‹ Histoire de l'Europe au 16e siècleChapitre 85 sur 119 · DÉCADENCE DE LA SC0LASTIQT7E · texte numérisé non relu

DÉCADENCE DE LA SC0LASTIQT7E

donner à sa fille une dot de douze mille ducats'. Il déclara, dans les écoles et dans ses livres, que la doctrine d'Aristote et les lumières de la raison naturelle étaient impuissantes à résoudre le problème de L'immortalité de l'âme, que la foi seule, et non la philosophie, nous faisait croire l'âme immortelle*. André Césalpini, d'Arezzo, interprétait Aristote selon les idées d'Averroès. Précurseur de Spinoza, il représentait Dieu, non comme la cause, mais comme la substance même du monde, comme le grand-tout; il admettait une âme unique, universelle, pour tous les hommes et pour toutes les créatures animées3. Ces opinions, fort répandues en Italie, avaient été condamnées, en i5i3, par le

concile de Latran et par une bulle de Léon X4.

(t) Bay le, Dictionnaire hist., art. Pomponat.

(2) Nu 11 a? ration os nattirales adduci possunt cogentes animam esse imraorîalem, minùsque probantes anima m esse mortalem. (Petrus Pomponatius, de Immortalitate anima*, cap. i5.)

(3) Andr. Cesalpini quaestiones peripateticae, Venet., 1571..

(4) Quùm diebus nostris zizania* seminator nonnullos pernictosissimos errores in agro Domini seminare sit ausns, de naturà praesertinr anima* rationalis , quo i videlicet moHalis sit aut unica in cunctis horninibus; et nonnulli, temerè philosophantes, sccundùm saltem philosophiam vernm esse asseverent; contra hoc, sacro approbanle concilio, dainnamus et reprobamus. (Bulle du 19 décembre 1 5x3, ap. Sponde, Ann. eccles. )

45o UV. IV, CHAP. I.

Au milieu delà corruption des mœurs italiennes, lè système d'Epïcure ne pouvait pas être oublié; la volupté avait été érigée en principe par Lorenzo Valla1. Par forme de compensation, Juste Lipse (Joost-Lipss) ressuscita le stoïcisme, moins pour ën faire une doctrine pratique, que pour initier ses contemporains à la lecture de Sénèque et d'Epictèté. D'autres philosophes, sans s'attacher exclusivement à un seul auteur, cherchèrent à combiner différents systèmes ou à penser par euxmêmes. Telesio, de Cosenza, enseigna à Naples la philosophie naturelle, et fonda une académie dite Telesiana ou Cosantina. Patrizzi , né à Clisso en Dalmalie, après avoir professé la philosophie platonicienne à Ferrare et à Rome, suivit les traces de Telesio, essaya de pénétrer les principes essentiels des choses, et expliqua la nature par des hypothèses*.

Giordano Bruno, né à Nola vers le milieu du seizième siècle, entra de bonne heure chez les dominicains; mais la foi s 'étant éteinte dans son âme, il quitta le cloître et l'Italie. Il vint à Genève, et ne se trouva pas mieux dans la ville de Calvin

(1) Laurentii Valla de voluptate et vero bono, lib. III, Basil,

(2) TVnneinnnn, Manuel de l'Hibtoire de la Philosophie, traduit par M. Cousin, t. II.

fclORDAKO BRUNO. fit

que dans le couvent des dominicains. 11 se rendit à Paris, où il combattit Aristoteet enseigna le grand art de Raymond Lulle'. Bruno embrassait tout dans sa vaste science, physique, mathématiques, littérature, philosophie. 11 voulut tout ramener à l'unité, et arriva au panthéisme. Mais, dans le grand tout, Bruno distingua avec soin le principe vivifiant, la cause productrice, nutura naturans, et le monde extérieur, la forme qui apparaît à nos sens, natura naturata \ Ces idées rappelaient celles que la bulle de i5i3 avait condamnées. Bruno, ne pouvant vivre en paix dans un pays catholique, parcourut l'Angleterre et l'Allemagne; puis, poussé par l'instinct de la pairie, il revint en Italie. En i5g8 il était à Padoue; il y fut arrêté par l'inquisition de Venise; il fut envoyé à Rome, et brûlé comme hérétique le 1 7 février 16008. ^

Il est un homme dont le nom ne doit point être passé sous silence, quoiqu'il n'ait pas eu de système qui lui fût propre. Erasme, sans s'attacher à aucune école, a rendu de grands services à la phi-

(à) Philotheus Jordanus Bruuus Nolanus de Compendiosâ ârchitectûrâ etcotnpleirteriW artiâ Lullii. Paris, i58a.

(a) Dell' infinito untverso e mondi. — Délia causa principioeuno, i584.

(3) Tenaemann, t. II.

losophie , comme il a contribué à Ja réforme sans s'affilier à aucune secte. Il était né à Rotterdam en 1467. Après avoir reçu les ordres à Utreclit, il vint à Paris dans les dernières années du quinzième siècle. L'évêque de Cambrai lui avait fait avoir une bourse dans le collège de Montaigu. Après quelques années passées à Paris, il alla en Angleterre et acbeva ses études à Oxford, où il connut Thomas Morus1. 11 voyagea ensuite en Italie, où il assista, en i5o6, à l'entrée triomphante du pape Jules II dans Bologne. Il comprit dès lors que tout ce luxe extérieur serait funeste à l'Eglise. Au moment où Luther commençait à prêcher en Allemagne, Erasme écrivait à peu près dans le même sens. * L'étude de l'Ecriture, disait-il, est tombée avec la pureté des mœurs. On ne fait usage des livres saints que pour favoriser les passions humaines, et la crédulité du peuple tourne au profit de quelques-uns. » Dans son Eloge de la Folie, où plus d'une grave opinion est présentée sous une forme légère, Erasme n'épargne pas plus les moines, les cardinaux et même le pape, que les minisires, les courtisans et les souverains. « Il n'y a pas d'espèce d'hommes au monde qui vive plus doucement et avec moins de soucis que

(1) Bnrifny, Histoire de la rie et des ouvrages d'Erasme.

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