‹ Histoire de l'Europe au 16e siècleChapitre 77 sur 119 · PHILIPPE OR U LIGUE. /\\ I · texte numérisé non relu

PHILIPPE OR U LIGUE. /\\ I

par 1 edit de Beau lieu; tuais la Ligue s'était organisée Ja même année (1576), sous les auspices de l'Espagne, qui était d'accord avec les Guise. Henri llï, n'osant coin bat ire l'Union, s'en df'Hara le chef, aux Etals convoqués à Blois en décembre 1576. Mais la modération prévalut quelque temps encore dans les conseils du roi, et, malgré quelques guerres sans importance, la liberté fui maintenue aux protestants par ledit de Poitiers (1 577) et par celui de Fleix ( i58i ). Ces concessions irritaient les catholiques sans satisfaire les réformés, et Henri III, en cherchant à maîtriser les uns et à se concilier les autres, ne recueillait que les mépris et la haine des deux partis. A mesure que le pouvoir royal s'affaiblissait, l'association catholique croissait en puissance et en audace. MM. de Guise traitèrent, au nom de la Ligue, avec le roi d'Espagne, qui venait de se dédommager, par la conquête du Portugal1, de la peite des Pays-Bas.

{1) E« i58o, à la mort du cardinal Henri, Philippe II s'crapara du Portugal, malgré la décision lie* jurisconsultes portugais en faveur de Catherine, duchesse de Brngance. La conquête du Portugal par le roi d'Espagne était un fait menaçant pour l'équilibre européen. Aussi l'un des prétendants, don Antonio, prieur de Crato, trouva-t-il asile et protection en France et ea Angleterre. Catfeerioe de Mëdicis, qui pré* tendait elle-même avoir des droits sur le Portugal, arma contre

4ia LIV. III, CHAP. IX.

Aux termes du traité de Joinville, la religion catholique devait être seule pratiquée dans toute letendue de la France. Tout prince hérétique était déclaré incapable de régner, et si le roi de France venait à mourir sans enfants mâles, c'était le cardinal de Bourbon qui devait lui succéder. Ce prélat était l'oncle de l'héritier présomptif^ vieillard mourant dont les Guise et Philippe II espéraient recueillir l'héritage. Dans le même traité, le roi d'Espagne prenait la Ligue sous sa protection , et s'engageait à lui fournir un subside dè cinquante mille écus par. mois pour faire la guerre aux huguenots1.

Cette union intime de Philippe II avec les catholiques français, était assurément ce qu'on pouvait concevoir de plus funeste pour l'indépendance et la liberté du rovaume. Mais on devait s'en alarmer ailleurs qu'en France : les Pays-Bas et l'Angleterre en furent effrayés. Elisabeth, qui j jusque-là avait montré tant de réserve à secourir j les Provinces-Unies, leur envoya dix mille hommes sous le commandement de Leicester, et elle se

l'Espagne une flotte de soixante vaisseaux, qui fut vaincue à la hauteur des Açores, le 17 juillet 1582.

(1) Traité entre Philippe II et la maison de Guise, conclu à Joinville le 3i décembre i584, et renouvelé à Reims le a septembre 1 585, ap. Léonard, Recueil de traités, t. II.

PROCÈS DE MARIE STUART. 4l3

prépara à frapper, par des exemples terribles, les catholiques qui conspiraient autour délient correspondaient avec le continent. Ce fut alors qu'elle se décida à porter les mains sur cette princesse issue du sang des Guise, sa rivale en puissance et en beauté , qu'elle tenait renfërmée depuis dix-sept ans dans un château -fort. La tête de Marie Stuart fut destinée, par les réformés d'Angleterre, à expier la Saint-Barthélémy et l'assassinat du prince d'Orange. Les Anglais regardaient la cause de la réforme comme liée à celle de leur puissance en Europe. En 1 585, il se forma en Angleterre une association protestante, dont les membres s'engageaient à défendre la reine contre ses ennemis, et le Parlement .porta cette étrange loi : a Que si quelque complot était formé, contre la sûreté de l'Etat ou contre la vie delà reine, Sa Majesté était autorisée à nommer des commissaires pour juger les personnes par qui ou pour qui le complot aurait été formé, pour les déclarer inhabiles à succéder à la couronne si elles y avaiènt des droits, et pour les poursuivre jusqu'à la mort.» C'était évidemment Marie Stuart qu'on voulait atteindre, et qu'on prétendait rendre responsable non-seulement des complots qu'elle aurait excités, mais de ceux même qui auraient éclaté à son insu ou malgré sa défense. En effet, dès Tannée

4 1 4 111 > chap. ».

suivante (i586), un jeune gentilhomme, Antoine Babin^ton, catholique fervent et plein de cet enthousiasme chevaleres(|ue que le malheur et la beauté de Marie Stuarl inspirait à une partie delà jeune noblesse, forma une conspiration dont le but était , à ce qu'il parait, d'assassiner la reine d'Angleterre et de mettre la reiue d Ecosse en liberté1.

Le complot fut découvert et puni par le supplice de Babington. Bientôt Marie comparut devant les commissaires qu'Elisabeth avait désignés, et elle fut déclarée coupable d'avoir pris part à la conspiration. Cependant les accusateurs n'avaient produit contre elle que l'aveu des conjurés qui n'existaient plus, des copies de lettres qu'on lui attribuait sans pouvoir en montrer les originaux, et le témoignage de ses secrétaires, qui ne lui furent jamais confrontés. Lingard dit avec raison qu'une des plus fortes preuves de l'innocence de Marie, c'est une leiire qu'elle avait écrite au duc de Guise, avant de savoir si Ton devait la juger. Dans cet le lettre, elle déclarait qu'elle était entièrement étrangère au complot de Babington. Or, elle pouvait parler librement au duc de Guise, son cousin, dont le système politique et

(i) VYalier Scott, Histoire d'Ecotte.— Lingtrd , Histoire 4' Angleterre.

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