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quand tout marchait autour de lui et contre lui. Ferdinand cherche vainement à arrêter Maurice sur le Danube, et à négocier dans la ville de Lintz. Maurice s'avance sur Inspruck à marches forcées; il n'était plus qu'à deux jours de la ville, et l'empereur allait devenir son prisonnier, lorsque la révolte d'un bataillon de mercenaires retarda sa course. Charles profite de cet incident pour sortir d'Inspruck. Il faisait une nuit obscure; la pluie tombait par torrents. L'empereur part dans une litière, dont il pouvait à peine supporter les mouvements ; il prend sa route à travers les Alpes, par des sentiers presque impraticables, à la lueur des flambeaux, suivi de sa cour et de ses gens en désordre. Il arrive enfin, exténué de fatigue, à Villach, dans la Carinthie; c'était un lieu inaccessible, et là du moins sa personne était en sûreté. Maurice entra dans Inspruck comme l'empereur en sortait, et il livra au pillage tous les bagages que Charles-Quint et ses ministres n'avaient pu emporter'.
Henri II avait fidèlement exécuté ce qu'il avait promis par le traité de Friedwald : il avait envahi la Lorraine avec une armée nombreuse. Toul et Verdun s'étaient livrés sans résistance. Le
fi)Robertsontlif. X.
REVERS DE CJI *RlESrpUflf T. 3o^J
connétable de Montmorency, ayant obtenu la permission de traverser Metz , s'y était établi avec ses troupes. Le roi s'avança jusque dans „ l'Alsace, où il espérait surprendre Strasbourg; mais les habitants de cette ville lui fermèrent leurs portes, et se préparèrent à se défendre. Les électeurs de Trêves et de Cologne, le duc de Clèves, les cantons Suisses intercédèrent en faveur de Strasbourg; ils supplièrent le roi de France de ne Boint opprimer l'Allemagne, dont il s'était proclamé le libérateur. Henri II, qui commençait à manquer de vivres et d'argent, reprit sa route vers la Champagne, satisfait d'à voir fait boire ses chevaux dans le Rhin, et d'avoir assuré sa frontière orientale par la conquête des trois évéchés \ Toute l'Allemagne désirait la paix. Une requête fut. présentée à Charles-Quint, au nom de tous les princes de l'empire. Les Etats catholiques redoutaient presque également la victoire des protestants et celle de l'empereur: ils voyaient d'un côté la servitude de l'Eglise, de l'autre la ruine des libertés germaniques. Ils demandaient, comme Maurice et avec Maurice, la liberté du landgrave de Hesse «et le libre exercice de la religion réformée. Charles -Quint hésitait; Ferdinand le dé-
(t) De Thou, Hist.; lib. X.
3o8 lit. iii, chap. Viî.
termina à céder j Ferdinand qui depuis quelque
temps s'était rapproché du parti réformé, qui voyait croître son influence en Allemagne à mesure que celle de son frère diminuait, et qui cherchait à se frayér les voies à l'empire, pour se dédommager dë Ses révers dans la Hongrie1. La paix fut signée à Pkssàw , le 2 août. Les princes confédérés devaient déposer les armes et licencier leurs troupes dans le délai de dix jours, à condition que le landgrave serait mis en liberté; qu'une diète se réunirait dans six mois, pour àvi-
(1) Soliman, en reconnaissant Ferdinand comme roi tributaire de Hongrie, avait laissé au jeune Etienne, fils de Jean Zapoly , la possession de la Transylvanie, son héritage paternel. Martinuzzi , qui avait la confiance d'Isabelle et la tutelle du jeune prince, négocia secrètement avec Ferdinand , et l'engagea à envahir la Transylvanie. Isabelle, incapable dë se défendre, consentit, d'après le conseil de Martinuzzi, à abandonner le pays à Ferdinand, et à renoncer aux droits de son fils sur la Hongrie. Elle se retira dans la SU es ie, où le roi des Romains devait donner à Etienne, avec une de ses filles en mariage, les principautés d'Oppelen et de Ratibor. Martinuzzi fut récompensé de sa trahison par le chapeau de cardinal et le gouvernement de la Hongrie. Puis, devenu suspect à son nouveau maître, il fut assassiné par Castaldo, général dévoué à Ferdinand. Soliman, à son retour de sa campagne d'Orient, se montra fort irrité de ce qui s'était passé en Hongrie : il menaçait d'enlever à Ferdinand non-seulement la Transylvanie, mais encore ce qu'il avait conseuti à lui laisser par le dernier traité^
SIJÊGE DS METZ. ÎOO,
ser. brouilleurs moyens de terminer les querelles de religion; qu'en attendant, ceux; qui suivaient la ccrçfessjon 4^ugsbourg aurajpnt le libre exerce* 4e leur culte, et que les membres de la ?b*ra>re impériale seraient pris ipdifferemment dafl* {es deu* partis'.
M Wfip France n/ayajt point été ponjpris dans ]ç traité 4s Passa^. ^ pejue |a paix eut-elle $té conclue, que qbarjes- Quint sortit enfin de sa retraite, rassembla des trpupes de $es différents Etats, et màr-çjia vers, leRbin. [^empereur parut devait Met* ver* h fin d'octQbrer C'était h duc de Guise, François de lorraine, qui commandait |apkcej gavait autqur de lui plusieurs princes 4u $aqg, les plus broyés gentilshpnimps, et une garnison décidée à périr oij à sauyer la nouvelle barrière 4e la Fr^npe, antique capitale du royaume d'OsJrasie. U du? répara les fortifications de la place, et \ai a^feqflit ayec autant de prudence, que d'intrépidité. Il fatiguait, par de fréqu^ntes^ ^Qrtjesj la nombreuse ajsnée des assiégeants. Les im,péT riaux attaqua, jent I3 place par différents côtés a }a fois, tyais , 4ît ï^ertson , Fart cles sièges n'hait p3s encore parvenu à ce degré de perfection où il fut porté vers la fin du seizième siècle, dans la longue
£0. *»* Consent, Jib. XXTV.
3lo UV. III, CHAP. VII.
guerre des Pays-Bas. L'empereur, qui jusque-là avait été retenu par la goutte à Thionville, se fit porter au camp en litière, pour animer les soldats par sa présence. Mais la rigueur de la saison commençait à se faire sentir, et Je camp était tantôt inondé de pluie, tantôt couvert déneige. La faim et les maladies décimaient l'armée, surtout les Italiens et les Espagnols, accoutumés à un ciel plus doux. Après avoir perdu plus de trente mille hommes pendant soixante-cinq jours de siège, Charles-Quint commença sa retraite le a6 décembre , et quitta Metz en répétant avec amertume : la fortune ri aime pas les vieillards1.
Tout conspirait à la fois contre l'empereur. En 1 553, tandis que l'Allemagne épuisait ses forces dans des querelles intérieures, et que Maurice trouvait la mort en combattant Albert de Brandebourg, Henri II envahissait les Pays-Bas, et Charles- Quint reculait encore une fois devant le génie du jeune roi. En Italie, la ville de Sienne s'était soulevée, et le parti populaire s'était placé sous la protection de la France. La flotte turque, commandée par Dragut, ravageait les côtes du royaume
(i) Bertrand de Salignac, relation du siège de Metz.'— Bref discours du siège de Metz, rédigé par escript, de jour en jour, par un soldat, à la requeste d'un sien amy. Lyon, 1 553.
de lal réforme e* france. 3i i
de Naples, et, grâce aux secours des Ottomans, les Français s'emparèrent d'une grande partie de File de Corse, alors soumise aux Génois*. En Hongrie, Isabelle avait reparu avec son fils; quelques magnats s'étaient déclarés en sa faveur, et le pascha de Belgrade avait pris son parti contre Ferdinand. Les impériaux, mal payés, abandonnèrent la Transylvanie à Isabelle, ou plutôt à Soliman. Ainsi Charles -Quint, vaincu par l'âge et parla fortune, voyait triompher les trois ennemis qu'il avait toujours combattus, les Turcs, la France et la religion réformée.
Henri II, tout en s alliant avec les protestants d'Allemagne, avait, comme son père, protégé par des édits la religion du plus grand nombre. L'édit de Châteaubriant, publié en i55i, avait défendu toute manifestation de culte ou profession de foi contraire à l'Eglise catholique. En J 55a, un arrêt du parlement de Paris interdit les Ecoles buissonnièreSy c'est-à-dire les assemblées secrètes des protestants dans les campagnes. Ceux qui étaient proscrits en France pour leurs opinions religieuses, allaient chercher un asile à Genève où Calvin régnait en maître absolu. Mais s'il y donnait un refuge à ceux qui pensaient comme
(x) De Thon, Hist., lib. XI.
3ia LIV. III, CHAP. YJI.
lui, il traitait assez rudement ceux qui ftg professaient point sa doctrine ou qui s'étaient pePr mis de la modifier. Michel Servet, de Villa- Wueva en Aragon , avait commencé sa carrière par se distinguer dans la médecine; on a même dit qu'il avait, longtemps avant Harvey, découvert la circulation du sang. Il abandonna l'étude de la nature pour les discussions théologiques, , et, comme dit Voltaire, il négligea un art utile pour des sciences dangereuses. Il avait conçu sur la Trinité des opinions qui n'avaient point cours en Espagne, et que l'inquisition n'aurait pas tardé à punir. Il quitta donc son pays, et vint étudier à Toulouse et à Paris; puis il voyagea en Allemagne, ou il publia ses pretpierc pamphlets. Son opinion était que le Christ n'était pas de la même nature que le Père, qu'il n'était pas dieu , mais seulement envoyé de Dieu pour rappeler le monde à l'observation de la loi'.
La doctrine soutenue par Servet' n'était autre chose que le théisme, prêché à la même époque par Lélio Soccini de Sienne. Il est remarquable que ce soit d'Espagne et d'Italie, c'est-à-dire des
(iJTDeTrinitatis erroribus libri septem. Haguenau, 1 53 1. — Dialogorum de Trinit lib. duo. — De Justitià regnî Christi cap. quatuor. Haguenau, 1 53a.