RAMUS
la fausse science et la fausse philosophie1. Telle est 1 opinion de Brucker' et de quelques critiques modernes. Ce n'est point sur la science véritable <Jue portent en général les coups d'Agrippa, c'est sûr tes sciences fausses, station naires, serviles, telles que la tradition les avait faites et que l'autorité les imposait. Cet homme, malgré ses travers et ses inconséquences, est un des premiers qui aient reclamé pour la raison humaine le droit de juger sans contrôle; il a travaillé pour sa part à déblayer le terrain où d'autres devaient bâtir, et son scepticisme était le premier pas de la philosophie moàerne.
11 y avait à la même époque un homme d'un esprit bien plus haut et bien plus droit, d'une érudition plus vaste et mieux digérée, et surtout d'un caractère plus ferme et plus conséquent, Ramus, qui peut être considéré à bon droit comme le fondateur de la philosophie en France et le précurseur de Descartes. Rien n'est plus curieux à examiner que la vie d'un tel homme; rien n'est plus instructif que le spectacle d'une intelligence àussi élevée, d'une volonté aussi forte, luttant
(i) la oinni génère rerum vitupérât mala, laudat bona. (Erasra., Epist., lib. XXVII. )
(a) Brucker, Pcriod. III, Fars I, lib, II, cap. /,.
contre tous les obstacles, et parvenant à triompher à la fois des rigueurs de la fortune et des préjugés du temps.
Ram us, dont le vrai nom était la Ramée, naquit en i5i5, dans un village du comté de Vermandois. 11 ne fut point élevé dans un couvent, et ne reçut pas une de ces éducations vulgaires qui n'enseignaient trop souvent qu'à tout croire sans examen ou à rire de tout sans pudeur. Le hasard et le malheur, voilà ses maîtres et ses appuis. Son aïeul avait été charbonnier; son père était laboureur; et lui, à peine sorti du berceau, fut attaqué deux fois de la peste, qui ravageait la France au commencement du règne de François I". Poussé hors de son village par un instinct irrésistible, qui le destinait à être autre chosé qu'un laboureur ou un charbonnier, Ramus vint à Paris. Mais •
que faire dans cette ville, sans instruction, sans argent et sans ami? il entra au collège de Navarre comme domestique. Là il était occupé, tout le jour, de soins matériels, à la discrétion de maîtres infatués d'eux-mêmes, ou déjeunes gentilshommes bien décidés à ne rien savoir. Mais fa nuit, quand tout dormait à Navarre, il dévorait quelques lambeaux de livres qui étaient tombés sous sa main V
(i) Bfultoiannos dur» m servit'item in collegio Notarr» §er-