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CHAPITRE IX

Fondation de la république des ProYÎnces- Unies. — Massacre de la Saint- Barthélémy. — Henri de Valois roi de Pologne. —Mort de Charles IX. — Nouvelles guerres de religion en France et dans les Pays-Bas.— Organisation de la Ligue. — Procès et mort de Marie Stuart. — Guerre entre l'Espagne et l'Angleterre. — Destruction de la flotte invincible. — Etats de Blois — Mort de MM. de Guise et de Henri III.

— Lutte de Henri IV contre la Ligue et l'Espagne. — Entrée du roi dans Paris. — Pacification des provinces

Édit de Nantes.— Traité de Vervins. — Etat de l'Europe à la fin du seizième siècle.

Philippe II, après avoir illustré son règne en triomphant de l'islamisme, continuait à troubler la France et à opprimer les Pays-Bas; mais la paix de Saint-Germain contrariait ses desseins. Les chefs des huguenots avaient mis bas les armes; ils se rendaient en foule à Paris pour assister au mariage du prince de Béarn et de Marguerite de Valois, mariage qui avait été proposé par Charles IX et Catherine de Médicis comme le gage de la réconciliation des partis. Le vent de la cour paraissait alors si favorable aux protestants, qu'on y parlait

RÉPUBLIQUE BATAVE. 3o,3

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assez librement du pape, qui hésitait à approuver * l'union projetée. Charles JX disait avec sa familiarité ordinaire : « Si le pape fait trop la beste, je prendrai Margot par la main, et la mènerai espouser en plein presche1*.

Guillaume de Nassau, après avoir pris part aux dernières luttes des calvinistes, avait profité de la paix de Saint-Germain pour rester en France. Il était lié avec les chefs du parti, et particulièrement avec Coligny, qui s'intéressait vivement à la liberté des Pays-Bas. L'amiral lui conseilla de faire la guerre sur mer. C'était un avantage pour les Bata\es; car les Espagnols n'avaient point de vaisseaux sur ces parages. Guillaume suivit le conseil : il organisa ce qu'on appelait les gueux marins, et, dès le i"r avril iS^i, deux cent cinquante de ces intrépides pirates surprirent la ville de Briel, dans l'île de Woorn. A dater de ce jour, la république batave était fondée. Les villes de Zélande et de Hollande ne tardèrent point à se donner aux insurgés, et le prince d'Orange fut proclamé statJiouder. Un tel événement, dû aux conseils de Coligny autant qu'à la valeur de Guillaume, était un coup terrible porté à l'Espagne; pour les catholiques français, c'était un symptôme

(i) De l'état de la France ions Charles IX.

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effrayant; car celait sons les auspices du calvinisme que la nouvelle république s'élevait aux portes de la France. Philippe II en écrivit à Catherine de Médicis, Catherine de Médicis à Philippe II, et Ton put croire plus que jamais que les deux gouvernements se concertaient pour frapper du même coup la rébellion et l'hérésie.

Cependant la paix de Saint-Germain n'était pas encore rompue, cette paix boiteuse et mal assise, comme on rappelait \ Le mariage du prince de Béarn se préparait, quand sa mère, la reine de Navarre, tomba malade, et mourut après quatre jours de souffrances. On accusa Médicis de l'avoir fait empoisonner; mais le fait fut démenti par les chirurgiens calvinistes chargés de l'autopsie. Henri de Béarn prit alors le titre de roi de Navarre, et son mariage fut célébré le 18 août. Au milieu des fêtes du Louvre et de l'Hôtel-de- Ville, catholiques et réformés, tous croyaient encore à la paix; mais le sa, comme l'amiral sortait du Louvre, un coup d'arquebuse le blessa au bras gauche et lui emporta un doigt de la main droite. Le coup avait été tiré par un nommé

(i) On avait ainsi nomme la paix de Saint-Germain, parcê qu'elle avait été conclue par Armand de Biron qui était boiteux , et par de Mesme qui portait le nom de la aeigneurie de Mal-Ataiie.

LA S AIUT- BARTHELEMY» 3û,5

Maurevel, assassin vendu au duc de Guise. A cette nouvelle, le roî courut chez Coligny, l'embrassa en pleurant, et déclara qu'il tirerait vengeance d'une telle trahison. Mais le duc de Guise, qui avait dirigé le coup, disposait delà ville en souverain. La reine-mère, qui voulait du pouvoir à tout prix , s'était rapprochée des catholiques, et le coup d'arquebuse tiré contre l'amiral n'était que le signal des massacres qui allaient ensanglanter Paris.

Les réformés , en voyant couler le sang de leur chef, avaient hautement témoigné leur indignation :« Si Ton nous ne faict justice, nous nous la ferons nous mesmes.» Les catholiques, de leur côté, prétendaient qu'un grand complot calviniste avait été formé, que les huguenots étaient d'accord avec l'Allemagne et l'Angleterre pour démembrer la France. Catherine de Médicis déclara à son fils que les catholiques s'étaient ligués entre eux pour leur défense1 , et que si le roi refusait de les commander , ils étaient prêts à élire un capitaine général. Le a3 août, dans l'après-midi , la reine-

(i) D'après une pièce trouvée dans les manuscrits de M. Dupuy et citée par M. Capefigue, l'origine de la Ligue remonterait non pas à 1 57a, mai» à quatre ans plus tôt : il aurait été conclu le a 5 juin i563 une ligne royale <U U noUsfie et estait pour le maintien, de l'Eiilise catholiuue.

ÔÇp LIT. III, CHAP. IX.

mère réunit ses principaux conseillers dans le jardin des Tuileries. Ce fut là qu'il fut résolu de mettre à mort tous les chefs calvinistes. Le roi céda, malgré lui, aux instances de ses ministres et de sa mère1. Le conseil et Catherine cédaient à la terreur que leur inspirait le duc de Guise, et le duc de Guise lui-même , qui croyait ne servir que son ambition, était l'instrument des passions populaires.

Les registres de FHôtel-de- Ville nous apprennent que le soir, bien tard , le prévôt des marchands, Le Charron, fut mandé au Louvre; le roi, après avoir déclaré que ceulx de la nouvelle religion se voulaient eslever par conspiration contre sa dicte Majesté et contre son Estât, ordonna aux prévôts des marchands de se saisir des clefs de Paris et d'en fermer soigneusement les portes, de tirer tous les bateaux du côté de la ville et de les enchaîner, enfin de faire mettre sous les armes tous les capitaines, lieutenants, enseignes et bourgeois des quartiers, pour recevoir et exécuter les commandements de Sa

Majesté \ Bientôt les compagnies bourgeoises se

(i) Mémoires de Ta vannes.

(•i) Registres du bureau d'e la Tille de Paris, dans les Archives curieuses de l'Hist. de France, t VIL

LA SAIN T-B ARTHÉLEM Y.

rassemblèrent sur la Grève; le duc de Guise leur expliqua ce qu elles avaient à faire, et elles se répandirent en petites troupes dans les divers quartiers de la ville, afin qu'aucun huguenot ne pût échapper à leurs eoups.

Entre deux et trois heures du matin, la cloche de Sainl-Germain-l'Auxerrois donna le funèbre signal. Coligny fut la première victime; le roi avait voulu le sauver, mais trop tard. Téligny, gendre de l'amiral, fut frappé presque en même temps, ainsi que Larochefoucault, La vardin, Soubise, et tant d'autres dont les noms ont été conservés dans le Martyrologe des protestants. La plupart des calvinistes furent surpris dans leur lit. Quelques-uns, tels que Guerchy, se défendirent longtemps coutre les meurtriers. Un gentilhomme fut poursuivi, la hallebarde dans les reins, jusque dans la chambre et dans la ruelle de Marguerite de Valois \ Le roi de Navarre et le prince de Condé furent préservés des assassins, parce que, dit le maréchal de Tavannes, ils étaient du sang de France, qu'il fallait épargner et respecter.

Le lendemain matin, Charles IX eut horreur de ce qu'il avait laissé faire, et la bourgeoisie ellemême s'effraya du pillage qui suivait les massa-

(x) Mémoires de Marguerite de Val oit.

3g8 Lrv. m9 chap. ix.

cres. L'Hôtel-de-Ville intervint au nom du roi pour rétablir Tordre'. Le roi écrivit dans les provinces, non pour ordonner de nouveaux massacres , mais pour désavouer ce qui s'était fait à Paris. Dans ces lettres, datées du août, il s'élevait

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hautement contre la sédition qui avait éclaté dans la capitale; il attribuait tout à l'ancienne rivalité des Guise et des ChAtiîlon. « Ayant esté forcé le corps de garde qui avoil esté ordonné à l'entrée de la maison de l'amiral pour sa seurelé, l'ont tué avec quelques gentilshommes, comme il en a esté aussi massacré d'autres en plusieurs endroits de la ville, ce qui a esté mené avec une telle furie que l'on n'y a peu apporter le remède tel que l'on eust peu désirer. » Et le roi recommandait aux gouverneurs de prévenir toute espèce de troubles dans leur province , de faire publier partout « qu'un cbacun ait à demeurer en repos et seureté dans sa maison , ni prendre les armes et of-

(1) De part le Roy, il est très expressément commandé aux prévosts des marchands et eschevinsde cette ville et aux quarteniers d'icelle, qu'ils n'aient aulcunenieut à souffrir que aulcuns soldat/., soi de la garde de Sa Majesté ou aultres, ne pillent, ne îuesfacent ex maisons de ceulx de la religion préiendue réformée, et que s'il y en a voit aulcuns qui le fas*enr, les archers et aultres forces de ladite ville les empeschassent. Faict à Paris le dimanche 24 d'aoust 157a. Signe Chaxuu.

Là SAINT-BARTHÉLÉMY. 5o,9

fenser Fun l'autre, sous peine de la vie, faisant observer et soigneusement garder l'édit de pacification 1 d. Charles IX fil écrire dans le même sens aux puissances étrangères : dans la lettre aux Suisses, le massacre du a4 est présenté comme un accident auquel le roi a été toul-à-fait étranger.1 . \

Mais les passions populaires étaient remuées trop profondément pour s'arrêter à la voix du prince qui n'était plus roi que de nom. À Paris, les meurtres continuaient, sous les yeux mêmes des magistrats chargés de les empêcher. Le mouvement catholique se communiqua rapidement dans les provinces, et le sang des calvinistes coula à grands flots, à Meaux, à Troyes, à Orléans, à Rouen, à Bourges, à la Charité, à Lyon, à Toulouse, et à Bordeaux5. Dans la plupart de ces villes, les gouverneurs, aussi faibles que le roi ou d'accord

(i) Lettre du roi ou gouverneur de Bourgogne, dans les Mémoires de l'état de la France sous Charles IX. — L'auteur de ces mémoires suppose que, par d'autres lettres, le roi et 0»»n erine de Médicia avaient ordonné le nuissucre dans toute la France; mais rien M prouve Paulheaticiié de ces ordres secre*.

{%) Lettres du trésorier des ligue» escrites auxdiies ligues par le commandement du Roy.

(3) Martyrologe des CalvinLtes, imprimé en i58a.

avec les Guise, lâchèrent la bride au peuple qui voulait du sang. Ailleurs des hommes de cœur maintinrent force à la loi, comme le vicomte d'Orthe à Bayonhe, La Guiche à Mâcon , Sainl- Herem en Auvergne, de Gordes en Dauphiué, le comte de Tende en Provence. On vit des évêques, fidèles à la charité, faire de leur palais épiscopal un asile pour les réformés. A Lyon même, où Ton compta tant de victimes, il y eut d honorables exemples de fermeté. Les soldats et le bourreau ordinaire refusèrent de prendre part aux massacres. «Les -soldats déclarèrent qu'ils ne vouloyent point esgorger ceux desquels ils n'avoyent jamais receu aucun desplaisir. Le bourreau allégua que si la justice, après sentence donnée, les livroit entre ses mains, il adviseroit à ce qu'il auroit à faire, et qu'au demeurant il n'y avoit que trop d'exécuteurs en la ville, tels qu'ils demandoient.1 »

Le roi, après avoir consenti au massacre de la Saint-Barthélémy, avait voulu en rejeter l'odieux sur les Guise. 11 avait essayé de mettre un terme à ces horreurs; mais lés meneurs catholiques avaient poursuivi leur œuvre de sang, et Charles IX, qui n'avait pas eu la force de les comprimer, était

(t) Mémoires de l'état de la France sous Charles IX.

LA SAIirT-BA.RTHiLEMT. ^ol

réduit à se déclarer leur chef ou à leur céder la place. Sa mère lui dit un soir, dans le conseil privé : o Voulez-vous que MM. de Guise deviennent roys de France?» Dès ce moment, le roi prit son parti : il se déclara nettement contre les vaincus. 11 alla à Mont faucon, suivi d'une cour brillante, insulter au cadavre de l'amiral. Il ordonna, sous peine de mort, au roi de Navarre et au friUce de Condé d'abjurer la religion réformée \ Enfin il déclara en plein parlement que tout le sang versé l'avait été par ses ordres, afin d'empescher l'effet d'une détestable conspiration. Le premier président de Th ou vanta, dans sa réponse, la grande et merveilleuse prudence du roi. Cependant Charles IX promit un édit pour faire cesser les massacres. « Le parlement, dit-il, cognoistra désormais des crimes, lesquels né seront plus punis par pillage et tuerie*.» En effet, il parut bientôt une déclaration royale qui garantissait aux huguenots la vie et la liberté, en leur défendant toutefois de tenir aucune assemblée jusqu'à ce qu'il eût été pourvu à la tranquillité du royaume. Le parlement condamna à mort Briquemault et Cavagne, qui avaient échappé au massacre, mais

(1) De Thon, Hist, Ub. LU.

(a) Registres do parlement, ap. Capefigue, t. LU.

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