‹ Histoire de l'Europe au 16e siècleChapitre 93 sur 119 · MACHIAVEL · texte numérisé non relu

MACHIAVEL

rondement et sans finesse ; mais l'expérience de ces temps-ci montre qu'il n'est arrivé de faire de grandes choses qu'aux princes qui ont fait peu de cas de leur parole, et qui ont su tromper les autres. Au contraire, ceux qui ont procédé loyalement s'en sont toujours mal trouvés à la fin... Un prince prudent ne doit point tenir sa parole, quanc} sa parole est contraire à ses intérêts, et quanjl les circonstances qui la lui ont fait engager n'existent plus. » C'est la morale que Charles- Quint a si souvent mise en action. Cependant, Machiavel, un peu honteux du précepte, dit plus bas : « Cette maxime ne vaudrait rien si tous les hommes étaient bons; mais comme ils sont tous méchants et qu'ils ne tiendraient pas leur parole, tu ne dois pas non plus leur tenir la tienne *. »

Après avoir énuméré les qualités qui conviennent à un prince, et ce sont vraiment des qualités morales, Machiavel ajoute : « 11 n'est pas besoin que tu aies toutes les qualités que j*ai dites, mais seulement que tu semblés les avoir. Tu dois paraître clément , fidèle, a (Table, intègre et religieux: cette dernière qualité est celle qu'il importe le plus d'avoir extérieurement. » L'auteur examine jusqu'à quel point la clémence con-

(i) Machiavelli, il Principe, cap. XVIII.

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vient à un souverain, et surtout à un souverain nouvellement établi, comme Tétait César Borgia dans la Romagne. « J'avoue, dit-il, que tous les princes doivent désirer d'être renommés pour leur clémence; mais aussi qu'ils prennent bien garde à l'usage qu'ils feront de cette verlu. César Borgia passait pour cruel, et cependant sa politique avait réuni, pacifié et reformé toute la Romagne \ Si l'on approfondit sa conduite, on*verra qu'il a été meilleur et véritablement plus clément que le peuple de Florence, qui, pour éviter de passer pour cruel , a laissé détruire Pistoie. » En effet, l'on accusa la république de Florence d'avoir ruiné la ville de Pistoie, en épargnant deux familles qui la mettaient à feu et à sang, les Panciatici et les Cancellieri. « Avec très peu d'exemples de sévérité, dit Machiavel, un souverain est bien plus clément que les princes qui, à force de clémence, laissent éclater des désordres qu'ils ne peuvent plus réprimer*. »

Le livre du Prince porte en général l'empreinte d'une âme froide et dure, qui est complètement étrangère à la pitié, et qui sait à peine ce que c'est que justice. Il y a pourtant de l'exagération à irai-

(i) Voyez 1. 1, p. 35i.

(a) MachiuTelli, il Principe, cap. XVII.

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