FRANÇOIS JJ
sait l'un des plus acharnés contre Dubourg, Aptoine Minard, catholique zélé, autrefois curateur de Marie Stuart, avait été tué d'un coup de pistolet, comme il revenait dp palais, mpnté sur sa inule, selon l'usage du temps1, Pufaur fut condamné à une interdiction de cinq aqs et à un$ amende de cinq cents livres, pour avoir, selpq Jes expressions de l'arrêt, « témérairement soutenu qu'il n'yavoit point de meilleur rem^e pour gu&r rir les maux de l'Eglise que la convocation d'yn concile, et qu'en attendant on devoif suspendre les supplices.. » Mais Dufaur en appela au parler ment, qui cassa l'arrêt des commissaires..
La pour était divisée en deux partis, qui représentaient deux opinions religieuses et <Jeni intérêts politiques ; le parti catholique, dirigé par les Guise, et le parti protestant qui reconnaissait pour chefs les princes de la maison de Bourbon, Antoine, roi de ]Vavarre, et Louis, son frère, prince de Condé. Le oVoit du san^ appelait les Bourbons au trône k l'extinction des Valpis. etj^tte orgueilleuse maison 4e Guise, qui faisait remonter son origine à la seconde race de nos rois, convoitait déjà la sucçessjjop royale. Les protestants réclamaient la liberté, «et les catholiques
(i) C^stclnau,1 Mémoires, liv. I, chap. 5.
344 • LIV- n,> CHAP. VIII.
ne voulaient faire aucune concession. Quand les partis sont sur le point d'en venir aux mains comme deux armées rangées en bataille, tenir le milieu est difficile; il n'y a de transaction durable qu'après le combat. La couronne opta pour le parti le plus fort et le plus nombreux, pour le parti catholique, et les Guise régnèrent sous le nom de Marie Stuart et de François IF. Le règne de Catherine de Médicis ne date que de l'avènement de Charles IX.
Dès lors, les réformés se préparèrent au combat. Ils avaient réglé et discipliné leurs forces pendant les dernières années de Henri II. Les Eglises protestantes de l'Ile de France , de la Normandie, de l'Orléanais, de l'Aunis et du Poitou s'étaient réunies par députés au faubourg Saint-Germain . Dans ce premier Synode national, on avait rédigé une constitution en quarante articles; on avait lié entre elles les églises disséminées sur toute la surface du royaume, et l'on avait arrêté des projets d'adresse aux princes luthériens d'Allemagne. Pendant que les réformés rassemblaient en fais.
(1) On contestait à François II, à cause de son extrême jeunesse, le droit de se choisir des conseillers; Jean de Tillet, greffier au parlement, publia à celte occasion l'ouvrage intitulé : Traité pour la majorité du roi de France contre le légitime conseil malicieusement inventé par les rebelles.*
CONJURATION d'aMBOISE. 345
ceau ce;qu'ils avaient de moyens de défense soit au dedans, soit au dehors, les Guise, disposant de toutes les ressources du royaume, prodiguaient aux catholiques les pensions, les bénéfices, les dignités ; ils créaient en un jour jusqu'à dix-huit chevaliers de Tordre de Saint-Michel , oubliant , dit Sainte-Palaye, que les marques d'honneur sont la monnaie de l'Etat : il est aussi dangereux de la hausser que de la baisser à l'excès.
Les calvinistes ne débutèrent point par des batailles rangées , par la guerre ouverte , mais par des intrigues et par des complots. La conjuration d'Amboise éclata trois mois après le supplice d'Anne Dubourg. Le but que s'étaient proposé les conjurés, était d'arracher le jeune roi aux mains des Guise, et par là de donner la liberté aux protestants. La religion était donc le prétexte de cette conjuration, combien que le bruit fust qu'il y avoit plus de malcontentement que de huguenoterie1. L'entreprise fut concertée à Nantes, au mois de janvier, dans une assemblée de ministres et de gentilshommes protestants. Le prince de Condé, qui était alors à Blois avec le roi, était l'ame invisible du complot; Godefroy du fiarry , plus connu sous le nom de La Renaudie, en était le
(1) Brulart, journal.
çhef apparent et responsable. Cet homme devait, {lit-on, la vie au duc de Guise; qui l'avait tiré des prisons de Pijon où il avait été renfermé pour faux \ Le projet semblait devoir réussir ; car il devait être exécuté par un grand nombre d'hommes dévoués. Cinq (cents gentilshommes ? tous bien accompagnés, et mille soldats déterminés, conduits par trente capitaines choisis, devaient se porter ensemble sur Blois. Le roi n'avait pour se défendre que deux ou trois cents archers. Le régiment des gardes ne fut créé que sous Charles IX,
La Renaudie, après s'être concerté à Blois avep le prince de Copdé, parcourut les provinces pour augmenter Je nombre de ses complices} il vint à Paris, où il communiqua son secret à un avocat, pommé des A venelles. # Celui-ci, dit Castelnau, trouva cet expédient fort bon ; aussi estoit-ij protestant. » Majs, ayant considéré les conséquences ejt les dangers de l'entreprise, il alla tout révéler à l'un des secrétaires du cardinal de Lorraine; ce rapport fut confirmé par un gentilhomme delà maison du duc de Nevers, qui estoit de la partie Ce qui prouve que les protestants français étaient déjà en relation avec l'étranger, c'est que la conjuration
jf (1) Brantôme, Mémoires.
(a) Caatelnau, Mémoires, lir. I, chap. 8.
CONJURATION d'àMBOISE. Ô^J
fut connue, avant d'éclater, en plusieurs endroits de la Flapdre, de l'Allemagne, de la Suisse, et même en Italie. Le cardinal de Lorraine en fut averti par le cardinal de Granvelle, qui l'engageait à se tenir sur ses gardes. Le duc de Guise conduisit le roi du château de Blois dans celui d'Amboise, et rassembla des troupes à la hâte. Mais le$ conjurés ne se découragèrent point; seulement ils ajournèrent l'exécution de leur projet du 10 au 16 mars. Le jour désigné, ils marchèrent sur Amboise. La Renaudie fut tué d'un coup d'arquebuse; plusieurs de ses compagnons périrent les armes à la main, a H y en eut beaucoup qui furent pris et pendus; quelques-uns furent attachés aux créneaux du château, pour estonner les autres, de sorte qu'en moins de quatre à cinq jours, les conjurés et leurs adhérens qui estoient à la cour, et qui n'osoient dire mot, se trouvèrent bien loin de leur compte \ » La reine-mère, Catherine de Médicis, qui cherchait à opérer à son profit un rapprochement entre les deux partis, fit délivrer et renvoyer un assez grand nombre de conjurés.
Le duc de Guise, proclamé lieutenant général
du royaume, voulait en finir avec les protestai* t§f et donner à la France non pas seulement l'in-
(i) Cutflnau, liv. I, chap. 8.
quisition mitigée, telle que Henri II-«vait consenti à l'établir, mais l'inquisition espagnole dans toute sa pureté*. Heureusement il se rencontra un homme qui joignait le patriotisme à la science et la modération à la fermeté. Michel L'Hospital, qui venait d'être nommé chancelier par l'influence de la reine-mère, recueillit tout ce qu'il avait de force pour conjurer la guerre qui menaçait d'éclater. Par l'édit de Romorantin (mai i56o), le roi attribua aux évêques la connaissance du crime d'hérésie : a Interdisons à nos cours de parlement, baillis, sénéchaux et autres juges, d'entreprendre aucune connoissance du crime d'hérésie et de ne s'en mêler aucunement, sinon qu'ils n'en soient requis par les juges d'Eglise de leur prêter et bailler secours pour l'exécution de leurs ordonnances et jugements* » Cet édit préservait la
(i) Dès l'avènement de François II, le duc de Gobe était en correspondance avec le roi d'Espagne. U lui écrivait, le 4 février i56o : « J'obéirai toujours, sire, aux bons et louables conseils qu'il vous plaist me donner $ » et, quelques jours après, il écrivait encore : « Je ne saurois qu'ajouter si ce n'est vous asseurer que notre roy est si ferme et constant à l'entretenement de la foy catholique, qu'il ne fera ni permettra jamais en son royaume chose qui y contrevienne. « (Archives de Siraancas, citées par M. Capefigue, Hist. de la réforme , t. IL )
(a) Registres du Parlement, année x56o.
MICHE* l'hospital. 349
France de l'inquisition, c'est-à-dire d'un tribunal ecclésiastique dépendant de la cour de Rome; cependant c'était une grande concession faite au parti catholique. Le parlement n'enregistra ledit qu'avec peine, et avec des modifications par raplaïques, à qui la cour réserva le droit de foir devant le juge royal.
Dans ses remonstrances au parlement, prononcées le 5 juillet i56o, L'Hospital chercha à faire comprendre aux magistrats que ce n'étaient point les lois, encore moins la violence, qui pouvaient rétablir en France l'unité de religion : a Le remède doyt venir de plus grand lieu , par la main de Dieu et du concile universel qui est acheminé. Le pape l'a ordonné, et les princes l'ont accordé. Espère l'on bientost l'avoir. Jusque-là fault essayer à vivre doulcement... Le roi a faict comme les bons médecins qui souvent cognoissent les maladies sans cognoistre les causes d'icelles, et, ayant usé de quelques remèdes aigres qui n'ont proficté, prennent les doulx, et, ayant usé de choses chauldes qui ne profictent, appliquent les froides. »Le chancelier reprocha aux premiers ordres de l'Etat de ne point donner le bon exemple au peuple : a La noblesse et gens de guerre ne peuvent estre reteneus pour estre bien payés d'opprimer le peuple. De la justice, cette compaignye, qui est le principal siège,
35ô tiv. ut, cfiit». vîîi.
veoyt tous les jours les abbua des subalternes, ét n'est exempte de faultes. Ët l'Église, 'qui devroit préluyre, est cause du désordre de la religiôn pour
leurs mauvais exemples Le peuple est fort tnal
itistruiet, non-seulement aux villes, OÙ lâ malice estoît assez accoustumée, mais aux champs, 6u là simplicité souloit estre. Les vicaires rie leiii* parlent que de payer les dixmes et offrandes, êt fien des bonnes mœurs \»L'flospital présenta ensuite à l'enregistrement parlementaire un riouvet êdlt qui ordonnait la résidence aux évêquès, et qui contenait de sages dispositions sur le gouvernement des provinces.
Mais le parlement n'avait qu'une autorité impuissante pour remédier aux maux de l'Etat. LHospital convoqua à Fontainebleau une assemblée de notables, que le chancelier lui-même avait désignés dans les trois ordres. L'assemblée s'ouvrit le 2 1 août. Le roi de Navarre et le prince de Condé ne répondirent point à l'appel de la cour* ils" f estèrent dans le midi de la France, occupés à organiser les forces de leur parti. C'était l'amiral Coligny qui représentait les protestants. La première
(i)Remonstrances de M. le chancelier L'Hospital au parlement, touchant Testât du royaume, distribution de la justice et union entre les officiers d'icelle.
MICHEL t'ôOSPITAX. S5l
séance fat remplie par les discours du roi , dû chancelier et du duc de Guise. Le lendemain Coligriy s'approcha de François Iî, et, après avoir mis deux fois le genou en terre, il présenta au roi une pétition des huguenots de Normandie, qui demandaient la liberté de conscience. Lé cardinal dé Lorraine défendit les droits de la religion ca* tholique, et accusa l'esprit turbulent des réformés, qui ne voulaient obéir au roi qu'autant qu'il leur accorderait la liberté. Montluc, évéque de Valence, et Marillac, archevêque de Vienne, exprimèrent avec éloquence des opinions modéréës, et réclamèrent hautement la réforme des mœurs et la convocation d'un concile national1. Ils demandaient aussi les états-généraux: c'était le Vœu de la majorité, c'était celui de L'Hospîtal. Les états furent convoqués à Orléans pour le i3 décembre, malgré les Guise et malgré l'Espagne*. En attendant, les procédures devaient être sus-
(i) ï)e Thon, fîist., lib. XXV.
(a) Philippe II, qui était instruit par les Guise de tout ce qui se passait en France , était opposé i la convocation des Etats. Il faisait dire aux princes Lorrains : « Si tous voulez exterminer l'hérésie, il ne faut pas enfler le cœur aux hérétiques. Si tous voulez châtier les rebelles, je suis à votre disposition. (Instructions d'Antoine de Tolède, dans les Archives de Simancas. )
35» liv. m, chap. vni.
pendues contre les huguenots, excepté contre ceux qui prendraient les armes. Ce fut aussi dans l'assemblée de Fontainebleau que L'Hospital fit adopter le principe de différents édits qu'il méditait sur les évocations1, les arbitrages, et la création des juridictions consulaires, réformes importantes dont le chancelier développa lui-même les motifs dans son discours du 7 septembre au parlement de Paris.
Tandis que L'Hospital appelait à son aide l'autorité des mœurs et des lois, les Guise, s'entourant de la force militaire, assemblaient une armée à Orléans, où devaient se réunir les états. Le roi de Navarre et le prince de Condé cédèrent aux sollicitations de la cour , et se rendirent à Orléans malgré les conseils de Calvin. Au froid accueil qu'on leur fit et aux paroles sévères du roi , les deux princes comprirent qu'ils étaient trahis. Le prince de Condé, auquel les Guise n'avaient point pardonné la conjuration d'Amboise , fut arrêté et renvoyé devant le parle-
(1) Jusqu'à cette époque un jugement n'était exécutoire que dans le ressort du tribunal qui l'avait rendu. Ainsi un arrêt du parlement de Paris ne pouvait être exécuté dans le ressort du parlement de Dijon ou de tout autre sans une autorisation spéciale de ce parlement. L'édit des évocations était destiné à faire cesser cet abus.
MICHEL LHOSPITÀL. 353
ment. Ce tribunal instruisit en effet le procès ; mais le jugement fut rendu par une commission composée de huit chevaliers des ordres, de plusieurs pairs, présidents au parlement et maîtres des requêtes. Le prince fut condamné à mort le 26 novembre. Le chancelier L'Hospital ne voulut point signer l'arrêt, déclarant qu'il était prêt à mourir, mais non à se déshonorer; le président Guillard du Mortier et le comte de Sancerre imitèrent sa fermeté. Cet incident suspendit l'exécution de l'arrêt, et bientôt la mort de François II sauva le prince de Condé (5 décembre 1 f)6o) .
L'avénement de Charles IX fut celui du parti modéré, et ce prince, dont le nom nous rappelle aujourd'hui la Saint-Barthélémy, fut salué par les acclamations des huguenots. Les états s'ouvrirent à Orléans, le 1 3 décembre. Le parti des Guise avait vôufu s'opposer à cette réunion, prétendant que les députés, élus sous François II, n'avaient plus aucun pouvoir sous son successeur; mais L'Hospitalftt prévaloir ce principe quePautorité royale ne meurt point en France , et qu'elle passe du roi
défunt à son légitime successeur. Le chancelier fit l'ouverture des états par une harangue qui présente un tableau fidèle de la France à cette époque1. Il fit conférer à la reine-mère l'autorité
(i) L'Hospital parla, dans cette circonstance) en homme qui
354 Lrv» llh chàp. vin.
de régente, et le roi de Navarre fut nommé* lieiité-
nant général du royaume. Les états s'occupèrent dè
rétablir Tordre dans les finances : le trésor était grevé d'une dette qui excédait quarante-deux millions. L'Hospital, qui portait un œil attentif sur toutes les parties de l'administration publique, fit adopter à l'assemblée la célèbre ordonnance connue sous le nom d'ordonnance d'Orléans. Leséleclions ecclésiastiques étaient rétablies avec certaines restrictions : c'était toujours le roi qui nommait lesévéques, conformément au concordat; mais lès
savait concilier les prérogatives de la couronne avec les droits de la nation. « Aulcuns ont doubté s'il estoit utile et profitable aux roys de tenir les estats, disant que le roy diminue sa puissance, de prendre l'a d vis et conseil de ses subjects, et aussi qu'il se rend trop familier à eulz ; ce qui engendre mesprii et abaisse la majesté royale. Telle opinion me semble avdîr [feu de raison : premièrement, je dis qu'il n'y a acte tant digne d'ung roy et tant propre à luy, que tenir les estats, que donner audience générale à ses subjects et faire justice à c^scang. Les roys ont été eslus premièrement pour faire la justice, «t < n'est acte tant royal faire la guerre que faire justice.... Quant à la familiarité, elle n'a jamais nuy aux roys de France ; ains sont les plus obéis entre tous les roys. Les roys voisins sont servis à genoux et testes nues : sont ils mieulx obéys que les nostres ? Il faut baisser les yeux devant le Grand-Seigneur, comme l'on faisoit devant les roys de Perse : en est-il plus aimé de tes subjects?»
Michel l'hospital. 35à
fchapitres,assistés d'un certain nombre de notables, • présentaient une liste de candidats. Les armâtes étaient supprimées. En même temps les prélats étaient tenus à la résidence, et tous les ecdesias*. tiques en général astreints à une observation plus régulière des devoirs dé' lèû* ministèré. IA puissance des nobles était contenue dans de juste* limites, et le tiers-^tat soustrait à ce qui restait de l'arbitraire féodal. La répartition des impôts et leur emploi étaient soumis à un contrôlé plus rigoureux. Les frais de justice étaient réglés par un tarif uniforme, et des garanties étaient données aux justiciables contre l'ignorance et l'incapacité des magistrats1. v.
Les protestants respiraient, sous les auspices du parti modéré. Le prince de Condé avait été rétabli dans tous ses droits ; le parlement avait cassé l'arrêt rendu à la fin du règne précédent , et le .duc de Guise lui-même désavoua les poursuites qu'il avait ordonnées contre le prince. L'édit de juillet i56i, tout en déclarant illicites les assemblées religieuses des protestants, substitua le bannissement à la peiné de mort1. Les étatsgénéraux, prorogés à Orléans, se rouvrirent il
(i) Essai sur la vie et les ouvrages de Michel de L'HospiUL, par M. Dufey, de l'Yonne, (a) Au cas que le prévenu et accusé d'hérésie fust par les
356 liv. nr, chap. vin.
. Pantoise le i er août, et, dans les derniers jours du mois, vinrent terminer leurs opérations à Saint* Germain-en-Laye. La majorité des députés se montra favorable à la liberté de conscience \ Le colloque de Poissy fut convoqué vers la même époque, au lieu du concile général qui avait été demandé dans l'assemblée des notables et dans les étatsgénéraux. Catherine de Médicis* cherchait alors à concilier les partis, et paraissait disposée à établir en France une réforme modérée. Le 4 août ï56i, elle écrivît au pape Pie IV une lettre dont la rédaction fut attribuée a Montluc, évêque de Valence. Dans cette lettre, la reine insistait sur quelques abus à corriger dans la discipline ecclésiastique, et particulièrement sur la nécessité de célébrer l'office divin en langue vulgaire.
Les conférences avaient commencé à Poissy, le i" août, entre les prélats et les théologiens catholi-
juges d'Église délivré au bras séculier, en ce cas voulons que - nos juges royaux seuls procèdent contre lui, sans lui pou- ^ voir imposer plus griève peine que de lui interdire l'habitation de notre royaulme, le tout par manière de provision, eu
attendant le coucile général ou l'assemblée des prélats de notre royaulme (Édit enregistré au parlement le 3i juillet i56i).
( i) Discours de L'Hospital aux états* généraux, assemblés à Saint- Germain-en-Laye, le a6 août i56i. — Discours de Jacques Bretagne, vierçèf la cite d'Autun, au, nom du tiers-état,
COLLOQUE t)H HOISST.
ques. Leg septembre, douze ministres protestants, parmi lesquels on remarquait Théodore de Bèze, furent admis non pas dans l'enceinte, mais à la barre de l'assemblée. Le colloque s'ouvrit par un discours que prononça le jeune roi : « Messieurs, vous êtes advertis des troubles qui sont en ce royaulme sur le faict de la religion. C'est pourquoi je vous ai faict assembler en ce lieu à réformer les choses que vous verrez y estre à réformer, sans passion quelconque, ny regard aulcung de particulier intérest, mais seulement de l'honneur de Dieu, de l'acquit de vos consciences et du repoz public; ce que je désire tant, quej'ay délibéré que vous ne bougiez de*ce lieu jusqu'à ce que vous ayez donné si bon ordre, que mes subjects puissent désormais vivre en paix et union les ungs avec les aultres, comme j'espère que vous ferez.» Le chancelier prit ensuite la parole, et, regardant cette assemblée comme un véritable concile national, il prouva qu'elle était plus en état de remédier aux maux de (a.France que le concile général, attendu depuis si longtemps. H engagea les membres de l'assemblée à laisser de colé toutes subit liiez et curieuses disputes. « N'est besoing aussi de plusieurs livres, ains de bien entendre la parole <je Pieu , et se conformer à icelle le plus que Ton pourra- Onltre plus, cju'ilz. nçdpibvfpt
358 r iv. ni, chap. VUh
estimer ennemys ceulx qu'on dict de la nouvelle religion, qui sont chrestiens comme eulx et baptisez, et ne les condamner par préjudices, mais les appeler, chercher et rechercher, ne leur fermer la porte, ains les recevoir en toute doulceur et leurs enfants, sans user contre eulx d'aigreur et
opiniastreté S'ils jugent bien et sans affection,
ce qu'ilz discerneront sera gardé; mais s'il y a de l'avarice ou ambition, ou faulte de craincte de Dieu, rien ne s'en tiendra1.»
Des paroles aussi modérées ne pouvaient convenir au parti ultramontain. Apeine L'Hospital eutil fini de parler, que le cardinal de Tournon se leva furieux, et, appuyé du cardinal de Lorraine, demanda communication des paroles du chancelier, afin que Ton pût y répondre. Catherine de Médicis, qui assistait au colloque, refusa cette communication, et Théodore de Bèze prit la parole au nom des protestants. Il déclara que sa foi et celle
de ses frères était fondée sur l'Éçriture-Sainte. Il
confessa, selon le symbole.de Nicée, un seul Dieu en trois personnes consubstantielles. « Quant à la présence du Christ dans l'Eucharistie , nous croyons qu'ily est en esprit, mais quant à la ma-
(i) Discours de L'Hospital à l'assemblée de Poissy, 9 septembre 1 56 1 .
COLLOQUE DE POlSfY. . 35g
tière, il est éloigné du pain et du vin comme la terre lest du ciel1.» A ces mots, grande rumeur sur le banc des évêques ; on crie au blasphème, à l'hérésie. Il fallut que la reine interposât son autorité pour maintenir la parole à Théodore de Bèze. Le cardinal de Tournon lui répondit longuement, et le colloque n'amena aucun résultat. Le général des jésuites, Lainez, que le cardinal légat avait amené à l'assemblée, envenima encore la querelle, et osa attaquer jusqu'à la reine. 11 revendiqua pour le pape et pour le concile général le droit exclusif de décider les questions religieuses. Les conférences dégénérant en violentes disputes, on eut recours à une commission composée de cinq théologiens catholiques et de cinq ministres protestants, désignés par la reine-mère et le chancelier L'Hospital. Les premiers travaux de cette commission semblaient promettre un heureux rapprochement: on rédigea une profession de foi sur l'eucharistie, qui paraissait devoir concilier lé dogme romain et l'opinion calviniste; mais les prélats et les docteurs catholiques désavouèrent lemp commissaires, et le colloque fut définitivement rompu. Catherine de Médicis s'efforça
(i) Harangue de Théodore de Bèze, en l'assemblée de Poiuy.
3i6o LIV. III, CHAP. VIII.
de consoler, par un accueil bienveillant, les orateursdu parti protestant, et L'Hospitaî, poursuivant son œuvre de conciliation, fit rendre l'édit de janvier 1062. Les calvinistes devaient restituer les biens qu'ils avaient enlevés à l'Eglise, et s'abstenir de toute ligue ou assemblée secrète; mais ils avaient pleine liberté d'exercer leur culte hors de l'enceinte des villes, et même de tenir des synodes en prévenant l'autorité civile.
Les Guise étaient désormais dans l'opposition: ils blâmaient hautement les maximes de L'Hospitaî et de Catherine de Médicis. La jeune veuve dé François II, Marie Stuart, après avoir passé le temps de son deuil à Reims auprès du cardinal de Lorraine, avait quitté la France, le 1 5 août 1 56 1 , pour retourner dans son royaume d'Ecosse, qui lui semblait un lieu d'exil. Marie échappa aux embûches d'Elisabeth, et aborda à Leith après* quatre jours de navigation. Toute la population d'Edinburgh se pré- ' cipita au-devant de sa jeune souveraine, absente depuis treize ans. Le cœur joyeux et satisfait, elle monta sur le palefroi qui lui était destiné; mais à son entrée dans la ville, au milieu d^pivatei des cris de joie, elle aperçut quelques visages sinistres, et elle remarqua que les tentures dont les maisons étaient ornées représentaient lçs traits <Je r^nçieji-Testaroenf r^lifs m châtiment des
Église presjjy riRinruE. 56 1
infidèles, tels que Samuel immolant le roi des Amalécitesj Elie faisant mourir les prêtres de Baal, Jézabel déchirée par les chiens. Ces tableaux disaient assez haut quels changements s'étaient opérés en Ecosse pendant l'absence de Marie Stuart. Où la reine avait laissé d'antiques églises et de riches abbayes, elle ne retrouvait que des ruines. Un protestant exalté, Jean Knox, naguère exilé par les catholiques, était revenu de Genève, où il avait encore forliûé son zèle parmi les disciples de Calvin. A sa voix, le peuple avait brisé les images, dispersé les reliques, démoli les temples. «Frappez, disait Knox, il faut écraser le nid pour faire périr la couvée.» Ces malheureux avaient détruit non-sëulement les temples, mais les bibliothèques , les archives et jusqu'aux tombeaux , comme des monuments d'idolâtrie \
Plusieurs causes avaient favorisé en Ecosse le triomphe de la réforme, l'avènement d'Elisabeth au trône d'Angleterre, la mort delà régente, Marie de Lorraine, et le rappel des troupes françaises à la mort de Frauçois II. Les principaux lords écossais, avides d'envahir les biens ecclésiastiques, avaient formé ensemble une congrégation secrète, la con* grégation de Jésus, qui devait anéantir celle de
36a LIV. III, CHAP. VIII.
Satan, c'est-à-dire l'Eglise catholique. Mais ce notait point assez d'accumuler des ruines; il fallait élever un édifice nouveau. Knox avait fondé l'Eglise presbytérienne (i56o). Cette Eglise, à l'exemple de celle de Genève, ne reconnaissait point d'évêques, pour conserver, disait-on, l'égalité chrétienne. Cependant, comme il faut toujours des chefs, sous un nom ou sous un autre, on créa des surintendants, chargés de veiller sur la doctrine et sur la conduite du clergé inférieur; mais ces surintendants ne siégeaient point au parlement, et n'avaient ni le pouvoir ni les revenus des* anciens évêques. Enfin, pour compléter son ouvrage et pour Je perpétuer, Knox venait de composer un traité de discipline et de juridiction ecclésiastique, et le parlement avait approuvé cet .ouvrage comme le symbole de l'Eglise Ecossaise.
Tel était l'ennemi contre lequel Marie Stuart avait à lutter, quand elle revint dans ses Etats, animée de l'esprit des Guise et plus attachée que jamais à la foi romaine. Le lendemain de son arrivée, quand elle voulut entendre la messe dans sa chapelle, on pensa tuer son aumônier jusque sous ses yeux. On criait à l'idolâtrie; on disait en chaire qu'une messe était plus à craindre qu'une armée de dix mille hommes. Knox, qui ne désignait la reine que sous le nom de Jézabel, se glo-