‹ Histoire de l'évangélisation des Lapons [microforme]Chapitre 23 sur 33 · LE LABRADOR · texte numérisé non relu

LE LABRADOR

Gette terre de désolation s'étend dans les régions boréales de /’ Amérique, entre le Canada au sud et le Groenland au nord, et forme un pays immense de 1500 kilomèues de iongueur sur 1300 de lar- Seur. C'est donc un pays qui est pour le moins cinquante-six fois plus grand que le Wurtemberg. Baigné au nord par les eaux du détroit de Davis, à l’ouest par celles de la baie d'Hudson, et au sud par le golfe de Saint-Laurent, il est surtout exposé à la fureur des tempêtes de l'Océan atlantique, qui semble n'en baigner la côte occidentale que pour mieux pouvoir la fracturer en la divisant à l'infini et en la déchirant en mille petites baies, Îles, golfes et fiords, dont chacun est une conquête de la mer sur lesterres, et atteste la fureur des éléments qui viennent encore ajouter aux rigueurs inouies du climat. w'iniérieur des terres n’offre que vastes s0litudes et déserts rocheux, sur lesquels s'élèvent çà et lad'immenses forûts, et où s'étencent des ma

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mé. ait ds — , TE ee A …

de douze pieds d'épaisseur recouvre les eaux cet tient la mer enchaînée pendant plus de sept mois de l’année, Pendant ce temps, les missionnaires ont beau chauffer Jeurs babitations au moyen de Brands poëles de fer et de boulets qu’ils font rougir, ils trouvent le plus Souvent, au matin, les Couvertures de leurs lits gelées. « Alors même, écrivait un missionnaire en 1853, que je fais au Moment de me coucher un bon feu dans le poële, et

que je place ma cruche d’eau tout près pour Ja gaantir du g

quart à qu'on est obligé ur, car le ruisseau qu'elle forme est profondément gelé pendant huit Chargé de ce soin neau et la remplit de urce; mais il n’a pas rüps de rétablir l’ordre dans son attelage de chiens Pour s’en retourner à la Station, que déjà il s'est formé au-dessus de l’eau une couche de glace assez épaisse pour qu'i

ascenir

place une cuve sur son trai l'eau qu'il puise à Ja so même eu le t

| puisse s'y TC SüT in Couvercle solide, et manier, du haut de ce siége improvisé, Je long fouet qui

ui sert à diriger son attelage, » Enfin, l’eau qu'on met bouillir sur le feu Commence par geler avant que la chaleur du feu ait eu le temps de la pénétrer ; et dès que cette chaleur commence à atteindre la glace qui s’est formée au-dessus du vase, c'est tout d'abord pour la faire fondre avant que de pouvoir l’ameuer à l’état de l’ébullition. Bellot, dans son voyage, fait, à Propos du froid, la remarque suivante : « Nous avions cru trouver dans nos longues barbes un abri contre le froid ; mais la neige qui s’y fixe invariablement ets’y condense en épais glaçons, lajoignait aux particsavoisinantes de nos vêtements: aussi nous trouvâmes-nous fort heureux d’avoir des ciseaux pour nous débarrasser de cét hôte incommode, Les Esquimaux sont généralement iruicrbes, et en consultant un peu mieux les voies de la nature dans ces pays si pci favorisés, nous serions arrivés à la même conclusion que celle à laquelle nous avions dû nous résigner, »

On comprend que, avec des froids aussi intenses et avec les horribles tempêtes qui se déchaînent sur cette côte, il se fasse er. hiver des amas de neige souvent brodigieux. « Déjà en février, écrivait un autre missionnaire, la neige avait atteint les fenûôtres du grenier de notre maison. en sorte qu'une nuit complète régnait dans nos chambres, Les Esquimaux se sont mis en devoir de nous tailler les ouvertures, Mais il a fallu un long tâtonnement pour y arriver, car ile prenaient mal leurs

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mesures ; et quandils avaient enlevé Mäints pieds carrés de neige, ils se trouvaient avoir dégagé, non une fenêtre, mais Un pan de mur. Ils réussirent pourtant, lorsqu'une nouvelle chute de neige étant survenue, tout fut à recommencer. Pour nous rendre à la Chapelle, nous Suivions un Passage étroit, taillé dans Ja neige et bordé par deux pans de murs de neige de vingt pieds de hauteur, Ce n’est qu'après Pâques, lorsqu'on n’a plus à craindre une chute considérable de neige nouvelle, que l'on s'occupe à en débarrasser la station, Les Esquimaux se Mmetient à ce travail avec une Brande activité, Je Jes Voÿäis couper cette neige en cubes avec leurs Coutelas, puis la Charger sur leurs traîneaux attelés de chiens et Ja transporter sur la baie qui était encore gelée à une grande profondeur. Echelonnés sur Jes flancs de sette masse énorme 4e neige durcie, sur laquelle leurs petites figures se détachaient très bien, ils me fuisaient l'effet de Mineurs exploitant une colline de craie, »

L'été arrive brusquement, e Men chaud, Si le thermomé 'USqu'à trente degrés Pas rare qu'il s'élève gres au-dessus, Pend

t'il est excessive.

tre descend en hiver au-dessous de zéro il n’est en été jusqu'à vingt-cinq deant les longs jours de l'été Ja chaleur devient Parfois si intense que le goudron des navires commenrs à se liquéfier,

C'est sans doute à la grande

chaicur des étés du 1 présence dans ce

Labrador Qu'il faut attribuer lé

pieds igagé, réuste de ncer, IS un é par hauplus nou tion, une eige sur rter nde tte urs faide

L'EVANGILE Al LABRADON, 123

Pays d'une végétation que lon ne rencontre plus au Groenland. Où trouve en effet dans celui-là des forêts de pius, de sapins et de méièzes ; on y trouve aussi des saules, des bouleaux, des ormes , des trembles et plusieurs espèces d’arbrisseaux portant des baies, 11 y croit enabondance des mousses, des lichens et le raifort sauvage (cochlearia), connu comme un remède infaillible contre le scorbut. Les missionnaires cultivent dans leurs jardins, vendant le court été de ces contrées, quelques inaigres salades, des choux, des raves, des radis et des pommes de terre, inais ils ue sauvent ces cultures de la gelée qu'en les cou rant chaque nuit, et leurs pomes de terre u'atteignent le plus souvent que la grosseur d’une noix. La fréquence de ces gelées et la brièveté de ces ètés expliquent hourquoi les indigènes vivent exclusivement du produit Ge leur chasse et deleur pêche, sans jamais üvoir eul'idée d essayer de faire produire queique chose à la terre; et Les courtes joies de leur: étés sont encore empoisonnées par des myriades de mousquites, vrai fléau que nous ne connaissons pas plus que tant d'autres dans nos heureux cli- Mais, mais dont les Personnes qui ont habité le Midi peuvent très bien se faire une idée,

On trouve au Labrador des rennes, des renard bleus et gris, et des liévres ainsi que des ours blancs. Le se: ti

tique de cette con-

trée est le chien : il est d'une grandeur moyenne et se contente d'une nourriture si chétive, que le

ù À tonne Juimamton…

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plus souvent son maitre ne s’en inquiète nullement. On y rencontre quelques oiseaux de proie, de petits oiseaux chanteurs, et un grand nombre d'oiseaux aquatiques dont la chair et les œuts sont recherchés avec avidité par les E:quimaux. Les innombrables baies de la côte nourrissent des poissons en abondance et d'espèce excellente ; mais c’est surtout le phoque qui fait la richesse de l’Esquimau. 1} se tient dans le voisinage des glaces flottantes et apparait au Groenland avec les premières chaleurs de l'été, et au Lab-ador six à huit semaines plus tard. La chair de cet animal fournit aux indigènes leur nourriture favorite ; le lard est mangé cru ou sert ? “-lairer ou à réchauffer l'intérieur de la cabane, à : ire les aliments où à procurer, par voie d'échange, à ces habitants des régions polaires, les ustensiles et les denrées qui viennent d'Europe. Des tendons de ce précieux animal, l’Esquimau fait du fil; de ses intestins, des fenêtres et des rideaux; de son estomac, des outres dans lesquelles il conserve son huile. Le Sang, assaisonné de diverses manières, lui fournit une soupe excellente, et avec les os il confectionne toutes sortes d'outils très appréciés. Enfin, il emploie le cuir du phoque pour ses vêtements, pour les couvertures de sa tente et l'enveloppe de son kajak. Ainsi, toute la vie et le comfort de l'Esqui-

Mau sont liés à la présence du;

Egede, fils de Hans, qu'on à appelé l'apôtre des Groendanduis, dit-il daus ses Nouvelles du Groen-

que ; aussi Peut

land : «Les conversatioss des Esquimaux roulent exclusivement sur le phoque ; et quand on cherche à leur dépeindre sous les couleurs les plus séduisantes la félicité du ciel, leur première et sonvent leur unique question est : y a-t-il beaucoup de phoques ? »

La mention du phoaue nous conduit à parler des glaces flottantes. On en voit souvent des blocs énormes qui, s'étant détachés avec un épouvantable fracas des masses, pour ainsi dire continentales dont ils faisaient partie, deviennent autant d'îles flottantes qui nagent au gré des courants et qui, en raison de leur poids énorme, ne laissent paraître au-dessus de la surface des eaux que le tiers de leur masse totale, Malheur alors au navire qui, entraîné lui-même par les courants ou perdu dans les épais brouillards de ces contrées, s'est laissé engager entre deux îles de cette nature! Que ce soit le majestueux trois-mâts ou le léger kajak dans lequel un seul homme trouve place, et encore faut-il pour cela qu’il soit de la taille de l’Esquimau, n'importe! il risque à chaque instant d’être écrasé et aplati entre ces immenses murailles de glace. « Je me rappelle, écrivait un missionnaire en 1858, avoir vu une de ces montagnes de glace que notre Capitaine estimait avoir envi ron Six milles anglais de circonférence, C'était une vraie chaîne de montagwrs dont |

es sept som mets étaient couverts d'une mn ride d'oiseaux et se présentaient à nos res

° tlonnés sous les

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126 L'EVANGILE at LABRADOR,

Nuances les plus diverses. Au fond des vallées qui Séparaient ces Montagnes coulaient d’abondantes rivières dont les eaux limpides se versaient dans la mer sans avoir été troublées d l'ar la moindre parcelle de limon. » :

Tel est le Pays qui, par une étrange association d'idées, a été appelé Labrador. Ce que nous en äVOns dit suffira po ‘aire Comprendre à nos lecteurs l'impression a ‘istesse dont on ne peut se défendre en apProchant de cette terre de désolation,

“Certes, écrivait l’un de ces fidèles messagers de la bonne houvelle, après sept semaines de mal de mer, j'aurais dû, semble-t-il, en approchant d’une jee quelconque, n'éprouver qu'une impression de bonheur et de soulagement, Eh bien, quoique je me fusse attendu à arriver dans un des plus tristes PaYs que l’on puisse se représenter, l'aspect morne et désolé de cette côte à encore tellement dépassé Mon attente, que je n'ai Pu me défendre à cette vue d’une profonde mélancolie, N'apercevoir, au Premier coup d'œil, aucune trace de végétation, c'est une impressior difficile à décrire, et je ne serais pas étonné que vous eussiez de Ja peine à Comprendre Pourquoi, à ce moment-là, plus encore qu'en me séparant de mon père et de ma

mère, j'ai Compris toute la portée de cette parole: Tout quitter pour JL.

ans leur cor »s

Je ne fus tiré de mes sombres réflexions qu’à l’ouie des voix des Esquimaux groupés sur le rivage et m'accueillant,

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LEVANGILE SE LABRADOR. 127

Comme leur nouvel ami, par le chant d'un pieux antique. » — « Malgré toutes les descriptions qu'on m'avait faites de ce PAYS, et tous les dessins que j'en avais vus, écrit un autre missionnaire, je n'avais pu me faire aucune idée juste de J'aspect de ces masses de rochers nus et grisâtres dont sont formées toutes les îles et le continent du Labrador, A peine quelques mousses impriment-elles sur les rochers des taches d'une teinte verdâtre où grisätre. Mais plus la nature que nous avions sous les veux était morte, plus nous fûmes agréablement surpris en voyant l'animation pleine de joie et d'empressement de la population de ces côtes, dès qu'elle ent remarqué la présence de notre navire. Nous nous vimes bientôt entourés d'une multitude de petits kajaks étroits et rointus, sur chacur desquels ne peut se loger qu'un seul Esquiman. La plupart de ceux qui les montaient vinrent à bord, Sous ces visages de couleur gris-brun, sous ces cheveux plats ec huileux, j'aimais à retrouver quelques traits e cette expression de paix et de bienveillante aménité que Jésus donne à ceux qui lui appartiennent. En leur serrant la main, cette main naguère exercée au crime, j'étais ému et je bénissais le Seigneur de tous les miracles que St grâce à déjà

toperer encore dans ces de-

meures de la désolation. »

L'EVANGILE At LABRADOR.

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