BATAILLE DÉ DREUX
Condé dans les plaines de Dreux. Catherine de Médicis n'avait point voulu signer Tordre de livrer bataille; elle avait déclaré qu'elle s'en rapportait a la valeur et à la prudence du chef de l'armée. Les deux partis étaient aux prises, se faisant une guerre à outrance, ne recevant la loi de personne, et le gouvernement, tombé sous le joug des plus forts, faisait de vains efforts pour rétablir la paix publique et sa propre indépendance.
Le duc de Guise veut poursuivre sa victoire, et ensevelir le parti protestant sous les ruines d'Orléans; mais il tombe sous les murs de cette ville, le a3 février i563, frappé en trahison par un calviniste, Jean Poltrot de Méré. A cette nouvelle, le découragement s'empara du parti catholique. Les plus exaltés parmi les protestants, ceux qui recevaient le mot d'ordre de Genève, et à .leur tête l'amiral Coligny, voulaient profiter de la . mort du duc de Guise et continuer la guerre.Condé, qui avait .été fait prisonnier à la bataille de Dreux, prêta l'oreille aux propositions de la reine et du chancelier; il signa la convention à? Âmboise, le 19 mars i563. Ce traité modifiait sur plusieurs points l'édit de janvier : l'exercice de la religion réformée était interdit dans la ville, prévostè et vicomté de Paris; cependant nul ne pouvait y être inquiété pour ses opinions religieuses'. Le
nouveau culle était permis daps certaines villes désignées et dans l'intérieur des châteaux *. Le traité conclu, l'armée royale enlève le Havre aux Anglais; Condé et quelques protestants modérés servirent comme volontaires dans cette expédition.
Pendant que lès deux religions transigeaient en France, le concile général, qui s'était rouvert à Trente le 18 janvier i56a, travaillait à'rétablir la domination exclusive de l'Eglise catholique. Il 'termina ses opérations à la fin de décembre 1 563. Les canons du» concile , cou firmes par la bulle pontificale du 26 janvier i564, furent adoptés sans difficulté en» Pologne, en Portugal, dans la république de Venise et dans les petits Etats de l'Italie. Ils ne furent point admis en France, parce qu'ils dérogeaient aux maximes de l'Eglise gallicane L'Espagne le$ reçut avec quelques restric-
(1) Édit du roi Charles IX 6ur la pacification des troubles du royaume, 19 mars 1 563, ap. Fontanon.
(a) A la réouverture du concile, Catherine de Médicis avait désigné, pour y représenter la France, Saint-Gelais de Lansac, le président du Ferrier et le sieur de Pibrac. Ces hommes, tous pénétres des idées de L'Hospital, répétaient les maximes des conciles de Constance et de Bâle, et réclamaient une réforme dans la discipline et dans les mœurs; mais leur vois fut étouffée par la majorité des prélats, dévouée aux maximes nitramontaines. •
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tions qui mettaient à couvert le droit des princes, et Philippe II les fit publier dans son royaume de NapJes et dans les Pays-Bas.
L'Espagne avait conservé l'unité religieuse, grâce au glaive terrible dont elle avait armé l'inquisition; mais le calvinisme avait pénétré dans les Pays-Bas, surtout dans les provinces bataves. Charles-Quint n'avait établi dans ce pays que des commissaires, qui mettaient de l'humanité dans les procédures ecclésiastiques; Philippe 11 y transporta l'inquisition espagnole. Il épuisa les ressources financières des Pays-Bas, en créant de nouveaux sièges épiscopaux, c'est-à-dire en multipliant les pasteurs à mesure que le nombre des fidèles diminuait. Enfin il mit le comble à l'irritation publique, en faisant publier comme lois de l'Etat les décrets du concile de Trente. De là des symptômes de révolution, non pas seulement religieuse, mais politique. Les classes les plus pauvres, les habitants des côtes et ceux des bois, adoptèrent avidement la foi nouvelle, et lès plus grands seigneurs du pays, le cointc d'Egmont, le comte de Horn, et le prince d'Orange, Guillaume de Nassau, se mirent à la tête de la ligue, pour s'affranchir du joug espagnol. Philippe II, qui n'avait pas voulu écouter de réclamations, fut réduit à envoyer une armée pour combattre les rebelles,
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et ces rebelles devinrent bientôt formidables. En vain un courtisan de la vice-reine, croyant qu'il était aussi aisé de les vaincre que de les flétrir, laissa tomber sur eux l'épi ibète de guèux : ils la ramassèrent pour s'en faire un tropbée ; dès ce moment, ils se désignèrent eu* -mêmes sous ce nom; ils prirent pour insignes une besace et une écuelle de bois, et Ces gueux s'apprêtèrent à tenir téte aux grands d'Espagne, à conquérir ia li* berté de éonscierice et à fonder la république ba» tave1* C'était en i566 qu'éclatait cette insurreo tion* si funeste à la monarchie espagnole.
Les révoltés avaient compté 6ur l'alliance do l'Angleterre et sur l'appui des protestants français. Calvin était mort à Genève, le 07 mai i564; mais partout ses partisans s'armaient pour faire triompher sa doctrine» En Ecosse, les puritains, secrètement soutenus par Elisabeth, s'agitaient contre Marie Stuart» Cette reine infortunée avait épousé en secondes noces le jeune Darnley, son cousin, qui par son père descendait des rois d'Ecosse et par sa mère de cflix d'Angleterre. Mais bientôt elle le trouva indigne d'elle, et se laissa aller à ces faiblesses de cœur qui furent aussi une des causes de sa ruine. Qui ne sait la tragique aventure