‹ Histoire de l'Europe au 16e siècleChapitre 87 sur 119 · RABELAIS · texte numérisé non relu

RABELAIS

l'insensé pour échapper à la tyrannie des Tar-

t . .i. *A&ks + *n ï tact» jLii-M qu i ns. Cependant il prit soin qu'on ne pyt se méprendre sur ses intentions, comme le prouvent ces paroles de son prologue : « Posé le cas que, au sens liléra), vous trouvez matières assez joyeuses, toutesfoys pas demourer là ne fault; ains à plus

hault sens interpréter ce que par adventure cuv-

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diez dict en guayeté de cueur Veistes-vous

oncques chien rencontrant quelque os raedulaire? C'est, comme dict Platon, la beste du monde plus philosophe. Si veu lavez, vous avez peu noter de quelle dévotion il le guette , de quel soing il leguarde, de quelle ferveur il le tient, de quelle*

f>rudence il l'en tomme, de quelle affection il le >rise, et de quelle diligence il le sugce. Qui l mduict à ce faire? quel est l'espoir de son estude? Quel bien prétend-il? rien plus que ung peu de mouelle1. »

Quelle était donc cette moelle cachée au fond des bouffonneries et trop souvent des ordures de Rabelais? c'était le doute absolu. En effet, il n'at-

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taqua pas seulement les moines, auxquels il ne pouvait pardonner les ennuis de sa jeunesse; comme Erasme, il n épargna ni les éveques, ni les cardinaux, ni le pape lui-même. Quand Pa-

(i) Prologue de Gargantua.

46o LIV. IV, CHAP. î.

nurge est dans F/fe sonnante (c est le nom sous lequel Rabelais désigne la cour de Rome), il aperçoit un évêque qui dort, et que toutes les cloches du monde ne peuvent réveiller. « Pardieu, dit Panurge, vieille buze, par aultre moyen bien chanter je vous feray. Adoncques print une grosse pierre, le voulant ferir par la moitié. Mais Editue s'escrya, disant : «Homme de bien, frappe, feriz, tue et meurtriztous roys et princes du monde, en trahison, par venin, ouaultrement, quand tu vouldras; déniche des cieulx les anges; de tout auras pardon du papegaut; à ces sacrez oyzeaulz ne touche1. »

Rabelais ne s'arrête pas là; il ne se borne même pas à lancer çà et là quelques traits contre la messe et la confession. Ses coups portent plus haut que ceux de Luther, quand, pour donner une idée de la généalogie de Pantagruel, il parodie celle de Jésus-Christ*. Il ôte à la Bible son prestige divin , et , en comparant la loi de Moïse à celle de Numa, il lui enlève ce caractère sacré que les protestants avaient si scrupuleusement conservé. Enfin lame elle-même, l'existence du principe spirituel est mise en question , et, après avoir

(i) Pantagruel, liv. V, chap. 8, (a) Id„ liv. II, chap, i .

Di

CORKÉLIUS AGRIPPA. 46l

ainsi fauché toutes les croyances sans rompre ouvertement avec l'Eglise catholique, le curé de Meudon reçoit les sacrements, et dit à ses amis : Je va/> chercher un grand peut-être1 (i558).

Le scepticisme, dont on se plaint tan^ujourd'hui, était déjà assez répandu en Franc^au milieu du seizième siècle. A l'aspect de tant de divisions et d'incertitudes dans la philosophie comme dans la religion, il y en avait à qui la téle tournait, et qui, à force d'avoir étudié, se prenaient à douter de la science et d'eux-mêmes. Ainsi, Cornélius Agrippa, de Cologne, cet homme qui avait été le secrétaire de Maximilien avant d'entrer au service de Louise de Savoie, qui fut tour à tour soldat, jurisconsulte, médecin i théologien, astrologue; qui habita successivement la France, l'Espagne, la Suisse, l'Italie, l'Allemagne; qui tantôt déclamait contre Luther, tantôt écrivait à Mélanchton : « Saluez de ma part notre invincible Luther, cet excellent serviteur de Dieu*; » Cornélius Agrippa, à la fin, dégoûté de tous les princes, de tous les pays, de tous les métiers, de toutes les sectes et de tous les systèmes, ne sachant que faire ni que penser, fatigué du monde et de lui-

(i)Budé, EpUr. , (a) Agrippa, Epis*., lit». VIT, Epist. t«.

4éa tiV. iv, chjlp. t.

même, écrivit un livre pour prouver que toutes les sciences sont vaines, que l'homme ne sait rien et ne peut rien savoir, qu'il n'a pas même le droit de dire avec #pcrate : « Je ne sais qu'une chose, c'est que je£e sais rien.» Car l'homme, ajoute Agrippa en sceptique consommé, n'est pas plus sur de ton ignorance que de son savoir1. 11 y avait cependant une science qu'Agrippa regardait comme infaillible, c'était l'astrologie. Il avait été l'astrologue en titre de la duchesse d'Angoulême, en même temps que son médecin. Etant au service dè cette princesse, il donna une preuve curieuse de son talent à lire dans les astres et de la certitude de la science qu'il professait : il fit un jour l'horoscope du* connétable de Bourbon, et lui promit toutes sortes de triomphes et de prospérités. Quelques mois après, le duc mourut au siège de Rome, du premier coup d'arquebuse.

On doit cependant convenir que les plus savants hommes du temps, entfe autres Erasme et Budé, ont rendu hommage à l'esprit d'Agrippa, à son érudition, et même aux intentions qui ont dicté son livre De la Vanité des Sciences. Ce n'était, à leur avis, qu'une satire mordante dirigée contre

(i) Agrippa, de Incertitudine et vanitate scientiaruin. Cologne, 1537.

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