‹ Histoire de l'Europe au 16e siècleChapitre 47 sur 119 · IL · texte numérisé non relu

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se donnant pour des partis ennemis. Ce fut alors uo spectacle touchant que le roi plus fort que ses chagrins et ses souffrances, parcourant à cheval les rues de Paris avec le duc de Guise , et ranimant le courage des habitants : « Mes enfants, leur disait-il, je me charge de vous garder de l'ennemi; Dieu vous garde de la peur! »

Tout n'était pas perdu. À la nouvelle de la prise oVEpernay et de Château-Thierry, le dauphin avait quraé précipitamment son camp de , Jallon , et il avait été se placer à six lieues au-dessous àe Château-Thierry, à la Ferté-sous^Jouarre. De là, il jeta une forte garnison dans M eaux, et envoya de Lorges avec sept ou huit mille hommes d'infanterie et quatre cents hommes d'armes au secours de Paris. De Lorges, craignant d'effrayer Paris par son arrivée, s'arrêta à Lagny , pour opposer une barrière de plus sur la Marne aux Impériaux \ {^empereur , qui comptait sur une route libre , tourna tout à coup vers Soissons, et s'arrêta à l'abbaye de Sain t-Jean-des- Vignes. Il commençait à être las de la guerre, où il n'aimait à jouer qu'à coup sûr; il était épuisé d'argent, en mauvaise intelligence avec le roi d'Angleterre, son allié; enfin il se faisait vieux, et il avait la goutte. La paix fut

(i) Martin du Bellay, lir. X,

DESCBJTTÉ EN ANGLETERRE.

conclue à Crespy-en-Laonnois, la 18 septembre 2 544* H fut convenu qu'on restituerait de part et d'autre les conquêtes qui avaient «té frites depuis la trêve de JNice, et que l'empereur donnerait en mariage au duc d'Orléans sa fille aine* ou la seconde fille de Ferdinand, son frère, avec les Pays-Bas ou le Milanais pour dot*. Mais le duc d'Orléans mourut bientôt; ce qui dispensa Cbarles-Quint de fournir la dot.

Paris était sauvé; mais Boulogne s'était rendue aux Anglais avant la paix deCrespy, et Henri VIII, quoique privé de l'alliance de Charles-Quint, continua la guerre pendant deux ans. En 1 545, François I" voulut lui rendre la pareille, et tenter une descente en Angleterre. L'amiral d'Annebaut rassembla dans les ports de Normandie cent cinquante vaisseaux de guerre, avec quatre-vingt-cinq navires d'une moindre grandeur. Vingt-cinq galères de Marseille avaient passé le détroit de Gibraltar, sous la conduite du baron de Lagarde, et étaient venues se joindre à l'escadre de l'Océan. Le roi se rendit au Havre, pour assister au|départ de la flotte ; il donna un festin magnifique à ses principaux officiers et aux dames de la pour, qui l'accompagnaient partout, a Une cour sans femmes,

(t) Bdcar., lib, XXIV.— Mar lia du Bellay, Uv. X.

*à>j6 LÎV. m, CHAP. VI.

disait-il galamment, est une année sans printemps et un printemps sans roses. » La fête se donna à bord du Carraquon; « c'étoit, dit du Bellay, le plus beau navire de la flotte, et le meilleur à Ja voile, portant huit cents tonneaux de charge, et armé de cent grosses pièces d'artillerie en bronze.» Mais, au plus beau de la fête, le feu prit au Carra' quon; il fut impossible de l'éteindre, et l'on n'eut que le temps de sauver le roi, les dames de la cour, la plus grande partie de l'équipage, ainsi que l'argent destine à l'entretien de la flotte et à la solde de l'armée.

La flotte leva l'ancre le 6 juillet; le 18, elle était dans les eaux de l'île de Wight. L'escadre anglaise, composée de soixante navires d'élite, se tenait renfermée dans Portsmouth. D'Ànnebaut fit de vains efforts pour la forcer au combat ; mais ni les coups redoublés de l'artillerie française , ni le débarquement des troupes en trois endroits différents sur la côte voisine de Portsmouth, rien ne put déterminer les Anglais à risquer une bataille navale. Les Français se retirèrent, malgré l'opinion de plusieurs seigneurs, qui étaient d'avis d'occuper File de Wight et de la fortifier1. Cepen-

(i) Du Bellay partageait cette opinion : « Il me semble que ▼eu l'affection et le moyen qu'ayoit le roy de se mettre en repos contre son ennemy le roy d'Angleterre, il se présenta

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