‹ Histoire de l'Europe au 16e siècleChapitre 78 sur 119 · PROCÈS DE MARIB STU\RT · texte numérisé non relu

PROCÈS DE MARIB STU\RT

Jes opinions religieuses ne pouvaient qu'approuver un complot contre Elisabeth1. Au reste, d'après la loi que nous avons citée tout à l'heure, il u était pas nécessaire pour condamner Marie Stuart, qu'elle eût pris part à la conspiration: il suffisait quelle y eût intérêt. La sentence de mort fut prononcée le î5 octobre ï586.

Mais l'arrêt une fois rendu, Elisabeth hésitait à le faire exécuter. Elle parlait sans cesse de sa chère sœur1 de son aimable cousine. Comment pourraiç- Je, s'écriait-elle, tuer V oiseau qui s* est réfugié dans mon sein? Cependant, à ces paroles que paraissait dicier la pitié, elle avait ajouté :Wl n'y a que le peuple qui me soit plus cher que ma cousine. Et le peuple demanda du sang, par l'organe d'un parle me nt puritain. L'ordre fatal fut enfin signé dans les premiers jours de février 1 587. En le remettant à son chancelier, Elisabeth lui recommanda de n'en faire usage que dans le cas où de nouvelles entreprises seraient tentées contre sa personne. Mais les ministres, prenant sur eux toute la responsabilité, et croyant d'ailleurs pénétrer la secrète volonté de la reine, expédièrent l'arrêt aux comtes de Kent et de Shrewsbury, auxquels il était

enjoint de le faire exécuter sans délai.

(1) Lingard, Histoire d'Angleterre, t. VIII*

4l6 L1V. 111, CHAP. IX.

L'histoire et la poésie ont à l'envi célébré le calme avec lequel Marie Stuart reçut la terrible nouvelle. Après avoir écrit ses dernières volontés et de tendres lettres d adieu à ses parents de France, après avoir distribué à ses domestiques les objets précieux qui lui restaient, elle voulut se préparer à la mort, selon sa croyance ; mais cette faveur lui fut refusée. Elle resta seule dans son oratoire., où elle communia avec une hostie consacrée, que le pape Pie V lui avait jadis envoyée, et qu'elle avait précieusement gardée pour cet instant suprême. Quand elle descendit dans la grande cour du château, où les instruments du supplice étaient préparés, comme elle portait à la main un crucifix, le comte de Kent lui dit djun ton sévère : « Madame, il faut avoir le Christ\dans le cœur et non pas à la main. — Pour l'avoir plus sûrement dans le cœur, il est bon de l'avoir sous les yeux. » Ces paroles exprimaient bien le caractère des deux personnages et celui des deux cultes qui étaient en présence. Marie fut condamnée à subir, avant le coup mortel , l'exhortation puritaine du doyen de Peterborough, qui la menaça de -la damnation éternelle si elle ne renonçait à Vidolâtrie. Puis elle ôta elle-même ceux de ses vêtements qui auraient pu gêner le cojqKfhortel, consola ses femmes et son vieil intendant, Melwill, qui fondaient en

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