‹ Histoire de l'Europe au 16e siècleChapitre 79 sur 119 · MORT OS MARIE STUART · texte numérisé non relu

MORT OS MARIE STUART

larmes auprès d'elle. Elle posa sa tête sur le billot, et tomba martyr dè la foi romaine. |Le doyen prononça la formule ordinaire : «Ainsi périssent tous les ennemis de la reine ! » Une seule voix répondit Amen ; c'était celle du comte de Kent.

En apprenant la mort de Marie Stuart, le roi d'Écosse, son fils, témoigna d'abord .la plus vive indignation. Il refusa d'écouter l'envoyé anglais qui venait lui faire des excuses de ce malheureux accident; c'était ainsi qu'il plaisait à Elisabeth d'appeler la mort de Marie Stuart. Le jour où la cour d'Ecosse prit le deuil, le comte d'Argyle se présenta armé de pied en cap devant le roi, en disant : Voilà le véritable deuil de la reine. Mais cette démonstration n'eut point de suite. Élevé dans les doctrines de la réforme et entouré de presbytériens, Jacques VI, depuis la mort de sa mère héritier présomptif d'Élisabeth, était enchaîné à la politique de l'Angleterre. D'ailleurs il était peu propre à la guerre, et pâlissait à la vue d'une épée nue. Philippe II, seul en Europe, se présenta sérieusement pour être le vengeur de Marie Stuart. Le roi d'Espagne était alors maître du Portugal et de ses nombreuses colonies ; par là, il commandait à .toutes les mers, et avait le monopole du commerce européen. L'Angleterre, qui avait envoyé des auxiliaires aux révoltés des u. 117

Pays-Bas, inquiétait aussi l'Espagne sur ses possessions maritimes. Plus d'une fols les amiraux, anglais avaient attaqué les flottes espagnoles , et intercepté ces galions qui revenaient chargés des dépouiltes des deux mondes 'vCes considérations» autant qœ la mort de Marie Stuârt, décidèrent Philippe ïî à faire contre la Grande-Bretagne des préparatifs formidables.

La flotte, quel'Espagne appelait d'avancé inviti- 'Cible, sortit du port de Lisbonne lé âo, mai i588. fille elàit composée de cent trente vaisseaux, qui "portaient Vingt mille soldats, plus de huit millé matelots et deux mille six cents canons, avec des vivres pour Six mois. Celte redoutable armada devait détrôner Élisabeth, détruire l'Eglise anglicane et l'Eglise presbytérienne, mettre les Pays- Bas à la raison, et sans doute aussi conquérir la France en passant. Mais à peine fut-elle hors dû port, rfuJel1é fut accueillie par une furieuse tempête, harcelée et vaincue en cinq combats par les Anglais. Enfin, au moment où elle se préparait à fetouther en Espagne, elle fut dispersée par une nouvelle tempête, qui «n jeta les débris sur les côtes du Danemarck, de la Norwège et de l'Ecosse. Plus de quatre-vingts vaisseaux avaient péri.

TO'tôyei 1. 1, p. 177.

LA FLOTTE JWVJlfCîBLl!. 4 *9

Ainsi finit la flotte invincible. Philippe II, en apprenant la nouvelle de ce désastre, dit froidement : « La volonté de Dieu soit faite! J'avais envoyé ma flotte pour combattre l'Angleterre et non les éléments1. » L'année suivante, ce fut au tour de l'Angleterre de menacer Philippe II sur les côtes du Portugal; et, en même temps qu'elle attaquait le roi catholique, Elisabeth faisait passer de nouveaux secours aux Calvinistes français.

Depuis le traité de Joinville, conclu entre les Guise et l'Espagne, la Ligue avait pris d'immenses développements. Comme un vaste réseau, elle enveloppait la plupart des provinces, et à Paris elle trouvait un puissant instrument dans l'organisation municipale. Seize des* plus ardents ligueurs furent distribués dans les seize quartiers de la ville, et, prêts à se réunir au besoin, formèrent le lien de l'Union parisienne. Henri III, qui depuis i58i avait suivi le système des politiques et maintenu l'équilibre entre les deux religions, céda aux menaces des catholiques et subit leurs conditions. Dans les conférences de Nemours, il fut arrêté qu'il serait fait un édit perpétuel et irrévocable, par lequel l'exercice du calvinisme serait défendu sous peine de mort. L'édit fut en effet

(i) Ferreras, Hist. d'Espagne.

4ao liv. ni, chap. ix.

enregistré au Parlement, le 18 juillet i585. Les réformés n'avaient plus de villes de sûreté, et les catholiques en obtenaient à leur tour, entre autres, Soissous, Dînant, le Conquest, Châlons, Verdun, Toul, Saint-Dizier, Bèaune et Dijon. C'était Catherine de Médicis qui avait conclu avec les princes lorrains la convention de Nemours *.

Henri III était tombé sous le joug des Guise. Le pape Sixte-Quint céda à la Ligue, dont il redoutait les fureurs : il excommunia le roi de Navarre. Mais Henri protesta contre la décision pontificale, et gagna la bataille de Cou Iras (1587).* La ^gue> humiliée de cette défaite , en devint plus ardente , et tourna sa fureur contre Henri III. La Sorbonne arrêta, dans une assemblée secrète, que Ton pouvait ôter le gouvernement aux princes incapables, comme on peut ôter l'administration des biens d'un mineur à un tuteur infidèle. L'assemblée de Nancy (1 588) intima au roi de nouveaux ordres: elle le somma de se joindre plus ouvertement à la Sainte-Ligue, de faire publier comme lois de l'Etat les décrets du concile de Trente, d'établir l'inquisition au moins dans les bonnes villes, enfin, de

(1) Articles accordés à Nemours, au nom du roi, par la reine sa inère , avec les princes et seigneurs de la Ligue, en présence du duc de Lorraine, 7 juillet i585.

ÉTàTS DE BLOÏS. 4fll

donner de nouvelles places de sûreté aux catholiques1. Celait lui proposer d'abdiquer. Il hésite, négocie; puis, prévoyant un mouvement dans la capitale, il défend au duc de Guise de revenir à # Paris. Le duc y court; il y est salué par les acclamations du peuple, et la journée des Barricades (i a mai) prouve au roi que la capitale du royaume obéit à d'autres qu'à lui. Henri III se réfugie à Chartres. Poursuivi, obsédé par les instances des catholiques, il signe l'édit d'union, par lequel il se déclare de nouveau chef de la Ligue. Le duc de Guise est nommé lieutenant général, et les députés des Etats sont convoqués à Blois. L'assemblée s'ouvrit le 16 octobre, en présence du roi, qui engagea les représentants des trois ordres à s'unir pour le bien public. « Il s'agit, leur dit-il, de la restauration de l'Etat. La tenue des Etats-Généraux éstun remède pour guérir, avec les bons conseils des subjects, les maladies que le long espace de temps et la négligente observation des ordonnances du royaume y ont laissé prendre pied » Le gardé-des-sceaux, Môntholon , développa la

(i) Articles arrêtés en l'assemblée tenue à Nancy, 1 588.

(a) Harangue faicte par le roy Henry III à l'ouverture de l'assemblée des Etat*~Généraux,| en la ville de Blois, le seizième jour d'octobre i588.

pensée du roi) il exhorta le clergé à réformer les abus qui s'étaient introduits dans l'Eglise, «à re* » médier aux injustes provisions* à ces incapables

admissions aux charges ecclésiastiques, à l'ambi* * lion, à l'avarice , au mépris du droit divin, a la • corruption et dépravation des monastères. 11 rappela à Messieurs de la noblesse l'obéissance qu'ils devaient au roi; il les engagea à renoncer aux duels et aux combats privés. « Laissez, diïvii, la vengeance au roi, qui en fera telle et si importante justice que en serez satisfaits. Desputés du tiersestât, vostre principal maniement est la police et justice. Les juges tiennent le premier rang en ce royaume, pour estre la justice, fondement et sta* biliment de toute monarchie. Les lois ne sont plus exécutées; il semble qu'à ceste heure, elles ne sont autre chose que papiers escrits..** Le roy a de grandes debtes; il met force diligence» faire la guerreaux hérétiques; unissez-vous doncàluy, et tous, d'une mesme volonté, vous remettrez T£* glise du Dieu vivant en son ancienne resplendeur | toute bénédiction environnera ceste monarchie, sous l'auctorité de nostre roi très chrestien \ » Ces conseils modérés ne furent point enten-

(t) Remontrance* de H. le garde-Hies^seedulc, à l'tmtertare de l'assemblée des Elt^-Genémnx du rèjàWhe, teftfte à Bhfià

le seizième jour d'octobre i588.

duc* Li mniorit^ dp l'aa&piïkKlrp Ataii Havoiiaa jmas

Cuise, et se défiait de Henri 1IL En vain leroidéclara-t-il qu'il voulait que l'édit d'un ton fut » jamais observe dans son royaume oomrtie loi fonda^ mentale; en vain jura-t-il de i'ôbsertBf lui-mêmê religieusement. Le tiers-état demanda deux chitoe* incompatibles; la continuation de la guerre eoMre les protestants , et la réduction des taillé» au pied de Tan i5i6. Gomme le roi répondait il ccite" requête avec courtoisie, mais avec réserve, il V a e» un de la compagnie, dit Pasquter, qui a été si im* pudent de dire tout ha«l qae toute* ces bel/dê paroles du roi ri étaient que vént\ Les Elal» *©u* laient aussi intervenir dan» le elbois des juges et même dans celui des conseillers du rol« À mesure que l'opposition devenait plus kostile à la couronne, elle se groupait autour de Henri de Gnisé> et l'on pouvait craindre un changement de dy* nastie. Ce fut alors que Henri 111 crut sortir du péril par un double assassinat i il ordonna tertrort du duc et du cardinal de Guise'. Le toi fit ensuite arrêter le prévôt et leséehevii» de Paris*, députée

(i) Lettres d'Etienne Papier, Us. YIII, (a) Relation de. la «nprt de jMtyt de G^St^vc Misa*, wèr> . decin de Henri III. — Mémoires de l'Estoile.

aux états, ainsi que tous ceux de l'assemblée qui passaient pour dévoués à la maison de Lorraine.

On sait l'indignation qui éclata dans Paris à la nouvelle de la mort des Guise et de l'arrestation des députés. L'Hôtel-de-Ville et les Seize se mirent à la tète du mouvement. Le conseil secret de FUnion, confirmé par une élection populaire, s'empara de la souveraineté, donna le gouvernement de Paris au duc d'Aumale, l'un des représentants delà mai*» son de Guise, et se mit en correspondance avec les provinces. A Lyon, à Toulouse, à Marseille, à Rouen et dans toutes les grandes villes, le peuple s'associa à la révolution que Paris avait faite. La Sorbonne, l'oracle des consciences catholiques, déclara solennellement «que tout le peuple du royaume étoit deslivré et deslié du serment de fidélité et obéissance presté au roi Henri ; que le mesme peuple pouvoit licitement et en assurée conscience estre armé et uni, recueillir deniers et contribuer pour la défense et conservation de l'Eglise apostolique et romaine contre les conseils pleins de toute meschanceté et efforts dudict roi \»

(i) Résolution des docteurs de Sorbonne sur la question à savoir s'il est licite au peuple français de s« révolter de l'obéissance de son roy, 158g, ap. Capefigue, Hist de la Réforme, t. V.

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