeih, se trouva ainsi illégitime, comme sa sœur Marie, la fille de Catherine d'Aragon *. - m r ;rA>i\ Xè il ia uo H ilbiJf^l *1Uo,{ •> ,> M
(1) Rurnrt, Histoire de ta réfornmtion de l'Église d'Angleterre.
(2) Wilkins, ap. Lingard, règne de Henri VIII, cliap. 4.
*44 LIV- 111 > CM*p. vi.
On trouve dans plusieurs recueils une lettre datée de la Tour, et adressée à Henri VIII par Anne de Boley n, après sa condamnation; mais cette let tre n'a aucune ressemblance avec les lettres originales de la reine, qui ont été conservées; elle n'a aucun caractère d'authenticité, et plusieurs historiens, entre autres Lingard, ont eu raison de la regarder comme supposée. Ce qui est vraiment historique, ce sont ses dernières paroles, prononcées au moment de sa mort, et recueillies par de nombreux témoins. C'était le 19 mai, un peu avant midi. Elle fut amenée au gazon de l'intérieur de la Tour. Les 4ucs de Sufïblk et de Richmond, le lord-maire, les scherifts et les aldermen étaient présents, ainsi que les députés des différentes corporations. Quand la reine parut, elle avait, suivant Kyngston, l'air le plus gracieux et le plus paisible qu'on eût jamais vu à personne en pareille circonstance et cependant, au grand étonnement de Kyngston lui-même, elle ne protesta point de son innocence: « Ôon peuple chrétien , dit-elle , je viens ici pour mourir selon la loi. Je ne suis ici pour accuser personne, ni parler d'aucune des choses dont je suis accusée, et pour lesquelles on m'a condamnée à mourir. Mais je prie Dieu de protéger le roi et de
(i; Kyngston, ap. Lingnrd, loc. cit.
henui vin. a45 lui accorder un long règne sur vous; car c'est le plus aimable et le plus gracieux prince qui ait jamais existé, et il a toujours été pour moi bon, aimable et gracieux. Et si quelque personne voulait se mêler de ma cause, je l'engage à y mieux réflécbir. Je prends donc congé de vous tous, et je vous supplie, du fond de mon cœur, de vouloir bien prier pour moi. » Après avoir prononcé ces paroles, elle s'agenouilla près du billot; d'un seul coup, sa tète fut séparée du corps, et ses restes, enfermés dans un coffre de bois d orme tiré de l'arsenal, furent inhumés dans la chapelle de la Tour. On voit encore dans la Tour de Londres, au milieu des vieilles épées et des armures rouillees, la hache qui fit tomber la tète d'Anne de Boleyn.
Henri VIII usa largement de cette souveraineté spirituelle que le parlement lui avait accordée. Après avoir approuvé jadis la publication d'une bible en anglais, il prohiba cette traduction comme frauduleuse et infidèle. Il fit faire une version nouvelle, sans notes ni commentaires, et n'en permit la lecture qu'à un petit nombre de personnes. Pour lire la bible dans les réunions de famille, il fallait être lord ou gentleman; les chefs de famille et les femmes nobles étaient autorisés à la lire en particulier. Mais toute femme du peuple, ou arti-
tari, a^rWènfi, journalier, domestiqué ou Iatoureur, < 1 1 1 i oserait ouuir les livres sacrés, devait être, pour chaque lecture, puni d'un uioisdVmprisom.emenl. Lé bill des six arttcics. ad* îpt é par îe parlement dins les premiers jours de juin 1 53g, devin! le symbole de l'Église d'Angleterre Ce bill consacrait la présence réelle, la communion sous une seule espèce, Je célibat des prêtres, les vœux de chasteté, les messes privées et la confession auriculaire. Toute infraction au premier article était punie de mort; toute infraction aux cinq autres entraînait, pour la première fois, l'emprisonnement et la confiscation, et, en cas de récidive, la mort \ Tel était le symbole, que les Anglais ont appelé le bill de sang, parce qu'il ne put être exécuté qu'à force de supplices.
Henri Vlll se complaisait dans cette guerre à mort contre les opinions. Quelquefois il descendait lui-même dans la lice, et se mesurait corps à corps avec les dissidents; mais, quand il avait épuisé les textes et les raisonnements , il tenait en réserve son dernier argument, le bûcher. Ce lut ainsi qu'il réduisit au silence le docteur Lambert, qui avait osé attaquer la préseuce réelle'. La mort
(l) âtatutsdti règne d* Henri VIIÏ, nj* LingArd. (t) Erasme exprïme,dans sa correspondante, In têrrenrqai planait alors sur toute l'Angleterre; on n'osait ni lui écrire,
é**ri vth. %£j
mèrïtè rie mettait point à l'abri des coups du roï. Les honneurs rendus à saint Thomas de Canterburyt étaient régardés par Henri VIII comme une protestation perpétuelle contre le pouvoir ecclésiastique de la couronne. L'avocat du roi reçut Tôrdré dé diriger une information contre le prétéhdù saint. Thomas fut cité à comparaître devant là cour, pour répondre aux accusations qui étaient pô'rféès contre lui. On laissa écouler trente jours, délai accordé par les lois canoniques, êt , le saint ti'àyànf point comparu, le jugement aurait été rëhdù par défaut, si le roi, de sa grâce spéciale, ne lui ëiif nommé un conseil. La comédie fut jouée jusqu'au bout : la cour siégea à \Vestminster, ét, après avoir entendu l'avocat du roi et le défenseur dë l'accusé, elle déclara thomas, jadis archevêque dé Canferbury, coupable de rébellion et detra-* bison. Elle Ordonna de brûler publiquement ses reliques, et confisqua, au profit de la couronne, les {Jrti^riéfés personnelles du saint, c'est-à-dire les offrandes faîtes à sa châsse (i i août 1 558). L*arfét fut ponctuellement exécuté; on transporta dans le trésor royal l'or, l'argent et les joyaux dont
ni rdCMroif Se$ lettres. * Àmici tpii me subimîè liions et muncrtb (li^nrttjantffr, mètn ncc scriburit, née mUîiirit cjuiéqiiain, neijaé cftiietfuaift a qtfoqurttfi recif>î<inl, tyiàit tuti ririihî tâjmir dorroiat scorpius. •
a48 * iiv. m, chap. vi.
le tombeau avait été dépouillé : il y en avait de quoi remplir doux coffres très pesants1.
Si, au lieu d'examiner l'état religieux et politique de l'Angleterre, nous avions à faire la biographie de Henri VIII, nous parlerions avec quelque détail de ces infortunées reines qui se sont succédé si rapidement sur le trône britannique. Jeanne Seymour prit la place d'Anne de Boleyn, comme Anne de Boleyn avais pris celle de Catherine d'Aragon. Elle mourut en accouchant d'un fils, dès i537- En i54o, Henri VIII épousa Anne de Clèves, sur la foi d'un portrait flatteur qui lui avait été donné de celte princesse; mais, en la voyant, il conçut pour elle une aversion invincible, et la répudia pour épouser Catherine Howard. Cette fois, c'était une autre méprise : Catherine n'avait pas toujours mené une conduite irréprochable, et, pour la punir de ses'premières amours, le roi la fit monter sur l'échafaud d'Anne de Boleyn . On serait tenté de s'étonner qu'il se soit trouvé une sixième femme prête à épouser Henri VIII, si l'on ne savait que, malgré les périls et les dégoûts attachés à ces hauts rangs , les rois ne manquent
(1) On trouve la trace de cette étrange procédure dans une bulle de Paul III, datée du 17 décembre i538 : «tin judicium ▼ocari tanquam contumacem damna ri ac proditorem decla— rari fecerat. »
HENRI VIII. l49
pas plus de femmes que de minisires. En 1 543 , Henri épousa la veuve d'un membre de la chambre des lords, Catherine Parr. Celle-là, à qui Ton n'avait aucune faiblesse à reprocher, s'avisa de nier la présence réelle, et faillit être mise à mort comme hérétique; heureusement, plus adroite ou plus attachée à la vie que le docteur Lambert, elle se rétracta et survécut à son redoutable époux.
Sous le règne de Henri VIII, le pouvoir monarchique devint absolu en Angleterre. Le parlementabdiqua ses prérogatives, en donnant force de loi aux simples édits ou proclamations royales'. En même temps que la puissance royale était en progrès, l'unité achevait de s'établir dans les différentes parties du territoire. En i536, le pays de Galles tout entier fut incorporé au royaume d'Angleterre. Les lois anglaises relatives à l'administration et à la justice devinrent obligatoires pour certains cantons de ce pays, qui avaient conservé jusque-là une sorte d'indépendance. Il
(i) Une'pareille loi ne pouvait passer sans exciter une vive opposition dans le parlement. Marillac dit, dans son rapport au roi de France : « Laquelle chose, Sire,' a esté accordée avec grandes difficultés, qui ont esté débattues longtemps en leurs assemblées, et avec peu de contentement par ce qu'on voit de ceux qui y ont preste leur consentement» ( Legrand, Hist. du divorce de Henri VIII).
*ià uv. flï, cài§. vi.
fut décidé que tous les juges seraierit institués f>ar ïétires-pafentes du roi, qu'aucun lord n'aurait lé pouvoir de pardonner la trahison, la félonie, le meurtre commis dans sa seigneurie, et què tôùsles comtés où il se trouvait un bourg enverraient des députés au parlement. La" réfornte pénétrai jusque dans l'Irlande, qiu* du* rang de Sèigneù'riè s'éleva à celui de royaume. Le*' chefs les pluà pùiâsdtits, devenus pairs dit nouveau royaume, préfèrent serment de fidélité à la couronne, fctf , ritalgré plusieurs révoltes en faveur de l'autorité pontificale, Henri VIU fut déclaré chef de l'Eglise* irlandaise.
- Le f or d'Àhgfetérre voulait étendre son influencé jusque dans l'Ecosse, où régnait son heveû Jacques V. En 1 535, il avait voulu faire adopterai* roi d'Ecosse la doctrine qu'il avait fait trioUiplierdans ses Etatssurlasupréniatiereligieusede la couronné. Alais Jac(|ues V craignait, en s'engagea nt dans cè1té Voie, de mettre son pays sous le joiig de t'Ahglé-. terre'. 11 resta fidèle à l'Eglise romaine et à l'alliance française. îl épousa, en 15.I7, une fille dé François Ier, Madelaine, qui mourut en touchant ta terre d Ecosse. L'année suivante, il s'unit à Marie de Lorraine, fille du duc de Guise, l'un des plus grands seigneur s de Fraoee et des plus attachés
(1) Pinkerton, Hist. d'Ecosse.
èhàx doétfîriés caHioïiqùes. Lé pape Paul III, voûtent sé rafftdcher l'Ecosse quand l'Angleterre lui échappait, ëritoya le chapeau de cardinal à David éfe Bt'lhuhe, qui dé'vrut plus tard archevêque de Saint -André. En iSfr, le parlement d'Edinbtirgh rêtiurc ^liisiëurs Ordonnances qui confirmaient la feripfftÉttfië pontificale, et réprimaient sévèrement toute ofrihioti nouvelle. Henri VI II , rie pouvant îien obtenir par les négociations, eut recours à là g(Jerrè. Le duc de Norfolk envahit l'Ecosse au mois d'octobre iB^i. Un mois après, les Ecossais étivàhirènt à leur tour lé tërriioire anglais; ils turërit taillés en pièces à Solwav'-Moos, et Jacques V rie sùrvécut pas longtemps à cette défaité : Il mourut lë i!\ décembre. Huit jours auparavant, !â reine était accouchée de Maïie StUart.
Cètfé infortunée princesse, dont la vie devait élre ii agitée, fut, dès sa naissance, une cause de discorde ètilre la France et l'Angleterre. Henri VIII Voulait la fiancer à son fils Edouard, pour réunir les deux couronnes : il parvint à ses lins par le trailé du i*r juillet 1 5^3. Mais le parti catholique romain, qui était aussi le parti national, dirigé par le cardinal de Béthune, s'empara de la jeune reine* l'emmena dans la forteresse de Stirltng* et rmnpU le traité avec l'Angleterre '.Dès ce moment^
(1) iiïen n'était plus populaire en Ecosse que l'alliauce
a5a liv. m, chap. vi.
François 1er eut des chances pour assurer la main de la jeune reine à un prince de sa maison. L'Eglise romaine triomphait en Ecosse avec l'influence française; Henri VIII, dans son dépit, renouvela son ancienne alliance avec Charles-Quint.
L'empereur avait alors grand besoin d'alliés; car, depuis la trêve de Nice, la fortune semblait vouloir tourner contre lui. Les habitants du Milanais se plaignaient hautement des troupes impériales, qui ravageaient leur pays parce qu'elles étaient mal payées. La garnison de la Goletta se révolta, et menaça de rendre le fort à Barberousse. Enfin les Etats de Castille, réclamant eontre tant de guerres qui ne profitaient pas à l'Espagne, refusèrent à Charles-Quint les subsides dont il ne pouvait se passer. Le prince fit tourner le refus des Cortès à l'agrandissement de son pouvoir: il les congédia, et, depuis cette époque, ni nobles ni prélats ne furent appelés dans ces assemblées , en vertu de ce principe, qu'en ma-
avec U France. On lit dans les papiers de l'ambassadeur de Henri VIII à la cour d'Écosse : « Tout le peuple murmure qu'il aimerait mieux mourir que de rompre son antique alliance avec les Français... Peuple, nobles, clergé, tous sont opposés au roi d'Angleterre; il n'y a pas jusqu'aux petits garçons qui ne veuillent lui jeter des pierres, et les femmes y briseront leurs quenouilles.» (Salders' Papers, ap. Lingard).
RÉVOLTE DBS GANTOIS. 2 53
tière d'impôts , ceux qui ne les paient point n'ont pas droit de les voter. On n'admit plus à ces Etats que les procuradores ou représentants des villes. Les bourgeois donnèrent volontiers à la couronne leur confiance et leur argent, en échange de l'influence politique qui leur était accordée. Déjà, en i5a3, ils avaient obtenu le droit de porter l'épée1.
Quand l'Espagne fut tranquille, la Flandre se révolta. En 1 536, la ville de Gand n'avait pas voulu subir une taxe extraordinaire, pour subvenir aux frais de la guerre contre la France. Ces riches et fiers bourgeois , qui avaient résisté à Charles-le- Téméraire, prétendaient que, d'après un droit imprescriptible, on ne pouvait leur imposer aucune taxe sans leur consentement. Ils envoyèrent leurs réclamations à l'empereur, qui les reçut fort mal. Dès lors, ils ne songèrent plus qu'à se séparer de l'Espagne : ils coururent aux armes, firent prison* niers les officiers de l'empereur, organisèrent un gouvernement provisoire, et mirent la ville en état de défense. Ils avaient ouvertement levé l'étendard contre Charles Quint; mais comment résister seuls à un maître aussi puissant? Ils jetèrent les yeux sur la France, ils envoyèrent des députés
(i) Mariana, Hist. d'Espagne. — Ferreras, part. XII. j
3$4 fciy- n*> fp^p- y#-
à François ï", et lui offrirent aon-jeuîawnt <fc k reconnaîtra pour souverain, mais de l'aider À reconquérir, dans les Pays Bas, les prpvinc* s q,uj avaient autrefois appartenu à Ja France, qui venaient d'y être réunies par un OTft parfe? ment de Paris1.
François ï" p avait plus àctfie époque J-aoïbir tion et l'enthousiasme de son jeune âge; U^iwr§ brave sur le champ de bataille, jl £lajt $ouv?nt timide daps le conseil. Une maladie récente avait affaibli ses forces et altéré son humeur. CejUe gailé brillante qui faisait Ja joie de s# cour, s'était changée en une sorte d'aigreur mélancolique Bodin dit que les affaires de la France s'en soxif bien trouvées; car lorsque Je roi frit un peu çbaT grin, on n'osa plus lui demander des grâces aus$i indiscrètement que l'on faisait auparavant. Alexao» dre, d,it M. de Tavapnes, faisait larnqur quand # n'avait plus d'affaires, et le roi François ne s'ap? pliqua aux affaires que quand U nje fut pjus en éjaj de faire l'amour. Alors, souvent enfermé danssog château de Villers-Cotterets, U méditait d'ut^fç réformes. Ce fnjt là qu'il fît rédiger plusieurs régis? ments relatifs à Ja tenue des registr.es bapjistaires,
(1) Jean Hollancîcr, Mémoires sur la révolte des Gantois en i539, écrits en 1547.-— Robertson, Histde Charles-Quint, Ut. VL