CHAPITRE VII
Traité entre Soliman et la maison d'Autriche. — Progrès du
protestantisme. — Etablissement de l'ordre des Jésuites.
Concile de Trente. — Mort de Luther. — Guerre de Charles-Quint contre les princes protestants. — Bataille de Muhlberg. — Maurice, électeur de Saxe. — Publication de Y intérim, — Réaction en faveur des protestants. — Traité de Friedwald. — Charles- Quint à Inspruck. — Conquête des Trois-Évécbés par Henri II. — Invasion de l'Alsace. — Capitulation de Passaw. — Siège de Metz. — Paix d'Augsbourg. — Abdication de Charles- Quint.
Quand on présenta la plume à Charles-Quint pour signer le traité de Crespy, il dit aux ambassadeurs français, en leur montrant sa main qu'il pouvait à peine remuer : « Voilà ce que m'a coûté la gloire et ce qui vous garantit, mieux que toutes les signatures, l'exécution du traité. Comment pour rais-je manier une épée? Je ne peux pas même tenir une plume. » Cependant, quand son accès de goutte fut passé, l'empereur, qui pour le moment n'avait plus rien à démêler avec la France, s'occupa de pacifier la Hongrie et de réduire les protestants.
Dès les premiers jours du printemps de l'année i544> les lieutenants de Soliman avaient re-
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commencé la guerre dans la Hongrie , dans PEsclavonie et dans la Croatie. Ils s'étaient emparés de plusieurs places fortes, entre autres de Wissegrad, où était déposée la couronne des anciens rois de Hongrie. Dans le cours des deux années suivantes, plusieurs armistices avaient été conclus. Enfin, le 19 juin i547, on s>gna UDe trêve de cinq ans, dans laquelle étaient compris l'empereur, le pape, le roi de France et la république de Venise*. Ferdinand était reconnu roi de Hongrie, mais à condition de payer à Soliman un tribut qui s'élevait à trente mille ducats,par an.
La réforme avait fait de nouveaux progrès dans l'empire, à la faveur des guerres extérieures qui avaient occupé Charles-Quint. Elle s'était établie dans l'électorat de Brandebourg, enThuringe, en Misnie, et dans le Palatinat. En i543, l'arche véque électeur de Cologne, Hermann de Wied, s'était fait luthérien , et cet événement était une révolution en Allemagne; car il donnait la majorité aux protestants dans le collège électoral. Sur les sept électeurs , il ne restait plus de catholiques que le roi de Bohême et les archevêques de Trêves et de Mayence. C'était un coup terrible porté à la
(1) Rapport de Veltwick, plénipotentiaire de Ferdinand et de Charles- Quint, extrait des Archives de la maison d' Autriche, ap. Hajnmery liv. XXX,
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prépondérance de la maison d'Autriche. Aussi, après la paix de Crespy, Charles-Quint pressa- t-il la convocation du concile qui avait été promis aux diètes de Katisbonne et de Spire, Mais les protestants , qui avaient si longtemps réclamé le concile sans l'obtenir, ne voulurent plus en entendre parler quand il leur fut accordé \ Le concile s'ouvrit à Trente, le 1 3 décembre 1 545. Après avoir renouvelé le symbole de foi jadis adopté au concile de Nicée, l'assemblée rendit un décret sur les saintes Écritures : elle reconnut authentiques les livres que les protestants tenaient pour apocryphes; elle déclara qu'à l'Eglise seule appartenait le droit d'interpréter l'écriture, et défendit, sous peine d'excommunication et d'amende, de vendre ou d'imprimer aucun commentaire sur le texte sacré sans l'autorisation préalable de l'autorité ecclésiastique*.
(i) Rabelais, étant à Rome en i536, entendit le cardinal de Trente dire au cardinal du Bellay : « Le saint père et les cardinaux reculent au concile et n'en veulent ouïr parler; mais je toU le temps près et prochain que les prélats d'Église seront contraints le demander, et les séculiers n'y voudront entendre. Ce sera quand ils auront tollu de l'Eglise tout le bien et patrimoine, lequel ils avoient donne du temps que par fréquents conciles les ecclésiastiques entretenoient paix et union entre les séculiers. » ( Lettres de Rabelais, annotées par Sainte Marthe. )
(a) Concilii Tridentini canones et décréta, tit. I, cap. a.
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Comme les évêques discutaient sur les règles de la discipline et sur les bases de la foi, on apprit la mort de Luther. Le réformateur avait terminé sa carrière le 18 février i546, à Eisleben, sa ville natale 1 . Mais la mort d'un chef de secte ne fait pas mourir sa doctrine; loin de là, elle lui communique une nouvelle vie, comme la mort du législateur ajoute à la puissance de la loi. Une partie de l'Allemagne était prête à défendre par les armes la parole de celui qui n'était plus. D'ailleurs, il ne faut pas croire que tous les membres du concile fussent unanimes dans leurs pensées et tendis* sent au même but. Partout où il y a plusieurs hommes rassemblés, il y a des opinions différentes, et dans la même opinion il y a des nuances diverses. Les évêques de Hongrie et ceux d'Allemagne, qui étaient en fort petit nombre dans le concile, faisaient secrètement des vœux pour certaines innovations; les évêqués espagnols et les évêques français, quoique fidèles à l'Eglise catholique, ne voulaient pas se laisser conduire en aveugles par les caprices du Saint-Siège. Ils reprochaient aux prélats italiens d'obéir servilement aux légats du pape qui dirigeaient les débats.
En effet, la plupart des évêques d'Italie étaient
(i) Sleidan, Comment., lib. XVH.