DON CARLOS. Ô
apprenant les succès du duc d'Albe et les victoires des Espagnols, demanda si Ton avait pris le Taciturne. — JNon. — En ce cas , il n'y a rien de fait.
Pendant que la domination espagnole se rétablissait dans les provinces du Nord, il se passait en Espagne, dans l'intérieur de la famille royale, une sombre et mystérieuse tragédie. Le \L\ janvier i568, le roi envoya Tordre à toutes les églises et à tous les couvents de Madrid de faire des prières, afin d'obtenir de Dieu assistance et inspiration pour un projet qu'il méditait dans son cœur. Dans la nuit du 18, le roi entra tout à coup dans la chambre de son fils don Carlos, trouva dans le lit du prince un pistolet chargé, s'empara de ses papiers, et le fit garder à vue \ Don Carlos resta prisonnier jusqu'à sa mort, c'est-à-dire jusqu'au i[\ juillet de la même année. On ne savait à quelles* causes attribuer cette captivité et cette mort, et ce double événement est encore une énigme pour l'histoire. Les écrivains français ont généralement pensé que don Carlos, jadis fiancé à Elisabeth de Valois, n'avait point cessé de l'aimer, et que la reine répondait à cet amour. Cette opi- 1 * • * • *
(1) Correspondance de Fourquevaulx, ambassadeur français en Espagne, jtp. Raumer, Lettres historiques sur les
seisième et dix-septième siècles.
07" LJV. m, CHAP. TIII.
nion, dont la poésie dramatique s'est emparée, ne repose sur aucune preuve historique. Les auteurs protestants ont expliqué les faits d'une autre façon. Philippe II élait pour eux le type de l'intolérance et du despotisme; ils ont fait du fi|g un prince éclairé, tolérant, lihéral, dans toute la moderne acception du mot. A les en croire, Carlos * avait toujours manifesté sa sym[>alhie pour les calvinistes persécutés; il brûlait de secouer le joug de plomb qui pesait sur sa jeunesse, et de se créer dans les Pays-Bas une souveraineté indépendante. Ces projets furent découverts; Philippe livra son fils à l'inquisition, et don Carlos fut étranglé dans les cachots du Saint-Office. Cette seconde version n'est pas mieux prouvée que la première.
Très peu de jours après l'arrestation de son fils, Philippe II écrivait à l'impératrice sa sœur qù*H avait dû faire enfermer Carlos dans l'intérêt du royaume et dans l'intérêt même de l'Infant. Vers la même époque, il écrivait au pape Pie V que, dès la plus tendre jeunesse, la force d'un naturel \icieux avait étouffé dans Carlos toutes les instructions paternelles. Le roi dit , en présence de l'ambassadeur français, que son fils avait l'esprit dérangé, qu'il devait être interdit et déclaré incapable de succéder au trône. En effet, don Carlos