‹ Histoire de l'Europe au 16e siècleChapitre 69 sur 119 · DESTRUCTION DES MAURES · texte numérisé non relu

DESTRUCTION DES MAURES

mes, enfants, vieillards, tout fut massacré sans pitié, et ce qui échappa au glaive fut vendu comme esclave \

En France, les passions religieuses eurent bientôt rompu la paix conclue à Longjumeau , la petite paix ou la paix fourrée, comme on Appelait. Le pape Pie V engageait tous les princes catholiques à déclarer la guerre à l'hérésie; il écrivait à Charles IX qu'il ne fallait en aucune façon et sous aucun prétexte faire grâce aux ennemis de Dieu '. Ce pontife se flattait de rétablir l'autorité absolue du Saint-Siège : il publia en i568 la bulle In cœnâ Domini, par laquelle il excommuniait quiconque accordait aux conciles généraux une autorité supérieure à celle du pape ; il menaçait en même temps tout prince ou tout gouvernement qui exigerait des ecclésiastiques quelque contribution que ce fût. Cette bulle fut rejetée en France, même par les catholiques, et, en i58o, au milieu de la lutte religieuse, un arrêt du parlement déclara traître et criminel de lèse-majesté tout évêque français qui la publierait dans son diocèse.

(1) ferreras, Hist. d'Espagne.

(a) Nullo modo nullisque de causis hostibus Dei parcendam est ( Epist. Pii V ad Carol. IX.)

38a lit. in , chàp. vin.

Sans céder à toutes les exigences de la cour de Rome, le gouvernement français était redevenu hostile aux protestants. Un édit royal interdit toute fonction judiciaire et toute espèce d'emploi public à ceux de la religion réformée, et le parlement, en vérifiant cet édit, ajouta a que tous ceux qui à l'avenir seraient reçus ès offices royaux, jureraient de viv re et de mourir dans la religion catholique, apostolique et romaine. » Le prince de Condé et l'amiral de Coligny, menacés dans leur liberté, avaient mis leur parti souslesarmes. L'Hospital sortit du conseil, et avec lui la tolérance et la modération. On fut effrayé de sa retraite, même parmi ses ennemis*. Laduchesse douairière de Guise, Anne d'Esté, écrivait en apprenant cette nouvelle : a Nous avons esté bien marrves du faict de monsieur le chancelier ; mais, à ce que nous sentons, il a eu grand tort. Or, Dieu veuille avoir pitié de nous et de ce pauvre royaume ! »

(1 ) Au milieu des troubles religieux, L'Hospital avait poursuivi la réforme de la législation civile. En i566, il avait donné la célèbre Ordonnance de Moulins, qui assurait les droits des créanciers et des mineurs, réglait les donations et les testaments, limitait les substitutions, et supprimait ufi grand nombre d'abus dans l'administration de la justice. L'ordonnance de Moulins abolissait aussi certaines confréries religieuses, instituées dans les classes inférieures du peuple. Les parle-

BATAILLES DE JARVAC ET DE MOICCONTOUH. 583

En effet, il n'y avait plus ni lois ni traités : tout était abandonné à la fortune des combats.

La religion du plus grand nombre triompha à Jarnac, le i3 mars i5Gt). Le prince de Condé périt dans celte bataille, tué ou plutôt assassiné par Montesquiou. Coligny rallia les débris de l'armée, et, quelques mois après, obtint un faible avantage en Limousin, près de La Roche-l'Abeille (s5 juin). Il avait reçu des renforts d'Allemagne et des Pays-Bas. Guillaume d'Orange combattait dans les rangs des calvinistes, et ce fut à La l\oche-l'Abeille que le jeune prince de Bi'arn , âgé de seize ans, fit ses premières armes. Les réformés, après avoir vainement assiégé Poitiers, furent défaits à Moncontour (3 octobre ) par le duc d'Anjou, le vainqueur de Jarnac. Quelques jours auparavant, le 27 septembre, le parlement de Paris avait rendu contre Coligny une sentence de mort. L a bataille de Moncontour fut décisive, et Philippe II, par l'intermédiaire de son ambassadeur, don Henriquez, engagea le roi de France à profiter de sa victoire pour détruire les hérétiques

roents du Midi refusèrent d'enregistrer cet article. — Voyes sur le Chancelier de L'Hospilal le beau travail de M. Villemain, et l'éloquent discours prononce en i836, à la rentrés de la cour de Cassation, par AI. le procureur général Dupin.

384 LIV- in? chap. vin.

jusqu'au dernier \ Le pape Pie V conseillait aussi la rigueur au gouvernement français; il écrivait à Catherine de Médicis qu'il ne pouvait y avoir aucune paix, aucune trêve entre Satan et les fils de la Lumière \

Le traité de Saint-Germain fut conclu le 8 août 1 570 , malgré Rome et malgré l'Espagne. Les calvinistes obtinrent la pleine et entière liberté de leur culte dans deux localités par chaque gouvernement de province. Aucun synode ou réunion huguenote ne pouvait avoir lieu dans un rayon à dix lieues de Paris. Les protestants pouvaient aspirer à toutes les charges du royaume. On leur donnait la faculté , en cas de procès avec les catholiques r de récuser jusqua six conseillers. Enfin, comme garanties de ces concessions, plusieurs places de sûreté leur étaient abandonnées: La Rochelle, Cognac, Montauban, et la Charité-sur-Loire. Les Etats catholiques, tels que

(1) Mémoires de Lanoue, chap. XXVI. — Mémoires de Sauli-Tavannes, ltv. I.

(a) Compertum nobis est nullam esse Satan* corn filiis lacis communionem; ita inter catholicos quidem et hasrëticos nullam compositionem, nisi fictam fallaciisque plenissiniam , fieri posse pro certo habemus. (Lcftre de Pie V à Catherine de Médicis, 29 janvier 1570, extraite des archives du Vatican, ap. Capefigue, Hist de U Réforme, t it)

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