‹ Histoire de l'Europe au 16e siècleChapitre 48 sur 119 · EXECUTION DES VAUDOIS · texte numérisé non relu

EXECUTION DES VAUDOIS

dant la vue des Français avait semé la terreur sur les côtes d'Angleterre, et jeté l'effroi jusque dans Londres. La guerre continuait toujours en Ecosse; la ville d'Edinburgh et le port de Leith avaient été pris et livrés aux flammes; mais le château d'Edinburgh et celui de Dumbarton avaient résisté à toutes les attaques. Henri VIII se décida à négocier avec François Ier, et conclut le traité d'Ardres, le 7 juin 1 546. Il fut convenu que la France paierait deux millions, en huit ans, à l'Angleterre; les anciennes dettes étaient annulées, et, au dernier paiement, Boulogne devait être rendue à la France'. L'Ecosse était comprise dans ce traité, et Henri VIII acheva paisiblement son règne et sa vie : il mourut le 3i janvier i547 ' laissaQt à un enfant de huit ans, Edouard VI, la toute-puissance politique et spirituelle qu'il avait conquise.

Depuis la paix de Crespy, François Ier avait cherché à combattre la réforme dans l'intérieur de ses états. En i545, le parlement d'Aix renouvela son arrêt contre les Vaudois, et y ajouta que tous les hérétiques seraient exterminés jusqu'au dernier. Mais l'exécution d'un tel arrêt, c'étaitla guerre,

une occasion pour ce faire, laquelle mal aisément de longtemps ne s'offrira. Mais Dieu conduit les choses en la faveur qu'il luy plaist » (Mémoires, liv. X).

(1) Ryraer, acta publica, t. XV.

278 tlV. III, CHAP. tU

et la guerre civile la plus affreuse. Un corps de troupes fut mis à la disposition du baron d'Oppède, premier président, et de l'avocat général Guérin, et les magistrats s'avancèrent, précédés par l'artillerie, pour assurer, comme ils disaient, force à justice. Quatre mille Vaudois égorgés, vingt-deux ou vingtquatre villages incendiés, une partie de la Provence et tout le Comtat dévastés, furent les trophées de cette expédition judiciaire \ On dit que François I* versa quelques larmes au récit de ces horreurs, et que ces souvenirs de sang pesèrent toujours sur son âme. Il est cependant certain que le roi approuva formellement la conduite du parlement d'Aix, par lettres-patentes du 18 août i545. Ce ne fut que sous le règne de Henri II, à l'époque du traité conclu avec les protestants d'Allemagne, que l'affaire fut soumise au parlement de Paris. Il y eut alors réaction en faveur des victimes. Le président d'Oppède fut renvoyé absous, et continua d'exercer sa charge ; mais le baron de Lagarde resta en prison pendant quelques mois, pour la part qu'il avait prise à cette expédition, et l'avocat général Guérin fut pendu en 1 5 54 .

La dernière pensée de François Ier avait été de se préparer à une nouvelle guerre contre l'empe-

(1) Slcidan., Comment,, lib, XVl — De Thou, Hist., lib. V.

MORT DE FRANÇOIS r\ 279

mir. U avait employé la fin de l'année 1 546 à parcourir et à fortifier ses frontières de Bourgogne et de Champagne. Son itinéraire, conservé par du Bellay, nous trace fidèlement la frontière orientale de la France à cette époque. Le roi visita successivementBourg-en-Bresse,Châlons-sur-Saône, Beaune, Dijon, Langres, Chaumont-en-Bassigny, Ligny-en- Barrois, Saint- Dizier, Vitry- le -François, qu'il avait fait construire sur la Marne à une lieue de Vitry-en-Perthois, Sainte - Menehould , Villefranche-sur-Meuse,Mouzon, Sedan et Mézières. Après le traité de Crespy, les fortifications de Stenay avaient été rasées , et la ville avait été remise entre les mains du duc de Lorraine1. Epuisé par cette longue tournée, François 1" vint se reposer au château deSaint-Germain-en -Laye,où il apprit la mort de Henri VIII. «Du quel trespas, dit du Bellay,le roy portagrand ennuy, tant pour l'espérance qu'il avoit de faire ensemble une alliance plus ferme que celle qu'ils avoient commencée, que parce qu'ils estoient presque de mesme âge et de mesme complexion.» Dès ce moment il devint plus pensif, et comprit que son heure était proche. En effet , il ne sur-

(i) Martin du Bellay, liv. X.

a8o LIV. III, CHAP. VI.

vécut que deux mois au roi d'Angleterre, et il s'en alla mourir à Rambouillet, le dernier jour de mars 1 547, léguant à son fils, Henri II, le soin de continuer la lutte contre l'ambition de Charles* Quint*

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