‹ Histoire de l'Europe au 16e siècleChapitre 66 sur 119 · CAPTIVITÉ DE M A. RIE STDART. 57 I · texte numérisé non relu

CAPTIVITÉ DE M A. RIE STDART. 57 I

de Rizzio, la mort soudaine de Darnley, et ce troisième mariage contracté avec Bothwetl sous de sinistres auspices? La noblesse écossaise et le parti puritajn se soulevèrent pour venger Darnley. Dans ce moment critique, Marie se vit abandonnée de ses sujets, et, tandis que Botbwell allait faire le métier de pirate dans les Orcades et de là en Norvège, où il mourut, la reine fut enfermée dans un château-fort, situé au milieu du lac Leven \ Cependant elle parvint à s'échapper; libre, elle réunit une armée de six mille nommes; mais elle fut vaincue à Langside. Ses amis lui conseillaient de se retirer en France; elle aima mieux, se confier à son implacable ennemie ; elle monta sur une barque de pêcheur, et aborda dans le Cumberland, sur le territoire anglais ( 1 568 ). Le jeune fils de Marie restait en otage aux mains des puritains, qui gouvernaient l'Ecosse sous la tutelle d'Elisabeth.

Les calvinistes français s'étaient plaints des restrictions apportées à l'édit d'Amboise*. Coligny

(i) Il y a quelques années, en desséchant une partie du lac Leven, on a trouvé un sceptre d'ivoire, orné d'argent, avec cette inscription : Mary Queen nf Scotland.

(a) Dans l'édit de Roussillon, donné le 9 avril 1 564, le roi déclara qu'il avait entendu permellre aux gentilshommes buguenots d'exercer leur religion en leurs châteaux pour eux, pour leur famille et pour leura sujets seulement. 11 leur était

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avait toujours désapprouvé la paix, et Condé regrettait de l'avoir signée. En 1 565, il y avait eu à Bayonne une entrevue entre Catherine de Médicis et le duc d'Albe, représentant du roi d'Espagne. La politique modérée de la reine- mère s'était trouvée en contact avec le système impitoyable du gouvernement espagnol, et Ton prétendait qu'au milieu des fêtes et des tournois, il avait été résolu d'exterminer l'hérésie en France et dans les Pays-Bas. Les protestants coururent aux armes les premiers, et tentèrent de surprendre le jeune roi dans le château de Monceaux; mais la reine déroba son fils à leurs embûches, et les deux partis en vinrent aux mains dans la plaine de Saint- Denis, le 10 novembre 1067. !^es catholiques furent vainqueurs; mais le maréchal de Vieilleville voyait au fond des choses, quand il disait à Charles IX : « Ce n'est point Votre Majesté quia gagné la bataille, encore moins le prince de Condé; c'est le roi d'Espagne.» Le connétable de Montmorency avait été tué dans l'action par l'Ecossais Robert Stuart. Les calvinistes se retirèrent en Lorraine, où ils reçurent des secours de l'Allemagne. Après

défendu d'y admettre aucun étranger, comme aussi de lever des impôts pour l'entretien de leur culte et d'assembler des synodes.

TERREUR DANS LES PAYS-BAS* 3j5

avoir vainement assiégé Chartres, ils prêtèrent l'oreille aux propositions de Catherine, et, par l'édit de Longjumeau , donné le i mars 1 568 ^ ife obtinrent la liberté religieuse, telle que l'édit de janvier l'avait établie sixuas auparavant.

Dans les Pays-Bas, la rffci me était comprimée par la terreur. Aux approches du duc d'Albe , le prince d'Orange s'était retiré en pays étranger. Il avait engagé le comte d'Egmont à l'accompagner ; mais celui-ci n'avait pas voulu s'expatrier, parce que les biens des émigrés devaient êlre confisqués. Il avait même cherché à retenir le prince d'Orange par cette considération; mais Guillaume exposait prudemment ses biens pour mettre sa vie en sûreté. Adieu prince sans terre , lui avait dit le comte d'Egmont, en souriant. Adieu comte sans téle, avait répliqué le prince d'Orange; et cette plaisanterie de sinistre augure ne larda pas à se réaliser. Cent mille Flamands émigrèrent avec Guillaume de Nassau, et, comme plus tard les protestants français bannis par Louis XIV, allèrent porter dans les pays voisins leurs trésors et leur industrie. Le duc d'Albe se hâta d'instituer le Conseil des troubles, que les Brabançons nommèrent le conseil de sang: c'était une commission chargée de juger ou plutôt de condamner tous ceux qui avaient appartenu de 'près ou de loin à ce qu'on

appelait la gueuserie. On frappa non-seulement ceux qui avaient fréquenté les prêches, contribué à Fentretien des ministres et à la construction des temples , mais ceux même qui avaient logé des protestants ou entre terni avec eux les correspondances les plus innocSPes. Il y en avait aussi que leurs grands biens faisaient nécessairement condamner comme hérétiques. Environ trente mille personnes furent ruinées par des confiscations; dix-huit mille furent condamnées à mort et exécutées*.

Mais ce n'était point assez pour le duc d'Àlbe de ces victimes obscures, quelque nombreuses qu elles fussent : il voulait frapper les liantes tèies du parti. Deux ans auparavant, à l'entrevue de Bayonne, on lavait entendu dire a Catherine de Médicis, que la téte d'un saumon valait mieux que celles de cent grenouilles. Il invita Je comte d Egmont à une fêle qu'il donnait au milieu des échafauds. D'Egmont, con fiant parce qu'il était loyal, et se croyant d'ailleurs assez protégé par la gloire de Gravelines et de Saint-Quentin, se rendit à cette fête en toute sécurité. 11 oubliait que, dans les temps de guerres civiles, les partis ne pardonnent pas, en faveur des plus

( i) Schiller, But. de ItoiorrfceJio» d* Pày»^.*.

GUttXÀUMI D* VAS4A.T7. 5^5

grands services, le plus léger signe d'hostilité. U fut arrêté au milieu de la fête, condamné a mort parle Conseil des troubles, et exécgté après avoir langui sept mois au château d'Anvers. Le comte de Horn i arrêté et condamné en même temps que lui, monta le même jour sur l'échafaud. D'Egmont, ne démentant point son caractère» avait espéré jusqu'au dernier moment; il avait Cru qu'on ne voulait que l'e/f rayer de l'appareil de la mort, et, au moment fatal, il se tourna vers le capitaine espagnol qui présidait à l'exécution, pour lui demander s'il n'avait point de grâce à espérer. Romero (c'était le nom du capitaine) baissa tristement les yeux, et se tut. Le comte s'a* geaouilia, et se mit à prier, L'évéque d'Ypres Tas* awtaitcomme cotifcssetar; car d'Kgmont, quoiqu'il eût réclamé la liberté pour les protestants, déclara qu'il mourait catholique. Le prélat lut donna le crucifix à baiser, et tout fut fini.

Il restait aux Pays-Bas, pour le triomphe de lu liberté civile et religieuse, un homme moins brillant que le^comte d'Eginont, moins vaillant peutêtre dans les combats , mais excellent tacticien et politique profond, Guillaume de Nassau, qui avait dérobé sa tête aux bourreaux espagnols. « Cétait, dit Schiller, un de ces hommes pâles et maigres qui ne ««reposent point la nuit, qui ne vivent que

pour penser, et devant lesquels chancellent les hommes les plus intrépides.... Ses projets étaient lents à mûrir, mais l'exécution en était assurée, parce qu'il avait prévu d'avance tous les obstacles qu'il devait rencontrer. Son âme ardente et active se cachait sous une physionomie toujours égale, et restait impénétrable à l'artifice comme à la confiance : on l'avait surnommé le Taciturne1. » Avec un tel caractère et les ressources que lui donnaient sa position dans les Pays-Bas et ses rapports avec l'Altemagne, il eut bientôt une armée de vingt mille hommes à opposer aux Espagnols. II possédait des terres considérables dans le Brabant, et, dans ce pays d'ancienne liberté, la constitution déliait les citoyens de toute obligation envers le prince, aussitôt que le prince s'affranchissait luimême de ses obligations envers les citoyens. Guillaume se servit de cette clause pour faire légalement la guerre au roi d'Espagne. Vaincu deux fois par les vieilles bandes de Charles-Quint, que Philippe II avait placées sous les ordres du duc d'Albe, il fut réduit à se retirer en Allemagne; mais les affaires de Belgique n'étaient point terminées. Le cardinal de Granvelle, qui avait gouverné les Pays-Bas au commencement de la révolte,

(i) Schiller, Histoire de l'insurrection des Pays-Ba§.

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