‹ Histoire de l'Europe au 16e siècleChapitre 99 sur 119 · II · texte numérisé non relu

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de réformer le calendrier, qui est aujourd'hui contraire à Tordre véritable des saisons1. Pourquoi ne le fit-on pas? parce que la grandeur véritable des mois et des années était encore inconnue, parce que les mouvements du soleil et de la lune n'avaient point été mesurés avec assez de précision... J'ai cherché à avancer cette question, dont la solution permettra plus tard à l'Eglise de réformer le calendrier. »

Le calendrier européen n'avait point été réformé depuis le concile de Nicée (3a5). Les évêques qui assistaient à cette assemblée, voyant combien le temps avait dérangé le calendrier de César, consultèrent plusieurs savants d'Alexandrie, qui répondirent que l'équinoxede printemps tombait le 2 1 mars. Ce fut d'après ce principe que les Pères réglèrent le temps de la fête de Pâques, et fixèrent le calendrier. Mais l'équinoxe de printemps, qui au temps du concile de Nicée arrivait le 2 1 mars, 1 aao ans plus tard, à l'ouverture du concile de Trente

(1) On s'était occupé de la réforme du calendrier longtemps avant le concile de Latran dont parle Copernic. Au concile de Constance, en i4i4> un astronome célèbre, Pierre Dailli, avait proposé quelques moyens d'opérer cette réforme. Vers la même époque, le cardinal de Cusa avait commencé à exhumer cette vieille opinion pythagoricienne, que la terre tournait autour du soleil.

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( I&4S), avait avancé de dix jour* et tombait le onzième du même mois. La précession des équinoxes tient, comme l'expliquent les astronomes, à un mouvement particulier à l'axe de la terre, qui s'accompliten vingt-cinq mille neuf cents années, et qui fait passer successivement les équinoxen et le* solstices par tous les points du zodiaque. Ce mou vement n a#é bien compris et rigoureusement expliqué, t[ue lorsque Newton eut découvert les lois de la gravitation1. Mais les faits étaient constatés au seizième siècle, et Copernic, qui les avait exactement observés, voulait qu'on en tint compte, et qu'on se hâtât de réformer le calendrier, pour mettre Tannée civile en harmonie avec Tannée so- Jaire.

Paul m était trop occupé du concile de Trente et des querelles de religion , pour tenter lui-même cette réforme scientifique; ejie n'eut lieu que trente-sept ans plus tard. Grégoire XIII, qui occupait alors le trône pontifical , fît retrancher dix jours à Tannée i58a. L'ordre fut ainsi rétabii, et le nouveau calendrier fut appelé Grégorien, quoique le travail eût été fait par un savant italien nommé Lilio. C'est ainsi qu'on avait dit autrefois le Calendrier de César, quoique la ré-

(i) Yvbm, feai *u* les M«ur*# chap. CLXXXfll.

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forme de ce temps-là fût l'œuvre de Sosigènes, mathématicien d'Alexandrie. L'opinion populaire attribue toujours les grandes choses aux grands hommes, parce que si ce ne sont point eux qui les font, ce sont eux qui les ordonnent et qui les font prévaloir.

La bulle qui réformait le calendrier était du 1er mars i58a, afin que le châtiment eût lieu pour l'époque de Téquinoxe; mais il \ie fut pas immédiatement adopté dans toute l'Europe, parce qu'il devait pendant quelque temps jeter du trouble dans les relations civiles. Le parlement de Paris résista plusieurs mois, et n'enregistra la bulle qu'au commencement de novembre, sur Tordre exprès de Henri III1. On l'a souvent remarqué, rien ne résiste aux améliorations comme l'esprit de corps des anciennes compagnies. Quant à la diète germanique, l'empereur Maximilien II eut beau faire: elle ne voulut point entendre parler du nouveau calendrier. L'Allemagne le rejeta longtemps, sous prétexte qu'en instruisant les hommes, la cour de* Rome voulait les dominer

(i) Montaigne fait allusion à ce changement dans un des derniers chapitres de ses Essais : « Il y a deux ou trois ans qu'on accourcit Tan de dix jours en France. Combien de changements doivent suivre cette réformation ! Ce fent proprement remuer le ciel et la terre à la fois » (Ut. m, chap. H).

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comme autrefois. Les protestants, dit Voltaire, s'obstinèrent à ne pas recevoir des mains du pape une vérité qu'il aurait fallu recevoir des Turcs, s'ils l'avaient proposée

(i) Essai sur les Mœurs, chap. CLXXXIII.

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