MORT DB HENRI IH
Le Parlement, épuré par les Seize, sanctionna la déchéance prononcée contre Hènri III.
Catherine de Médicis venait de mourir à Blois, après avoir déploré la conduite de son fils, et prévu que le sang serait vengé par le sang. Henri III congédia les Etats, et, docile au dernier conseil de sa mère, il s'unit au loi de Navarre, pour faire la guerre à ses sujets révoltés. Le traité fut conclu à Tours le a6 avril i58g, et l'armée huguenote devint l'armée royale. Par un édit de Henri III , le parlement de Paris et la chambre des comptes furent transférés à Tours, où était fixé le siége'du gouvernement. Quelques magistrats , entre autres Pasquier, répondirent à l'appel du roi. Mais le duc de Mayenne avait été nommé, parle conseil de l'Union, lieutenant général du royaume. Paris se mettait en état de défense, et armait les villages voisins'. Le 29 juillet, les troupes royales prirent position sur les hauteurs de Saint-Cloud. Henri III allait enfin se mesurer avec la Ligue, quand le poi-
(î) H est ordonné que les habitants des villages d'Issy, Vaugirard, Mont-Rouge, Gentilly, Arcueil, Bagneux, Fontenay, Gain art, Chastillon et Meudon, prendront les armes pour mettre en pièces les compagnies des ennemis qui se présenteront, 14 mai 1589. (Extrait des registres de PHôtel-de- Ville, ap. Capefîgue, Hist de là Réïorme, t. V. )
4*6 MV. Uif OHA?. ».
gnard de Jacquet Glément donna le trône au roi
de Navarre ( ier août).
Mais ce trône, il fallait Tacheter par des victoires; car la Ligue avait élu roi, sous le nom de Charles X, le vieux cardinal de Bourbon , alors prisonnier des huguenots. Philippe U s'était empressé de reconnaître le prélat* niais à condition que le» intérêts de l'Espagne ne seraient point oublies. En montant sur le trône, le cardinal devait payer à sa majesté catholique toutes les dépenses faites pour le triomphe de#la Ligue; il devait maintenir et exécuter les conditions stipulées avee les chefs de l'Union, et personne ne devait prétendre à lui succéder sans l'aveu du roi d'Espagne1. Henri de Bour>> bon avait pour lui l'appui de l'Angleterre et l'alliance des protestants d'Allemagne; le sénat de Venise, le duc de Mantoue et le duc de Ferrare l'avaient reconnu comme roi de France, et le sultan Amurath lit lui avait promis d'envoyer une flotte à son secours. Henri IV gagna la bataille d'Arqués (*3 septembre), avant même d'avoir reçu les secours d'Elisabeth. L'atinee Suivante, à Ivry ( i4 mars), il vainquit encore Mayénne et ses àuxfc
(i) kifrmietions de Philippe II à son ambassadeur <tan£ernardino de Mendoçl, tai» à* .&mapM*
mina nr. 4*7
liaires espagnols, et il se montra aussi doux après la victoire que terrible pendant le combat. La famine allait lui livrer Paris; Alexandre Farnèse vint des Pays-Bas ravitailler la place et prolonger la guerre.
Depuis la mort du cardinal de Èourbon (9 mai 1S90), l'ambition du roi d'Espagne se montrait sans aucun voile ; ij réclamait le trône de France pour l'infante dopa Isabelle, née de son troisième mariage avec une princesse française, sœur aînée de Henri III. La loi saîique défendait aux femmes d'aspirer à la couronne de France} mais Philippe II prétendait que cette loi était l'œuvre de la violence, qu'elle devait être abolie, et il tenta en France le contraire de ce que Louis XIV devait plus tard accomplir en Espagne. Philippe avait dans ses intérêts les Seize et la partie démocratique de la Ligue. Ces furieux, ayant à leur tète Bussy-Leclerc, gouverneur de la Bastille, mirent à mort le président Brisson et deux conseillers au parlement, Claude Larcher et Jean Tardif, qu'on accusait de modération. Mayenne, qui s'appuyait sur la noblesse et sur la bourgeoisie, châtia sévèrement de tels excès. Dès ce moment la Ligue était vaincue, car elle était divisée.
Aux états de Paris, convoqués en i5q3 par le lieutenant général, on vit en présence le parti «§▼
pagnol et le parti français; et, tandis que lés députés hésitaient s'ils devaient porter la main sur la loi salique, cet antique fondement de la monarchie1, le parlement de Paris trancha hardiment la question. «La cour, toutes les chambres assemblées, a ordonné et ordonne que remontrances seront faictes par M. le président Lemaistre, assisté d'un bon nombre de ladicte cour, à M. de Mayenne, lieutenant de Testât et couronne de France, qu'il ait à employer l'auctorité qui lui est commise pourempescher que, sous le prétexte delà religion, le throsne ne soit transféré en mains étrangères ; et néanmoins dès à présent a desclaré et desclare tous faicts accomplis ou qui se feront cy-après pour l'establissement d'un prince ou princesse estrangère nuls et de nul effect et valeur, comme faicts au préjudice de la loy salique et autres loys fondamentales du royaume de France \ » Cet arrêt était le commencement de la transaction qui devait rendre enfin la paix à la France et le trône à son légitime possesseur. Il ne restait plus à Henri IV qu'à abjurer la religion protestante, et les portes de Paris s'ouvraient devant lui.
(x) Collection des Etat»- Généraux, U XV.
(a) Arrêt donné en la cour de parlement de Paris, le iB juin
II EN Kl rv. 4^9
Le roî rentra dans sa capitale le 22 mars i5o,4, et le lendemain il entendit le Te Deum à Notre- Dame. Il laissa sortir les Espagnols avec les honneurs de la guerre, et, en les voyant passer, il dit à leurs officiers : « Messieurs, recommandez-moi à votre maître, mais n'y revenez plus.» Bientôt le parlement est rétabli; les magistrats fidèles reviennent de Tours, Achille de Harlay à leur tête. Tous les arrêts rendus depuis i588 sont annulés. Le conseil municipal s'épure de lui-même. LaSorbonne, également épurée, rend une nouvelle déclaration, fondée sur l'axiome de Saint-Paul : loute puissance vient de Dieu. Elle renonce à toute ligue et union, et jure sur l'Evangile fidélité à Henri IV, légitime et vrai roy très chrétien, seigneur naturel et héritier des royaumes de France et de Navarre. La Bastille se rendit comme laSorbonne, et l'ordre fut rétabli dans Paris.
Le parlement, la bourgeoisie, la noblesse se ralliaient à Henri IV; mais, malgré le dernier décret de la Sorbonne, la plus grande partie du clergé lui était toujours hostile. « Les prêtres ne vouloient confesser que préalablement ils ne sussent de ceux qui s'y présenloient s'ils avoient été bien aises de la venue du roi à Paris, et ceux qui disoient oui, les renvoy oient et ne vouloient les
4§o «i, chàp. ir.
confesser', * La Ligue n'était pas morte; le siège en avait été transféré à Boissons et a Laon, villes fortes qui étaient en rapport avec les Espagnols, encore maîtres de la Picardie. L'Union eaihelique s'étendait en ànjou, en Bretagne, en Goie«ne, dans le Languedoc, dans la Provence^ dans Je Lyonnais et dans la Bourgogne. Henri IV vainquis Mayenne et les Espagnols au combat de Fontaine- Française, le 5 juin 1695. Le 16 septembre, le pape Clément VIII le reconnut *©i de France. C'était nonrgeulement parles armes, maïs par l'or que le Béarnais avait triomphé t il avait acheté la soumission des gouverneurs de province*, et, selon le calcul de Sully, ces traités coûtèrent à l'Etat jusqu'à trente-deux millions.
Pour rétablir Tordre dans les finances et jîour suffire aux besoins de la Henri IV convo-
qua à Rouen les notables du royaume (1596). Il aurait craint, en réunissant les Etats-Généraux, de
ranimer la popularité de la Ligue*. Le poi harangua l'assemblée avec autant de vigueur que de loyauté. Les notables répondirent à la confiance
(1) Journal de Henri IV.
■(a) Les députés aux Elats-Généraux étaient élus par les bailliages et les sénéchaussées ; les notables représentaient aussi les trois ordres, mais ils étaient désignés par le conseil.
du prînce par de sévères remontrances sur la rè*forme des abus, et par un vote de subsides qui porta le revenu du royaume à trente millions'. Tandis que le génie de Sully augmentait les ressources de la France, l'épée de Henri IV continuait de l'affranchir des Espagnols, et poursuivait les restes de la Ligue jusqu'au* extrémités de la Bretagne.
La paix fut rétablie au dedans par Tédit de fentes, au dehors par le traité de Vervins. Le roi commença par donner des garanties aux calvinistes, qui lui reprochaient son abjuration. Par la convention de Saint-Gérmain-én-Laye ( 6 décembre iS^^), il autorisa les réformés à conserver pendant huit ans toutes les places dont ils étaient maîtres \ 11 s'engageait en même temps à payer les garnisons protestantes , et à maintenir, même
(1) Collection des Etats-Généraux, t. XVI.
(2) L'état exact de ces places de sûreté se trouvé dans unè dépêche de J. de Taxis a Philippe II. L'ambassadeur espagnol, après avoir minutieusement indiqué le nombre et la situa* ttoa de .ces places, Le nom des gouverneurs et la force de* gar-» oisons, termine $on rapport en disant au roi catholique : Je supplie Votre Majesté d'y porter une sérieuse attention, et d'y mettre bon ordre. (Archivés de Siinancas, aj>. Capefigue , Hisf.
•dé la "Réforme, t. VIII. )
43a liv. m, chap. ix.
après le terme de huit années, les gouverneurs de la religion réformée. Par cette convention, qui ne fut point enregistrée au parlement , les calvinistes étaient constitués non pas seulement comme secte religieuse, mais comme parti politique, et, de l'aveu même du roi , ils formaient un Etat dans l'Etat. Puis vint le grand acte qui peut être considéré comme le fondement de la liberté religieuse dans notre pays, l'édit de Nantes, si imprudemment révoqué , un siècle plus tard , par la toute-puissance de Louis XIV.
Les bases de l'édit avaient été longtemps discutées, dans les conférences de Chastellerault, par J.Schomberg,Jeannin, deThou, Calignon,qui tous appartenaient à ce parti modéré dont L'Hospital avait été le précurseur. « Nous avons permis et permettons à ceux de la religion prétendue réformée vivre et demeurer par toutes les villes de nostre royaume, sans estre enquis, molestés ni astreints à faire chose contre leur conscience.» Les seigneurs et gentilshommes qui professaient la religion réformée, étaient autorisés à exercer leur culte dans l'intérieur de leurs châteaux. Les réformés pouvaient pratiquer librement leur religion dans toutes les villes désignées par l'édit de Poitiers et dans les faubourgs de toutes les autres.
EBIT DE NANTES. 433
villes, excepté celles où il y avait des archevêchés ou évêchés, et les lieux et seigneuries appartenant aux ecclésiastiques. L'exercice de la religion réformée était particulièrement interdit à Paris et à cinq lieues aux environs. Cependant les protestants qui habitaient soit dans la capitale, soit dans les autres villes où l'exercice de leur culte était prohibé, ne devaient point être recherchés pour leurs opinions religieuses.
Les Téformés étaient tenus d'observer les fêtes de l'Eglise romaine, et de payer la dîme ecclésiastique; ils devaient avoir des cimetières séparés. Du reste, l'édit proclamait l'égalité entre les deux cultes. «Il ne sera faict différence ny distinction, pour le faict de la religion, à recevoir lesescoliers ès universités, collèges et escoles, et les malades ès hospitaux, maladreries et aurnosne publique... Afin que la justice soit rendue à nos subjects sans aucune haine ou faveur, ordonnons qu'en nostre cour de parlement de Paris, sera establie une chambre composée d'un président et seize conseillers, laquelle sera appelée la chambre de l'édict, et cognoistra des causes et procès de ceux de la religion, taut dans le ressort de ladicte cour que dans celui de nos parlements de Normandie et de Bretagne. » Il devait être établi en outre une chambre mi-parlie de catholiques et de protestants dans
4$4 LiV. irt, chIp. ix.
les rjàrléniènts de Toulouse, de Grenoble et de Éordeaux*. *
Indépendamment dé l'édit en quatre-vingtdouze articles, dohné par le roi au mois d'avril i5g8, et enregistré au parlement le a février suivant, il y âvait un éclit secret, qui comprenait cinquante-six articles, et qui fut communiqué seulement aux chefs du parti calviniste. « Ceux de la religion ne seront pas contraints de contribuer aux despenses concernant la religion catholique, telles que réparation d'églises, achat d'ornements, luminaires, etc.; ne seront aussi contraints de tendre et parer le devant de leurs maisons aux jours de festes. . . . Sera baillé à ceux de la religion un lieu pour la ville, prévosté et vicomté de Paris, à cinq lieues pour le plus de ladicte ville, auquel Heu ils pourront faire l'exercice public d'icelle. » Les réformés obtenaient aussi le droit de s'assembler pardeVant le juge royal, et de s'imposer les sommes nécessaires pour les frais de leurs synodes et l'entretien de leurs ministres. Le roi s*engageait à protéger ses sujets protestants, même au-delà des frontières de son royaume, et à obtenir pour eux la liberté de voyager et de négocier dans toutes les Contrées alliées de la France, à condi-
WFontanon, tât» et ordonnances des rois de France, t. IY.