INTÉRIM
gnols et la plupart des prélats napolitains étaient restés à Trente par ordre de l'empereur, et il y avait schisme dans le concile convoqué pour rétablir l'unité. Le a3 janvier 1 548, l'ambassadeur impérial qui résidait à Rome, protesta contre le concile de Bologne dans les termes les moins mesurés et les moins respectueux \ Bientôt Charles-Quint s'empara provisoirement delapuissancespirituelle, que Henri VIII s etaitarrogée en Angleterre. Il fit rédiger un formulaire destiné à réconcilier les deux Eglises, par deux prélats catholiques d'un caractère tolérant, Pflug et Helding, auxquels il avait adjoint un théologien protestant, de 1 école de Mélanchton, Jean Agricola, qui avait pris part à la rédaction de la Confession d'Augsbourg. Le nouveau système était conforme en général aux doctrines catholiques, malgré la douceur ou l'ambiguïté des expressions. 11. y avait cependant deux points sur lesquels on se relâchait de la rigueur des principes : la communion sous les deux espèces était tolérée,
et il était permis aux ecclésiastiques mariés de
assassiné. Gonzague, qui gouvernait Milan pour l'empereur et qui passait pour avoir trempé dans le complot, s'empara aussitôt de Plaisance et de son territoire. Dès ce moment, le pape Paul III entama des négociations avec la France et la république de Venise.
(1) Robertson, Hist. de Charles-Quint, liv. X.
9g8 ut. III, CHAP. TH.
vivre avec leur femme sans renoncer aux fqnctions du ministère 6acré l.
\J Intérim eut le sort des actes qui sont destinés à contenter tout le monde : il ne contenta personne. Les catholiques le trouvaient trop indulgent ; les luthériens le trouvèrent trop rigoureux. Cependant l'empereur le fit adopter, le 1 5 mai, par la diète d'Augsbourg, et toutes les villes s'y $pumirent parce qu'elles étaient remplies de soldats espagnols, tout prêts à appuyer de leurs armes, h profession de foi impériale. Ce qu'il y a de plus singulier, c'est que les doctrines promulguées en Allemagne par Charles-Quint, auraient été condamnées comme impies dans ses Etats d'Espagne, et que leur auteur, s'il n'avait eu une couronne et une armée pour se défendre, aurait pq expier par le feu son système de conciliation. Une seule ville, Magdebourg, persista à refuser Y Intérim. En 1 55o, une nouvelle diète, tenue à Augsbourg, ordonna le siège de la place, et chargea Maurice de la réduire.
Mais Maurice, une fois parvenu au but de son ambition et revêtu des dépouilles de la maison de Saxe, se souvint de la religion luthérienne et des
(i) PaU™in„Hist, concil. Trident, lib. X.— SkiiUo, Comment., lib. XX,
libertés germaniques. 11 fit durer pendant six mois le siège deMagdebourg, et, tout en feignant de presser la place, il machina, par des négociations secrètes, la ruine de Charles-Quint. Il traita ensuite avec les habitants à des conditions si modérées qu'ils le choisirent pour leur burgrave, et Charles-Quint trompé ratifia le traité sans rien soupçonner, à la fin de l'année i55i \ Il avait déjà éprouvé un échec l'année précédente, lorsqu'il avait voulu assurer à Philippe, son fils, la survivance delà couronne impériale. Les électeurs, qui commençaient à avoir une volonté, avaient maintenu la succession à Ferdinand. Ainsi Charles-Quint, parvenu à la maturité de son âge et au point le plus haut de sa destinée, n'avait plus qu'à descendre la pente rapide de la puissance et de la vie.
La France se ranimait alors sous Henri H. En i55o, les Anglais avaient rendu Boulogne, moyennant quatre cent mille écus. La jeune reine d'Ecosse, Marie Stuart, était élevée en France, sous l'œil des Guise, pour devenir l'épouse du Dauphin, depuis François II. L'héritière de Navarre ^ Jeanne d'Albret, s'était unie, en 1 548, à un prince français, Antoine de Bourbon, ^jui fut le
(1) Sleidan, Comment., lib. XXII,
père de Henri IV. La France avait renouvelé ses traités avec la Suisse, et recommençait à intervenir dans les affaires d'Italie. Paul III était mort en i549; le duc de Parme, Octave Farnèse, avait à la fois contre lui l'empereur son beau-père1, et le nouveau pape Jules III. Il implora l'appui de la France, et le maréchal de Brissac, gouverneur des possessions françaises en Piémont, reçut ordre de marcher au secours du jeune duc(i55i).
La même année, les hostilités recommençaient sur mer avant que la guerre ne fût déclarée. Le baron de Lagarde, commandant la flotte française qui croisait sur les côtes de Normandie, aperçut vingtquatre vaisseaux flamands bien armés : au lieu de les attaquer, il fit dire aux chefs de l'escadre que la sœur de l'empereur, Marie, reine de Hongrie, était à bord d'un de ses vaisseaux, se rendant de Flandre en Espagne; qu'en conséquence, ils eussent à faire à Ja princesse le salut d'usage. Les Flamands donnèrent dans le piège et déchargèrent tous leurs canons. Lagarde les investit aussitôt sans leur donner le temps de recharger, et leur prit quinze vaisseaux, dont la cargaison lui valut plus de quatre cent mille livres. Sur la Méditerranée, une autre
(1) Octave Farnèse avait épousé Marguerite d'Autriche, fille naturelle de Charles-Quint.
TRAITÉ DE FRIEDWALD. 3of
escadre, commandée par un lieutenant de Lagarde, rencontra quai re navires impériaux, et les prit dans le port de Villefranche où ils s'étaient retirés.
C'était le temps où Henri II était occupé à conclure la grande alliance avec les protestants d'Allemagne. Il ne ménageait pas le pape, contre lequel ses soldats faisaient la guerre en Italie en faveur du duc de Parme. Un édit, rendu en 1 55 1, défendit d'envoyer de l'argent à Rome pour les bulles. Le roi signifia au pape qu'il ne laisserait point aller les évêques français au concile qui venait de se rouvrir à Trente , qu'il regardait cette assemblée plutôt comme un complot contre lui que comme qn remède aux maux de l'Eglise, qu'il prendrait dans ses Etats telles mesures qu'il jugerait nécessaires au maintien du catholicisme. Ces protestations furent présentées au concile même par Jacques Amyot , depuis précepteur de Charles IX et grand-aumônier de France. Le pape,* effravé de ces menaces, se hâta de traiter avec Henri II , et laissa Farnèse en possession de la ville de Parme et de ses dépendances; mais le roi de France n'en restait pas moins l'allié des Turcs et des luthériens. Ayant la prise de Magdebourg , le 5 octobre i55i, il avait conclu avec Maurice le traité de Friedwald, qui resta quelque
LIT. Ht, CHÀP. VIÎ.
temps secret. Henri II s'était engagé à fournit des subsides aux princes confédérés, et en même temps à attaquer l'empereur du côté de la Lorraine. Quand la guerre commença, il prit dans son manifeste le titre de défenseur des libertés germaniques et des princes captifs. Il s'était réservé le droit d'occuper Cambrai, Metz, Toul et Verdun, et de les garder comme vicaire de l'empire. Enfin, il était convenu que, si Ton venait à élire un nouvel empereur, le choix ne pourrait tomber que sur le candidat qui serait agréé par la France1. Le traité de Friedwald a jeté les bases de cette politique éminemment française, suivie plus tard par Henri IV, Richelieu et Louis XIV; politique généreuse autant qu'habile, qui protégeait les petits Etats contre le despotisme des plus forts, et qui assurait à la fois la grandeur de la France et l'équilibre européen.
Maurice avait aussi sollicité l'appui de l'Angleterre. Après la mort de Henri VIII } le bill des six articles avait été abrogé, et l'Église anglicane, déjà indépendante de Rome, avait adopté la réforme. A ce titre, l'Angleterre devait des secours aux protestants d'Allemagne. Mais les factions qui divisaient le royaume pendant la minorité d'E-
ttULÎTÈ CE FRIEDWALD. 3oS
douard Vt, ne laissaient au gouvernement ni le temps ni la force de s'occuper des affaires étrangères1. Maurice rencontra plus de sympathie dans le Danemarck, qui se trouvait, par sa position, mêlé aux affaires de l'Allemagne, et qui avait un égal intérêt à maintenir la réforme et à limiter le pouvoir impérial. Christiern III, qui après quelques moments d'interrègne1 avait succédé à Frédéric I,r, était, comme son prédécesseur, l'allié naturel des protestants d'Allemagne: il traita avec Maurice, en qualité de duc de Holstein et de membre du cercle de Basse-Saxe. Le roi de Suède (c'était toujours Gustave Wasa), sans être aussi intéressé que le roi de Danemarck à soutenir les princes confédé^
(1) Burnet, Hist. de la réformation de l'Église d'Angleterre.
(2) La couronne était élective en Danemarck. De là des troubles après la mort de Frédéric Ier, en 1 533. Son fils aîné, Christiern III, ne fut reconnu que l'année suivante. En Suède, au contraire, Gustave Wasa pourvut au repos de son pays par la stabilité de sa dynastie : en i54o, aux états d'Orebro, la couronne de Suède fut déclarée héréditaire dans la maison de Wasa; en i544> les états de W esteras reconnurent le prince Eric comme héritier présomptif de Gustave. De 1 534 à i536, la ville de Lubeck avait espéré profiter des troubles du Danemarck, pour reconquérir son ancienne importance commerciale dans la Baltique : elle succomba sous les efforts réunis de Christiern III et de Gustave Wasa. (Mallet, Hist. du Danemarck.)
3o4 chap* vu.
rés, devait cependant désirer leur triomphe. Les deux couronnes du nord avaient conclu des traités avec la France, au temps des dernières guerres de François 1er contre Charles-Quint1. Ainsi com* mençaient, au milieu du seizième siècle, ces alliances qui devaient, au siècle suivant, fonder la liberté religieuse en Europe par le traité de
Westphalie.
Fort de l'appui du roi de France et du roi de Danemarck, l'électeur de Saxe rallia autour de lui tous les princes luthériens, les ducs deMecklembourg, le margrave de Brandebourg, les fils du Landgrave de Hesse, et tant d'autres qui n'attendaient qu'un signal pour agir. Il s'avança rapidement vers la haute Allemagne, rétablissant dans toutes les villes les magistrats que l'empereur avait destitués et les ministres luthériens qui avaient été chassés de leurs églises. Quand son armée fut devenue assez nombreuse, il s'empara d'Augsbourg, où deux ans auparavant avait éclaté la toute-puissauce impériale.
(i) En i54a, Christiern III envoya un secours de cavalerie à François Ier. En i543, il fit partir une flotte qui devait attaquer les Pays-Bas; mais cette flotte fut dispersée par la tempête. En 1544» Charles- Quint traita avec Christiern, et le traité de Spire accorda aux Hollandais, moyennant un droit modéré, le passage du Sund et In liberté de la navigation dans la Baltique.
REVERS ht fcHAKLKS-QTJIKT. $b5
Rien lie sabrait exprime* r&tftifteffléht èt là consternation de Charles-Quint à lâ nbUvêllë dè ces événements. Il était d'autant phti abttàti; Hfàè les Turcs rècommertçaient la guerre «n Ht>ligriè>«t les Français en Italie, Pendant que Vkïtëàtoghé iè soulevait tout entière, il était dàns lés défiléâ du Tyrol, à Inspruck, entre tous lés eftrièritfc qtii l'attaquaient à la fois, et il n'avait qu'un ëbfôs de troiipes à peine suffisant pour garder sa f>eK sonne. Le concile continuait Sés opération* datis la ville de Trente, et Charles-Quint, se vojratti combattu à outrance par les luthériens* tëflUit de se rapprocher des catholiques. A la lidti telle de la défection et des progrès de Maurice $ lâ teHtètifr s'empara des prélats réunis à Trente; les e*v& ques allemands retournèrent chez eux èn tdtite hâte pour veiller à la sûreté de leurs domaines; les autres n'étaient pas moins pressés dè se retirer, et le légat, qui avait beaucoup de peine k diriger l'assemblée, saisit avec joie l'occasion dé la proroger. Le concile fut ajourné à deux ans, mais il ne se rouvrit qu'en 1 56a \
L'empereur ne savait quel parti prendre, et, pour comble de disgrâce, il fut attaqué d'un Violent accès dégoutte, et condamnéà rester tmmébtl*
(x^Fra-Paolo, Hbt. du Concile de Tredtc. * .