LES ESQUIMAUX DU LA[RADOR
Comment peut-il se trouver des habitants dans
| UR pays qui, habité depuis des siècles, n’a, pen- ' ; dant tout ce temps, pas même suggéré à ses ha- Hz bitants l’idée de lui arracher quelques produits
Hi î Par la culture? Comment se fait-il que ces Esqui-
4 F maux n'ont jamais eu l'idée d'abandonner Jeurs DES plages désolées EU s'en aller chercher plus JIÈS au sud un climat moins rigeteux et un 80] Ja-
SI bourable? Admirons ici la sagesse et Ja bonté } }|! du Créateur, 11 a mis au cœur de l’homme un at- d
lachement si invincible Pour le pays où i] est né, | qu'à aucun prix l'Esquimau ne voudrait échanger | k ses plaines de glace contre nos fertiles régions, Les descriptions qu'on lui fait de ces dernières ne { parviennent à éveiller en lui ni regrets, ni désirs, | l'est vrai qu'il a reçu, pour supporter ce rude Î climat, une toute autré constitution que la nôtre. | Au cœur de l'hiver, on le trouve demi-nu dans sa maison de neige, chauffée seulement Par tue lanpe, Le Passage suivant, extrait d'une lettre d'un des Missionnaires du Labrador, pourra dou-
om.
. Rer une idée du tempérament dont il est uotié :
« Le thermombtre Marquait 22 R, au-dessous de zéro. Nos Esquimaux avaient encore trois lieues à faire avant d'arriver à leur destination, lorsqu'une femme fut saisie des douleurs de l'enfantement. Le traineau dut s'arrêter pour attendre qu’elle fût délivrée. Elle accoucha en plein air, et nous !. vimes arriver ici paraissant souffrir un peu du ire l: mais quelques tasses de thé l'eurent bientit rem, «, ct déjà, le quatrième jour après sa déliyrance, elle venait présenter elle-même son enfant au baptême, » L'énorme quantité de graisse dont se nourrissent les Esquimaux, et qui leur donne un embonpoint dégoütant, contribue sans doute aussi à les rendre moins sensibles au froid. Ces Esquimaux s'appellent eux-mêmes /nnnir où Aarelit, c'està-dire des hommes, des habitants, et ils nomment tous les autres hommes Aablunet, c'est-à-dire des étrangers, des barbares. Le nom. d'Esquimaux leur a été donné par les Indiens du Canada, qui les ont désignés par la manière dont ils se nourrissent, £skimantik veut dire, dans }à langue du PAYS, manger de la chair crue, On estime le chiffre total de cette population à 17,000. Ce sont des hommes petits et imberbes, aux épaules larges et à la tête énorme, au visage aplati et au joues saillantes, ayant la lèvre inférieure épaisse et de petits veux noirs et sans expression, La couleur de leur peau est d'un gris foncé qui au visage tire sur le brun, Leurs cheveux noirs et hui-
+ Mais bien plus encore dans nos visites aux mal
130 L'EVANGILE At LABRADOr,
leux, comme toute leur personne, le front et retombent droits, de Ja viron un pied, de Chaque côté des tempes,
La saleté de ces indigènes est quelque chose d'inouï, Un Seul trait, pris Parmi ceux qu’il est permis de citer, Suflira pour en donner une idée: Jumais les Ustensiles de leurs repas ne sont nettoYés autrement que par la langue de leurs chiens, qui les lèchent jusqu'à la dernière trace. Leurs vêtements lourmillent d'insectes profondément dégoûtants, Et Voulez-vous savoir çe qu'ils font de cette vermine 2. Mais non, nous ne Saurions le dire, « Comme ôn peut le penser, écrit un Missionnaire, il faut surmonter bien des dégoûts auprès de ces Pauvres gens,
Sont coupés sur longueur d'en-
L'usage presque ex- Clusif du poisson et de l'huile pour leur nourriture, leur fait contracter une odeur répoussante, Nous en sommes incommodés dans la chapelle,
ades; inconvénient qui est encore augmenté par l'habitude qu'ils ont de chauffer leurs SAS aucun discernement. »
IS vivent entièrement indépendants et n'ont atteune espece de forme de Bouvernement, Insou- Cants et passionnés, comme Ja Plupart des sau- Vages, ils vendent tout pour se procurer l'objet qu'ils désirent et n'existent que pour le moment Present, Ils sont vêtue de PEAUX d'oiseaux, de bhoques ou de rennes, ceupées avec des Couteaux de pierre ot Cousues avec des aiguilles d'os et du
maisons
és sur
d'en-
chose t peridée:
netiens, eurs nent font ions un ûts exrriite, lle, la par
Dis
M tiré des fibres de la baleine, Les femmes, Comme chez presque tous les Païens, y sont esclaves et obligées de faire la partie la plus pénible de l'ouvrage, Vieilles, elles passent, bon gré mal gré, pour sorcières; et si, par malheur, on les Soupçonne d’avoir jeté quelque Maléfice, elles sont, sans merci, mises en pièces ou précipitées dans l'Océan.
Leur nourriture ordinaire et favorite est la chair du phoque, du renne, des poissons et des oiseaux, qu'ils mangent soit cuite, soit simplement séchée à l'air, soit gelée et à moitié corrompue. L'oseille et les feuilles de saule accominodées à l'huile sont un aliment estimé d'eux; mais ce qu'ils préfèrent de beaucoup, ce sont les mousses et les lichens qu'on trouve à moitié digérés dans l'estomac des rennes, C'est pour eux une vraie friandise ; ces horhos ne Sont jamais mangées d'une autre manière. \joutons que, n'ayant aucun souci du lendemain, ils mangent tant qu'ils Ont quelque chose à manger, Un missionnaire fut invité par eux au Quatrième banquet de 1n journée, et jugez quel fut son étonnement de les voir Manger avec le même appétit que s'ils eussent été à jeun. « Vois-tu, Jui dit un des convives, HoUS pouvons beaucoup manger, mais nous pou-
vons aueei rer }
lt faim pendant longtemps; c’est comme cela se trouve, »
Cette faculté de pouvoir so passer de nourriture est encore un des traits tonehants de li bonté de
132 L'ÉVANGILR At LABRADOR, Dieu à leur égard, Avec
l'imprévoyance qu'ils ont en Coin avec
tous les peuples sauvage, que deviendraient.ils Pendantles longshivers où l'accès de la mer leur est à bsolument fermé par les glaces, S'ils ne pouvaient Supporter mieux que d’antres la disette et Los famines ?» Je donne le trait sui- Vant, écrivait un Missionnaire en 1855, comme un échantillon de ce ‘ui se passe souvent ici. An Cœur de janvier, Je Manque de vivres se faisant sentir, un Esquimau partit avec son fils pour aller, à vingt lieues d'ici, chercher un dépôt de truites qu'ils aviient fait sécher pendant L'été et entassées dins un si4o. Pauvres gens! \près un rude voyage, ils trouvèrent le silo découvert et dévoré pur les renirds, Leur retour fut de
s plus lamentables : deux de leurs chie
NS Moururent de faim; eux-mémes furent réduits à dévorer leurs bottines de peau de plioque, et ils arrivèrent ici par le plus grand froid, n'ayant pour toute chaussure que de simples sandales. Leur famille, aussi affamée qu'eux, les altendait pleine d'anxiété, Ce Paure homme, sans se laisser décourager, prit de nouveau deux de sos fils et s'en alla tenter Ja fortune le long de Ja mer, mais ils ne purent rien prendre; et le soir, en revenant à là maison de ueige qu'ils avaient Construite, toutes Jos fourrures qu'ils ÿ avaient laissées, av-’ent été dévo-
rées par les renards, Ils se virent réds
à Man- &er leurs propres vêtements, et le plus jeune des lils mourut d'épuisement et de fatigue,» Un mis-
ils ont
, que ’accès laces, lutres t suimme il. Au
ant ir alit de té et
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‘t'et plus t de ‘rs L'ici Lusissi Ce rit "la en de ir
L'EVANGILE A LABRADOR, 133 sionnaire de Zéhron écrivait en 1856 : « La prise des phoques a été presque nulle, et vous savez
que c'est là la grande ressource de nos Esqui- Maux. Les magasins de provisions ont été bientôt épuisés. Cependant si ceux qui sont demeurés ici ont beaucoup souffert, aucun d'eux n’a pourtant véri, tandis que cinquante hommes, qui se sont éloignés pour chasser dans l'intérieur du pays, sont littéralement morts de faim, I s’est pe des hoses que j'ose à peine vous dire, Un home a einmené sa famille à plusieurs lieues d'ici, vers un étang fécond en truites, 1] n'en prit pas 1Ine, NOUS ne savons pourquoi; et, pressé par la faim, ce malheureux alla jusqu’à dévorer le corps de sa femme, ainsi que ceux de ses enfants, Et iorsqu'au printemps nos gens commencèrent à se répandre dans la contrée, ils trouvèrent gisants sur le sol, et en parfait état de conservation, les cadavres des cinquante hommes morts dans une excursion de chasse, »
Les Esquimaux ne sont pas dépourvus de tendresse à l'égard de leurs enfants. Quelque pressés qu'ils soient par la faim, ils ne se permettront jamais de manger avant de les avoir servis les premiers; mais cette tendresse est parfois si aveugle, qu'on en a vu se noyer de désespoir parce qu'ils survivaient à leurs entants, Quand on rapbroche cet amour paternel d autres traits de leur caractère, on se convaine bientôt qu'il ne diflère guère de celui de l'animal pour ses petits,
dau A 2
I n’est pas rare de voir un Mari quitter sa fer mourante pour s’en aller à ses affaires, san: paraître le moins du monde affecté ; ou bien core, un vieillard qui n'a pas d'enfants pou Soutenir, où une femme laissée veuve ave jeune famille, mourir Je plus souvent de fain de froid, sous les Yeux mêmes de leurs vois parce que personne n'aura songé à leur rendr moindre secours,
ls vivent en été sous des tentes faites de pe de bôtes, et en biver dans des maisons qi creusent profondément dans la terre, et don toit ne s'élève que peu au-dessus du sol, L’en de ces demeures est très basse ; d’un côté de porte se trouve le foyer, de l’autre l'écurie chiens, « Pour entrer dans une de ces demeu écrivait un missionnaire, nous eûmes à ram et à marcher à quatre, sur un espace de six tois et nous dûmes nous estimer heureux de poux passer sans être mordus des chiens; car, qui il fait très froid, ces animaux s’y réfugient, cemine on n'y voit goutte, il arrive souvent qu met le pied sur l'un d'eux, Dans les cas les p favorables, ces animaux lèchent le visage Ceux qui sont engagés dans ces passages étroits ordinairement souillés de leur fumier, — \oyage et pendant l'hiver, les Esquimaux se co Struisent des maisons de :
et de giace, fenêtre d'une de ces demeures est formée d' morceau de glace, et l'entrée est fermée par :