DE LA. REFORME SOUS HENRI II
et presque tous les Etats de la chrétienté étaient compris dans ce traité1. Deux mariages devaient bientôt se célébrer, comme gages de la paix européenne : la fille de Henri ÎJ, Elisabeth, qui avait été fiancée à don Carlos, fils de Philippe II, épousa Philippe lui-même, et la sœur de Henri II, Marguerite, devint la femme du duc de Savoie.
Malheureusement la fin de la guerre étrangère fut pour la France le signal de la guerre civile. En i557, un ®dit royal avait établi l'inquisition. Déjà, sous le règne de François Pr, on avait vu des inquisiteurs dans les provinces méridionales. Cependant l'inquisition ne devait point prendre racine dans notre pays, et le parlement n'avait enregistré l'édit qu'avec certaines restrictions. Il avait été expressément déclaré que les membres du clergé régulier ou séculier seraient seuls soumis au nouveau tribunal, et qu'il procéderait sous l'inspection des évoques, non comme juridiction soumise à la cour de Rome.
C'étaient le duc de Guise et le cardinal de Lorraine, son frère, chefs du parti catholique, qui avaient fait établir l'inquisition ; mais, malgré la rigueur des lois nouvelles, le calvinisme n'avait point reculé. Il s'étendait dans l'ombre, et quel-
(î)Dumont, Recueil de Traités, t. II.
quefois même il osait se montrer au grand jour: témoin les attroupements du Prévaux-Clercs , en i55(), et ces processions de gentilshommes armés, qui traversaient Paris en chantant les psaumes de Marot. L'édit d'Ecouen, donné au mois de juin, établit la peine de mort contre les protestants, avec défense aux juges de diminuer la peine, comme ils l'avaient fait depuis quelques années \ Cet édit fut vérifié par tous les parlements; mais comme il y avait dans le parlement de Paris des conseillers qui paraissaient disposés en faveur du nouveau culte, et qui parlaient hautement de tolérance et de liberté, le roi se rendit lui-même dans le sein de l'assemblée. C'était le iojuin, un jour de mercuriale*. « La paix, dit le roi, est conclue avec l'Espagne; mais à l'occasion des guerres il y a eu de mauvaises hérésies qui se sont introduites en ce royaume; il faut les esteindre comme la guerre. Continuez donc à poursuivre en ma présence les délibérations commencées. Pourquoi d'ailleurs n'avez-vous pas encore entériné un êdit contre les luthériens, que je vous ai mandé? »
(i) Michel de Castelnau, Mémoires, liv. I, chap. 3.
(a) On nommait ainsi une sorte de chambre de discipline qui, dans l'origine (sous Charles VIII), se tenait tous les mercredis, et qui était composée des présidents et des hommes les plus estimes de la compagnie.