‹ Histoire de l'Europe au 16e siècleChapitre 46 sur 119 · BATAILLE DE CER ISOLES · texte numérisé non relu

BATAILLE DE CER ISOLES

la victoire. Et cependant, avant la bataille, il ne doutait point du succès. M avait dit aux bourgeois d'Asti:«Sije nerevienspas vainqueur, fermez-moi les portes de votre ville, je vous défends de me recevoir. » Il avait dit aux femmes de Milan , en leur montrant des chaînes dont il avait fait provision : « Voyez-vous ces chaînes, elles vous ramèneront, pieds et poings liés, ce petit comte d'Enghien et tous ces jeunes et jolis volontaires français. » Les habitants d'Asti lui obéirent religieusement: ils lui fermèrent leurs portes après la bataille. Il fut réduit à fuir jusqu'à Milan, où il osait à peine se montrer. Les Français trouvèrent, dans le camp ennemi, quatorze ou quinze pièces d'artillerie, un équipage de pont, une immense quantité de munitions, plus de trois cent mille livres, tant en vaisselle qu'en argent monnayé. Les Impériaux avaient laissé plus de douze mille morts sur le champ de bataille: les Français n'avaient perdu que quelques centaines d'hommes1.

La conquête du Milanais et le rétablissement de l'influence française en Italie auraient été les conséquences de cette victoire, si François Tr, craignant de voir la France envahie, n'avait rappelé dans l'intérieur du royaume treize mille hommes

(1) Montluc, Commentaires, liv. II. — Martin du Bellay, liv. X. — Brantôme, Capitaines illustres, art. Enghieu.

a?ô tiv. ni, cttÀi». vi.

de ses meilleures troupes* Ces craintes, qu'il laissa trop paraître, ne firent que précipiter l'invasion qu'il redoutait. Dans l'été de i544, Henri VUlet Charles-Quint parurent à la fois sur nos frontières, l'un sur celle de l'est et l'autre sur celle du nord. Ils s'étaient donné rendez-vous sous les murs de Paris. Tandis que l'armée anglaise assiégeait Boulogne et Môntreuil, l'armée impériale envahissait ]a Lorraine et la Champagne. Le comte Guillaume de Furstehberg , qui commandait l'avant-garde , se rendit maître de Commercy sur la Meuse» Bientôt l'empereur en personne s'empara du château de Ligny en Barrois, et, vers le huitième jour de juillet, il investit Saint-Dizier sur la Haute-Marne. Comme il sommait la ville de se rendre, on lui répondit qu'il n'y avait pas de traîtres dans la place, et qu'il fallait l'emporter l'épée à la main. Cependant l'armée française s'était mise en mouvement, sous la conduite du dauphin. Le - roi avait recommandé à son fils de camper sur les bords de la Marne, de mettre cette rivière entre lui et les Impériaux, et de leur disputer le passage sans hasarder de bataille décisive. Le dauphin obéit ponctuellement.

11 vint camper à Jallon sur la Marne , entre Châlons et Epernay. En même temps le comte d'Àumale, qui commandait à Sténay sur la Meuse , harcelait les Impériaux par ses courses continuelles, et ve-

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nait leur enlever des convois jusqu'aux environs de Bar-le-Duc

Saint-Dizier était alors une des barrières de la France à l'est. Aussi la garnison , comprenant toute l'importance du poste qui lui était confié, luttait avec un courage héroïque et contre l'empereur et contre la famine, qui décimait ses rangs. Mais un jour le gouverneur, le comte de Sancerre, envoya un tambourin au camp impérial pour demander l'échange de quelques prisonniers. Le tambourin rentra dans la place, tenant à la main une lettre en chiffres, qui lui avait été remise par un inconnu, et qui était adressée au comte de Sancerre par le duc de Guise, gouverneur de Champagne. La lettre fut déchiffrée en présence du conseil de la garnison : c'était un ordre, signé du duc de Guise, de rendre la place au plus tôt, parce qu'il était impossible de la secourir. Le duc avait -il en effet donné un pareil ordre et livré les clefs du pays? Non, sans doute; mais son chiffre lui avait été dérobé et avait été envoyé au chancelier Granvelle, par un agent de la duchesse d'Etampes, qui était vendue à Charles-Quint. A la nouvelle de la prise de Saint-Dizier, la population de Paris fut consternée. Le roi, qui ignorait la

( i) Martin du Bellay, Mémoires, liv. X Gaillard, Hist. de

François Iw, liv. VI, chap. 6.

a^a tiv. ni, chap. vi.

trahison de la duchesse, et qui était alors malade au point de garder la chambre, attribuait ses revers au courroux du ciel. Brantôme dit qu'il s'écriait en sanglotant : « Ah! mon Dieu, que tu me vends cher mon royaume! » Puis, il dit à la reine de Navarre sa sœur : « Ma mignonne, allez -vous-en à l'église, et là, pour moi faites prière à Dieu ; puisque son vouloir est tel d'aimer et favoriser l'empereur plus que moi , qu'il le fasse au moins sans que le voie campé devant la principale ville de mon royaume'..

Cependant Charles-Quint continuait sa marche sur la rive gauche de la Marne. Il passa entre Châlons et Notre-Dame de l'Épine, laissant Châlons à sa gauche, et vint camper vis-à-vis le dauphin. Les deux armées n'étaient séparées que par la Marne : l'empereur cherchait à la passer. Le commandant des Landsknechts, Furstenberg, qui avait été plusieurs années au service de France, connaissait parfaitement le cours de la Marne; aussi se chargea-l-il de trouver un gué aux environs de Châlons. Le gué fut trouvé en effet; mais le chercheur de gué fut pris en touchant l'autre rive, et envoyé à la Bastille, d'où il ne sortit plus tard qu'en payant une rançon de trente mille écus. L'empereur, ne

(i) Brantôme, Mémoires.

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l'ayant plus pour guide, fut obligé de chercher un autre moyen de passer la Marne. Gomme le pays au-delà de cette rivière était entièrement dévasté, il ne savait comment y faire subsister son armée, et il tremblait de retomber dans la situation qui lui avait fait abandonner la Provence, huit ans auparavant. Déjà même il songeait à tourner vers le nord et à regagner les Pays-Bas, quand il reçut un message de la duchesse d'Étampes: elle lfti Élisait savoir que le dauphin était lui-même fans les plus vives inquiétudes, qu'il désespérait de défendre Épernay, et qu'il avait donné ordre à un de ses officiers d'aller rompre le pont de cette ville et d'enlever tous les magasinsquis'y trouvaient.Les agents de Charles-Quint gagnèrent l'officier chargé de Tordre du dauphin, et l'armée impériale arriva à Épernay avant la destruction du pont et l'enlèvement des provisions. D'Epernay , elle se porta rapidement sur Château - Thierry , où il y avait aussi des magasins. Alors la désolation et la terreur furent au comble dans Paris : l'ennemi n'en était plus qu'à vingt lieues. On voyait les routes de Rouen et d'Orléans encombrées de Parisiens, qui fuyaient de la capitale avec leurs enfants et ce qu'ils avaient de plus précieux. Les voleurs se répandaient par troupes sur les chemins; ils prenaient l'écharpe rouge, afin d'ennoblir leur vol en

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