‹ Histoire de l'Europe au 16e siècleChapitre 56 sur 119 · ai · texte numérisé non relu

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JKaJgM toutes ces JaelJes promesses, la nation s/obs^inaU k regarder ce mariage comme upe invar sjpn étrangère1. l.es Anglais haïssaient les Espar gflols, d'ahord comme catholiques exaltés, et puis SÇPjme mftitresdu Nouveau-Monde, où ils avaient fluirmpmes l'ambition de s'établir. Quand Philippe fi vint en Angleterre, son caractère sombre et taciturne, son orgueil castillan, sa dévotion minutieuse, sa répugnance pour les formes du gouvernement britannique, augmentèrent la haine qu'on avait conçue contre lui avant de le connaître. Ep vaip, à son débarquement àSouthampton, il voulut fraterniser avec le peuple anglais, et approcha de ses lèvres un verre de bière , boisson nouvelle pour lui; il ne se rendit point populaire'.

(x) Henri II écrivait à son ambassadeur : a II faudra con forter sous main les conducteurs des entreprises que scavez le plus dextrement que faire se pourra , et s'eslargir plus ouvertement et franchement parler avec eux que n'avez encore faitj en manière qu'ils mettent la main à l'œuvre... » Cette dépêche était datée du 26 janvier. A cette époque-là même, éclata le complot de sir Thomas Vyat, auquel M. de Noailles et Elisabeth n'étaient point étrangers. Jl.es documents authentiques sur cette partie de l'histoire d'Angleterre sont déposés dans les précieux manuscrits de la bibliothèque de Besançon. C'est là que se trouve toute la correspondance de M. de Noailles, et celle de Renard, ambassadeur de Charles- Quint.

(2) Le mariage fut célébré le 25 juillet i554> dans la cathédrale de Winchester.

RÉACTION CATHOLIQUE EN ANGLETERRE. Jft3

Peu de temps après son mariage, Marie réalisa le

projet qu'elle avait toujours nourri au fond du cœur : elle proposa au Parlement de rentrer dans le sein de l'Eglise universelle. La motion fut accueillie par acclamation dans la chambre des lords, et le consentement fut unanime dans celle des Communes; sur trois cents membres, deux seulement hésitèrent, et le lendemain ils se désistèrent de leur opposition. Le cardinal Pool, dont la lëte avait été mise à prix sous Henri VIH, revenu dans son pays en qualité de légat, donna aux deux chambres et à la nation tout entière l'absolution pontificale. Les seigneurs auxquels Henri VIII avait distribué une partie des biens monastiques ou qui avaient acheté ces biens à vil prix, tout en transigeant sur leurs croyances, mirent leurs intérêts à couvert. Le statut du parlement, confirmé par une bulle du pape, déclara qu'il ne serait fait aucune recherche sur les domaines ecclésiastiques1.

Tout semblait fini, et Y Angleterre était rentrée dans la voie dont elle s'était écartée un

instant. Mais ce calme n'était qu'apparent, et, malgré l'unanimité du Parlement, il fermentait dans la masse de la nation un esprit de colère et

(i)Lingard,Eist. d'AngleUrre, t. VTI, chap. a.

3*4 IIV- m> CHAP. VII.

de révolte, que la reine ne put combattre qu'à force de supplices. Marie tourna contre les protestants les armes que Cran mer avait forgées contre les catholiques, et l'archevêque de Canterbury fut lui-même une des premières victimes. La terreur dicta un grand nombre d'abjurations. Ceux qui ne voulurent ni abjurer leur foi ni braver la mort, se réfugièrent sur le continent. Ils furent assez mal reçus par Jes luthériens d'Allemagne, qui leur reprochaient de ne pas croire à la présence réelle, et qui les appelaient les martyrs du diable1 ; mais ils trouvèrent l'hospitalité chez les disciples de Zwingli et de Calvin, et ils obtinrent la permission d'ouvrir des églises à Strasbourg, à Baie, à Genève et à Zurich. La France même leur ouvrit ses portes et ferma les yeux sur leur croyance, parce qu'ils étaient ennemis de Marie et de l'Espagne.

L'Artois, les Pays-Bas et l'Italie étaient toujours le théâtre de la guerre entre Charles-Quint et Henri II. Dans l'été de i554, le roi de France, après avoir pris Marienbourg, Bouvines et Dinant, vint mettre le siège devant Renti, position importante sur les confins de l'Artois et du Boulonnais.

(i) Vociferabant martyres Anglicos esse martyres diaboli. ( Melanch ton , ap. Lingard. )

DERNIÈRES tUTTBS DE CHARLES-QUINT. 5a5

L'empereur, qui avait encore la goutte, se fit porter en litière à la tête de son armée. Le duc de

Guise combattit sous les murs de Renti, avec un

courage qui rappelait la défense de Metz. La victoire resta aux Français; mais la place fut sauvée, et 'les impériaux se répandirent dans la Picardie, qu'ils livrèrent aux plus affreux ravages. En ItahV, Henri II défendait la ville de Sienne contre l'empereur et Corne de Médicis. L'armée française, commandée par Pierre Strozzi, gentilhomme florentin, fut battue près de Marciaho; mais Biaise de Montluc, avec les débris de l'armée, se jeta dai)s Sienne* et s'y défendit pendant dix mois, jusqu'à ce que la famine le forçât de capituler, Je a avril i555\ Le pape Jules III était mort le 23 mars. Le cardinal Cervi ni fut élu pape le 9 avril, et prit le nom de Marcel II; mais vingt-un jours après le pontife était mort, et, le a3 mai, un nouveau conclave élut le cardinal Caraffa, qui ceignit

la tiare sous le nom de Paul IV. C'était un événe-

ment heureux pour la France; car Paul IV, dont l'empereur avait combattu l'élection, conclut un traité avec Henri II, pour attaquer en même temps le duçhe de ïoscahe et le royaume de Naples. Un invincible dégoût du monde et des affaires*

(1) Biaise de Montluc, Comment., Ut. III.

3x6 ht. m, chajp. vu.

commençait alors à s'emparer de Charles-Quint. Depuis le traité de, Passaw, le gouvernement de l'Allemagne était resté à Ferdinand. Le 5 février 1 55 5, le roi des Romains avait ouvert à Augsbourg la diète qui devait régler les affaires de religion. Le cardinal Moron parut aux premières séances; il venait tenter en Allemagne l'expérience qui avait si bien réussi en Angleterre au cardinal Pool \ Mais la ligue protestante était sur ses gardes, et Ferdinand avait intérêt à la ménager. Les catholiques eux-mêmes comprirent que,, pour assurer leur liberté, il fallait respecter celle des autres; ils acceptèrent les faits accomplis, et l'Allemagne tout entière s'associa au grand acte qui devait assurer l'union fraternelle des deux religions. La paix fut signée le *5 septembre. Elle confirmait aux luthériens les garanties qui leur avaient été promises à Passaw. La liberté religieuse était accordée, sans restriction, aux villes çt aux Etats qui avaient adopté la confession d'Augsbourg. De leur côté , les luthériens s'engageaient à ne troubler nulle part le libre exercice de la religion catholique. Les sécularisations déjà

(i) Nuncîatum fuit Româ venturain ad imperii comitk cardinalem Moronum qui per Germaniam experiattir idem • craod in Britannià Polus jam perfecisset. ( Sleidan, Comment., lib. XXV.)

PAIX d'AÙGS^ÔTjKG.

faîtes étaient déclarées irrévocables; mais, à* l'avenir, si quelque prélat ou ecclésiastique sé sé^ parait de la communion romajrie, il renoncerait

l'Eglise -catholique lui nommerait un sucdessettr qui serait mis en possession de ses domaines'. C'était ce qu'on appelait le réservai eeclèsiastiqUé , gage de paix pour le moment, germe dè gùertè* pour l'avenir.

Charles -Quint souscrivit à regret au traité d'ÀUgsbourg, qu'il regardait comnle un échec à sa puissance et à sa gloire. 11 voyait avec dépit l'Allemagne lui échapper, et le pouvoir impérial passer aux mains de Ferdinand. Déjà, en mariant son fils à la reine d'Angleterre , il s'était dépouillé en sa faveur du Milanais et du royaume de Naples\ Non content de ces concessions, Philippe avait les

(1) SIeidan, Comment., lib. X.XV. — Fra-Paolo, Hist. du concile de Trente.

(2) Le jour du mariage de Philippe avec la reine Marie, le conseiller impérial Figueroa présenta à Gardiner, évêque de Winchester et chancelier d'Angleterre, deux actes desquels il paraissait, disait-il, que son souverain, pensant qu'il était au>

de la dignité d'une si grande reine d'épouser un l'éîi.it pas roi, :iv.-tït ré.signr à son fils le royaume de N*ples et le duché 4e Milan ( Lingard, Hist. d'Angleterre, t VII, chap. 11.)

3a8 liv. ni, gbap. vu.

yeux fixés sur les Pays-Bas , et dévorait d'avance tout l'héritage paternel. La volonté de Charles- Quint rencontrait j)ar tout des obstacles, et ses forces l'abandonnaient en même temps que la fortune. Dans ces circonstances, il prit le parti de se retirer du monde, et de déposer les insignes de ce pouvoir qui n'était plus qu'un vain nom. Tels sont . les motifs réels de cette abdication dont les historiens ont fait un événement si .dramatique 1 . Charles-Quint, qui était en effet grand comédien, voulut faire croire qu'il renonçait volontairement à toutes ces couronnes, et environna de l'appareil le plus imposant ce dernier acte de sa vie politique. Le a5 octobre 1 555, il convoqua à Bruxelles les Etats des Pays-Bas. Là, siégeant pour la dernière fois sur son trône, ayant à sa droite son fils qui venait de quitter l'Angleterre, et sa sœur, reine de Hongrie et régente des Pays-Bas, en présence d'une brillante assemblée de grands d'Espagne et de princes de l'empire, il rappela dans un

(i) Les preuves de cette assertion se trouvent dans les Mémoires du cardinal de Granvelle. Ces manuscrits , l'un des plus curieux monuments de l'histoire du seizième siècle, doivent être incessamment imprimés par les soins du savant bibliothécaire de Besançon. Us feront partie de la grande collection de documents historiques que le gouvernement fait publier.

ABDICATIpN DE CHARLES-QUINT . 3ag

pompeux discours tous ses travaux passés, et déclara qu'il transmettait vivant son héritage à son fils, pour se préparer dans la retraite à comparaître devant Dieu1. Le président du conseil de

Flandre donna lecture de l'acte par lequel l'empereur résignait à son fils ses domaines des Pays- Bas. Au commencement de l'année suivante, Charles transmit à son fils les couronnes d'Espagne, avec toutes les terres qui en dépendaient, soit en Europe, soit dans les Indes5. Le 5 février i556, il conclut avec Henri II la trêve de Vaucellçs, qui devait durer cinq ans. Il conservait encore le titre d'empereur, qu'il voulait léguer à son fils; mais, n'y pouvant parvenir, il abdiqua l'empire le 27 août, et envoya à Ferdinand les ornements impériaux3. Tandis que le roi des Romains prenait en main le sceptre et le globe

(1) Strada, deBello Belgico, lib. I.

(2) Les historiens ne sont pas d'accord sur la date de cette seconde résignation. Les auteurs les plus dignes de foi, entre autres Sandoval, la placent le 16 janvier i556. Mais cet acte resta quelque temp3 secret; car dans la trêve de Vaucelles Philippe n'est désigné que comme roi d'Angleterre et de Naplcs. Il est certain qu'il u*a pris le titre de roi de Castille qu'après avoir été proclamé à Valladolid, le 24 mars i556.

(3) Ferdinand exerça le pouvoir impérial après l'abdication de Charles-Quint, mais il ne fut reconnu par les électeurs que le a4 février i558.

33d . uv; m, chap* yii.

d'or, Charles, qui n'était plus, comme il le disait, qu'un simple gentilhomme, quitta les Pays- Bas le 17 septembre* et, onze jours après, prit terre à Laredo dans la Biscaye. Dès qu'il fut débarqué, il se prosterna sur le rivage, et baisa la terre en disant : « O mère commune des hommes, je suis sorti nu du sein de ma mère, je rentrerai nu dans ton sein ! » Reçu froidement sur son passage, il pleura ces honneursjadisrendusàsa toutepuissance. À Burgos, il attendit plusieurs semaines le premier quartier de la pension de cent mille écus que Philippe 11 devait lui payer1. Quand l'argent fut arrivé, il paya et congédia le plus grand nombre de ses domestiques, et alla s'enfermer dans le couvent de Saint-Just, à quelques milles de Plaisance en Estramadure. Là s'ensevelit

cette grande destinée qui avait commencé avec le seizième siècle, et qui l'avait dominé si longtemps.

(l)Strad*, de Bello Belgico, lii». I. — Godlerens , Rchrtio rfb&ie*tk>nis Caralr V, *p. Goldast.— Robertson, Hisf. dé ChatltfrQvàMj ltt>. XI.

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