DU WORD 1T DX L'ORIENT
t . ■ . f 'Espagne, s'indignèrent de la conclusion
de la paix. Pie V ne pouvâit comprendre que le
fils aine de l'Église, que le roi très chrétien eût
consenti à recevoir la loi des hérétiques. Mais les
Etats protestants d'Allemagne, l'électeur de Saxe,
le marquis de Brandebourg, les landgraves de
Hesse félicitaient Catherine et Charles IX. L'édit
de Votre Majesté, écrivaient-ils au roi, est pour la France ce que la capitulation de Passa w a été pour la Germanie1, a Enfin, dit Pasquier, la paix a été conclue et publiée à notre cour de Parlement. C'est finir par ou nous devions commencer, si nous eussions été bien sages. Mais en telles affaires, il nous en prend comme des procès, aux* quels il ne faut jamais parler d'accord que nous n'ayons premièrement espuisé le fond de nos bourses \ »
L'Europe, si agitée à l'occident dans la dernière moitié du xvi* siècle, n'était guère plus tranquille au nord et à l'orient. L'Allemagne s'était reposée quelques années, grâce à la paix d'Augsbourg; mais, dès le règne de Maximilien 11, qui avait succédé à Ferdinand en i56/|, on put prévoir entre les divers Etats de l'empire une nou-
(i) Manuscrits Colbert, Hist. de la Réforme, t. II. (a) Etienne Pasquier, Lettre à M. de Fonssomme.
386 uv. in, chap, toi.
velle lutte religieuse. Le calvinisme s'était ÎDtro» duit dans le Palatinat, dans plusieurs villes impériales des bords du Rhin , et même dans certaines parties des Etats héréditaires de la maison d'Autriche. Les luthériens ne voulaient point partager avec ces nouveaux réformés les libertés qu'ils avaient conquises, et la diète de i56G déclara formellement que la religion catholique et la religion luthérienne seraient seules reconnues en Allemagne.
Les deux couronnes qui se partageaient les Etats Scandinaves , la couronne de Suède et celle de Danemark > étaient restées unies tant qu'elles avaient été menacées par un ennemi commun r l'empereur Charles-Quint ; mais en 1 563 l'ancienne rivalité se réveilla, et la guerre dura jusqu'au traité de Stetlin, conclu en 1570 sous la médiation de la France. L'objet du débat, la Scanie, la Blekingie et Vile de Gothlaod restèrent défini* tivement aux Danois1. Vers la même époque, la Suède, la Pologne et la Russie se disputaient la Livonie. En t56r„ le grand-maître des chevaliers Porte-glaive, Gotthard Kettler, conclut avec la Pologne le traité de Wilna, qui constituait pour lui la Courlande et la Sémigaile en duché hérédi-
(1) Mallet, Hîst. dû Danemarck.
DÎT WORD ET DE l'oRIENT.
taire, sous la suzeraineté de la Pologne. Mais l'archevêque de Riga, qui avait encore sous sa dépendance la partie orientale de la Livonie, réclama la protection de la Suède. Le Tzar Ivan IV intervint dans la querelle, pour la terminer à son profil, et la Livonie devint pour les peuples du Nord ce que le Milanais avait été pour ceux de l'Europe occidentale, une cause de guerre et un champ de bataille.
Les Turcs laissaient enfin respirer la Hongrie. Soliman avait lutté jusqu'au dernier soupir contre la maison d'Autriche ; mais Soliman était mort le 3o août i566, et Sélim 11, son fils et son successeur, avait conclu une trêve de huit ans avec Maximilien II. Le nouveau sultan cherchait à s'agrandir aux dépens de la Perse, du côté de l'oiient. Il faisait creuser un canal qui devait unir le Don et le Volga, la mer d'Azof et la mer Caspienne. En même temps, les Turcs continuaient leurs progrès sur la Méditerranée et sur le littoral de l'Afrique. Déjà, avant la mort de Soliman, ils s'étaient emparés de Tripoli (i55i). Dix ans plus tard, les efforts de Philippe II avaient échoué contre cette place, où commandait Dragut, digne successeur de Barberousse. Cependant Malte, le dernier asile des chevaliers de Saint- Jean de Jérusalem, arrêtait les Ottomans sur les
côtes de l'Afrique, comme autrefois Rhodes les avait arrêtés sur les côtes de l'Asie-Mineure. Les chevaliers s'étaient emparés du galion des sultanes, entre Zante et Céphalonie. Dragut vint mourir en assiégeant Malle, héroïquement défendue par La Valette (i 565). En 1 566 , les Turcs prirent File de Chio sur les Génois, qui en étaient maîtres depuis plus de deux siècles. En ^70, ils enlevèrent l'île de Chypre aux Vénitiens : c'était tout ce qui restait à la république de son ancienne puissance en Orient.
La conquête de l'île de Chypre et les cruautés dont elle avait été accompagnée portèrent dans toute l'Europe l'indignation et l'effroi. Les villes avaient élé livrées à l'incendie et au pillage. Plus de vingt mille chrétiens avaient péri dans le désastre. Le gouverneur vénitien de Famagosta, Bragadino, avait été écorché vif, malgré le texte formel d'une capitulation que le général turc, Mustapha pacha, avait signée*. Mais il y avait alors à la tête de l'Église romaine un pape plein de courage et d'énergie , qui ne se borna pas comme ses prédécesseurs à prêcher la croisade en beau latin, mais qui osa la faire lui-même, et opposer les galères pontificales , jusque-là si hum-
(1) Hâmmer, Hist. de l'Empire ottoman, Jiv. XXXVI.
BATAILLE DE UÉPAHTE. 38g
bles et si timides, à la marine victorieuse des Ottomans. C était Pie V, que nous avons vu si ardent contre les réformés, mais qui mérita bien de l'Europe chrétien ne -lorsqu'il tenta de s'opposer aux progrès des Musulmans. Il ne pouvait lutter seul contre de tels ennemis; mais quels alliés trouver eu Europe, dans un temps où la plupart des Etats étaient divisés par des querelles religieuses? Venise et Philippe II se présentèrent. Venise avait à se venger de l'affront que lui avaient fait les Turcs par la conquête de l'île de Chypre, et Philippe II tenait à honneur de combattre partout pour la foi catholique. D'ailleurs , le progrès maritime des Ottomans commençait à menacer non - seulement ses possessions d'Afrique, mais ses Etats d'Espagne et d'Italie.
L'expédition chrétienne fut prête comme par enchantement. Le 26 mai 1571 , un traité avait été conclu entre le pape, le roi d'Espagne et la république de Venise, et, le a5 septembre, don Juan d'Autriche appareilla du port de Messine, avec soixante-dix galères d'Espagne, six de Malte et trois de Savoie. Cette flotte fut bientôt renforcée par douze galères du pape et par l'escadre vénitienne , qui se composait de cent huit galères et de six galéasses' Les navires vénitiens étaient
(1) Hammer, Hiit. do l'Empire ottoman, liv. XXXVI.
3go m. m, cnkp. vm.
commandés par Sébastien Veniero, dont la ftmille était accoutumée à donner des doges à la république. La flotte du pape obéissait à Marco-Antonio Colonna , d'une maison qui avait autrefois défendu contre le Saint-Siège la féodalité romaine. Mais le commandement suprême de toutes ces forces navales appartenait à don Juan , ce frère naturel de Philippe, qui venait d'exterminer les Maures en Espagne. Cependant la flotte ottomane était à elle seule plus forte que les trois escadres chrétiennes : elle comptait environ trois cents voiles. Les deux armées se rencontrèrent le 7 octobre dans le golfe de Lé pan te, à peu de distance de Corinthe. Là, comme autrefois à la bataille d Actium, la fortune allait décider, sur les mers de la Grèce, entre le génie de l'Orient et celui de l'Occident.
Les deux flottes se combattirent avec toutes les armes réunies de l'antiquité et des temps modernes. Ainsi que les sabres, les mousquets et les canons , on employa les lances , les flèches et les longs javelots. On se servit des crampons et des ponts volants qui avaient donné l'avantage aux Romains dans leurs premières batailles navales, et; la plupart des galères étant ainsi accrochées, les soldats luttèrent corps à corps comme sur un champ de bataille. Don Juan et V«uiero vou-